La Coupe du monde est censée être la célébration universelle du football. Une fête planétaire où les peuples se rencontrent, où les cultures se croisent et où les supporters donnent vie à ce spectacle unique. Pourtant, le Mondial 2026 risque de laisser un goût amer à de nombreux Ivoiriens.
Selon le Comité national des supporters des Éléphants (CNSE), les supporters ivoiriens résidant en Côte d’Ivoire ont pratiquement renoncé à effectuer le déplacement vers les États-Unis faute d’avoir pu obtenir les visas nécessaires. Une situation qui soulève de nombreuses interrogations sur l’esprit même de cette compétition.
Comment imaginer une Coupe du monde où les supporters des équipes qualifiées ne peuvent pas accompagner leurs joueurs ? Comment parler d’universalité lorsque des barrières administratives empêchent des milliers de passionnés de participer à la fête ?
La Côte d’Ivoire retrouvera la scène mondiale après douze années d’absence. C’était l’occasion pour des centaines de supporters de porter les couleurs nationales, de faire découvrir l’ambiance unique des tribunes ivoiriennes et de représenter la richesse culturelle du pays. Au lieu de cela, seuls quelques officiels ont pu obtenir le précieux sésame.
Cette situation est d’autant plus paradoxale que la FIFA ne cesse de promouvoir le football comme un facteur de rapprochement entre les peuples. Or, sur le terrain des réalités migratoires, tous les supporters ne semblent pas bénéficier du même traitement.
Les autorités américaines invoquent leur politique migratoire souveraine. C’est leur droit. Mais lorsqu’un pays accueille l’événement sportif le plus important de la planète, la question dépasse le simple cadre administratif. Elle touche à l’essence même de la compétition.
Le problème ne concerne d’ailleurs pas uniquement la Côte d’Ivoire. Plusieurs pays du Sud font état de difficultés similaires. À cela s’ajoutent les coûts exorbitants des billets d’avion, de l’hébergement et des places de stade, transformant progressivement la Coupe du monde en un événement accessible principalement aux catégories les plus favorisées.
Le football est né dans les quartiers populaires. Il s’est construit grâce à la passion de millions de supporters anonymes. Une Coupe du monde qui éloigne ces supporters de leurs équipes court le risque de perdre une partie de son âme.
Les Éléphants joueront à Philadelphie contre l’Équateur et Curaçao, puis à Toronto contre l’Allemagne. Ils auront sans doute le soutien de la diaspora ivoirienne installée en Amérique du Nord. Mais ils seront privés de cette ferveur venue directement d’Abidjan, de Bouaké, de Korhogo, de San Pedro ou de Daloa.
Une Coupe du monde sans les supporters venus du pays qu’ils représentent est-elle encore pleinement une Coupe du monde ?
La question mérite d’être posée.





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