Déguerpissements ( sous la pluie ou au déla de minuit): la Côte-d’Ivoire fonctionne-t-elle comme un Etat voyou ?

Depuis 16 ans, la Côte d’Ivoire accumule les performances. Le pays est aujourd’hui la 09ème économie africaine. Il attire les investisseurs, ainsi que les populations, devenant en 2024 le premier pôle d’immigration africaine devant l’Afrique du Sud, selon les Nations Unis. Le pays a la confiance des marchés, sa dette souveraine est la seconde la mieux notée du continent derrière celle de l’ile maurice. Côté infrastructure, le pays s’est transformé ( ponts, échangeurs, stades, voies expresses, universités etc..). En plus du métro en cours, une ligne TGV est annoncée.

Pourtant on ne peut pas tout ramener aux performances économiques aussi fantastiques soient-elles. Si sur le plan politique, l’évolution est globalement en ligne avec celle des autres pays africains. Sur le plan social, les choses ont pris une tournure dramatique depuis 2024, date à laquelle la « lutte contre le désordre urbain » est initiée par le nouveau gouverneur de la capitale. On dit souvent que les pauvres n’intéressent pas les pasteurs, parce qu’ils ne peuvent pas faire des offrandes significatives. En Côte d’Ivoire, ceux qui exercent dans l’informel et qui habitent les zones précaires, n’intéressent pas les autorités, qui leur dénient toute dignité, leur infligent des souffrances sans fin.

Les autorités disent ne plus vouloir tolérer les quartiers précaires dans la ville d’Abidjan, et les rasent systématiquement. Pourtant ces zones sont le reflet de l’économie du pays. Avec 40% de l’activité et 80% de l’emploi qui relèvent de l’informel, les quartiers précaires sont une réalité inévitable à Abidjan, et dans toutes les capitales africaines. On peut les raser, ils surgiront ailleurs parce qu’ils découlent de la différence de revenus. La Côte d’Ivoire est peut être au seuil de l’émergence selon ses autorités, mais elle est loin d’être un pays industriel, même si le dernier classement de la BAD la situe parmi les 10 pays les plus « industrialisés » du continent. Il convient de nuancer ce terme.

Détruire les quartiers précaires pour rendre Abidjan « jolie » ne va pas accroître les revenus des personnes qu’on laisse sans toit, ils ne pourront se loger que dans d’autres quartiers précaires. Tant que les revenus ne vont pas croître dans le secteur informel on aura toujours des quartiers précaires en périphérie des capitales. Ainsi donc la question va se résoudre par la croissance des revenus ( donc de l’économie ) et pas par des bulldozers. Malheureusement le « gouverneur » Cissé Bacongo semble ne pas avoir assez de discernement pour le comprendre.

Après avoir déguerpi une zone où vivaient 40 000 personnes pratiquement sous la pluie le 02 Juin dernier et sur la base d’une vague mise en demeure émise il y a deux ans, le  » gouverneur » Cissé Bacongo ont déguerpi une autre zone densément peuplée entre minuit et 03h du matin. C’est indigne d’un gouvernement civilisé. Cela choque au-delà de l’entendement. Cela revient à traiter ces populations comme du bétail, des « sous-hommes ». En 2025, toute la zone de l’abattoir fut déguerpie, sur la base mise en demeure de 2018 ! C’est le comportement d’un Etat voyou.

La Côte d’Ivoire est un Etat responsable à l’extérieur, mais voyou à domicile. Un voyou s’affranchit des règles, de la moralité et de la décence, agit presque à l’instinct, emploie la violence. On retrouve tout cela dans la démarche du gouverneur Cissé Bacongo. Il agit selon son instinct et non selon sa raison, car la raison aurait commandé de procéder autrement. Les déguerpissements actuels sont une violation du droit international humanitaire. L’occupation de ces espaces est certes illégale, mais l’Etat sur un plan humanitaire doit se préoccuper de reloger ces personnes et non les abandonner à leur sort.

La Côte d’Ivoire peut faire l’objet de poursuite auprès de la Cour de Justice de la CEDEAO, ou de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des peuples. C’est inouïe qu’un gouvernement méprise autant sa propre population, fasse preuve d’un indicible manque de compassion. Les organisations internationales présentes en Côte d’Ivoire devraient se saisir de la question, notamment l’UE. Des sanctions ciblées contre ceux qui sont de près ou de loin mêlés à ces évènements, incluant l’interdiction du séjour dans l’UE, et un gel de leurs comptes dans les banques occidentales, seraient de nature à inciter les autorités ivoiriennes à plus de compassion envers leurs populations.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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