
La Coupe du monde devait être une fête. Elle risque de devenir, pour de nombreux Ivoiriens, le symbole d’une humiliation silencieuse, et aussi de la diplomatie de leur pays.
Le refus massif de visas américains à des ressortissants ivoiriens désireux d’assister au Mondial 2026 soulève une question désormais largement partagée dans l’opinion publique : à quoi sert encore le service des visas de l’ambassade des États-Unis à Abidjan si une grande partie des demandes de visas touristiques, étudiants ou de visiteurs ordinaires semble vouée à l’échec ?
Depuis plusieurs mois, les témoignages se multiplient. Supporters des Éléphants, hommes d’affaires, étudiants, journalistes, personnalités publiques ou simples touristes racontent une expérience similaire : constitution du dossier, paiement des frais, entretien consulaire, puis refus sans véritable explication.
Le cas des supporters ivoiriens désireux d’accompagner leur équipe nationale à la Coupe du monde est particulièrement révélateur. Selon les responsables du Comité national des supporters des Éléphants (CNSE), plusieurs centaines de supporters ont finalement renoncé au voyage faute d’avoir obtenu le visa nécessaire pour entrer sur le territoire américain.
La Côte d’Ivoire participera ainsi au plus grand événement sportif mondial pratiquement sans supporters venus directement du pays.
Une situation difficilement compréhensible pour de nombreux observateurs.
Les États-Unis sont évidemment souverains dans leur politique migratoire. Aucun pays n’est tenu de délivrer un visa à un demandeur. Ce principe relève du droit international et ne peut être contesté.
Mais lorsque les refus concernent de manière répétée des étudiants, des professionnels, des entrepreneurs, des journalistes ou des supporters disposant pourtant de garanties suffisantes, une interrogation légitime finit par émerger.
Que cherche réellement à accomplir le dispositif consulaire américain en Côte d’Ivoire ?
Plus de 1050 visas refusés depuis janvier 2026, selon nos informations.
Pour beaucoup de demandeurs, la procédure est vécue comme une double sanction : d’abord le paiement de frais de dossier non remboursables, ensuite le rejet de la demande sans possibilité réelle de comprendre les raisons profondes de la décision.
Cette situation est d’autant plus paradoxale que Washington multiplie les initiatives diplomatiques visant à renforcer ses relations avec l’Afrique et à améliorer son image auprès des jeunesses africaines.
Comment promouvoir les échanges universitaires, culturels, économiques et sportifs tout en fermant massivement les portes à ceux qui souhaitent voyager légalement ?
Le football devait être un instrument de rapprochement entre les peuples. Pour de nombreux supporters ivoiriens, le Mondial 2026 restera au contraire le symbole d’une frontière infranchissable.
Au-delà du sport, cette affaire pose une question plus large : celle de la mobilité internationale des Africains dans un monde qui proclame la mondialisation mais continue de restreindre fortement la circulation des citoyens du Sud.
La Côte d’Ivoire mérite mieux que cette situation. Ses supporters aussi.
Car une Coupe du monde sans les supporters du pays qu’elle est censée représenter perd une partie de son âme. Et lorsqu’une ambassade devient, dans l’esprit du public, un lieu où l’on dépose des dossiers avec l’espoir presque certain d’un refus, il est légitime de s’interroger sur la finalité même du service qu’elle prétend rendre.





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