Mémo sur l’arrêt brutal des opérations de refinancement des crédits de moyen terme par la BEAC

Le document de Célestin Monga intitulé « Politique monétaire et Ndombolo » constitue une critique argumentée de la décision de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) de suspendre les opérations de refinancement des crédits à moyen terme destinés au financement du secteur productif dans la zone CEMAC.

Les principaux enseignements du mémo

1. Une décision prise dans l’opacité

L’auteur souligne que la suspension du « guichet B » n’a fait l’objet d’aucune communication officielle claire de la part de la BEAC. L’information a été relayée essentiellement par voie de presse, ce qui soulève selon lui un problème de gouvernance et de crédibilité institutionnelle.

Selon Monga, une banque centrale ne peut pas se permettre d’agir dans l’improvisation :

« La politique monétaire, ce n’est pas du Ndombolo. »

Cette formule sert à illustrer l’idée qu’une institution monétaire doit privilégier la prévisibilité et la transparence.

2. Un outil essentiel au financement de l’économie

Le guichet B permet aux banques commerciales d’obtenir auprès de la BEAC des ressources à moyen terme afin de financer des investissements productifs.

L’auteur rappelle que les économies de la CEMAC souffrent historiquement d’un déficit de financement à long terme, ce qui freine :

  • l’industrialisation ;
  • la transformation locale des matières premières ;
  • la création d’emplois ;
  • la diversification économique.

La suspension de ce mécanisme intervient donc au moment même où il commençait à produire des effets concrets.

3. Les justifications officielles jugées insuffisantes

La BEAC évoquerait une modernisation du dispositif et une réforme des textes régissant le guichet B.

Pour Monga, cet argument ne suffit pas à expliquer une interruption aussi brutale :

  • une réforme aurait pu être progressive ;
  • les dossiers déjà engagés auraient pu continuer à être traités ;
  • une période transitoire aurait pu être instaurée.

Il compare le crédit à l’irrigation d’une économie :

« On ne doit jamais fermer brutalement les robinets. »

4. Les véritables raisons possibles

Le document avance plusieurs hypothèses.

a) Des problèmes de gouvernance interne

L’architecture décisionnelle du guichet B serait devenue inadaptée face à l’afflux soudain de demandes.

La multiplication des dossiers aurait révélé :

  • des faiblesses organisationnelles ;
  • des risques de doublons ;
  • des difficultés de coordination entre le siège et les directions nationales.
b) Une explosion des volumes

Selon le mémo, le guichet B serait passé en moins d’un an :

  • d’une activité quasi inexistante ;
  • à plus de 120 milliards FCFA d’engagements.

Cette montée en puissance aurait dépassé les prévisions prudentielles de la BEAC.

c) Des inquiétudes sur la qualité des dossiers

Certains responsables auraient pu considérer que les refinancements accordés rapidement en 2025 nécessitaient des vérifications supplémentaires.

La suspension permettrait alors de procéder à une revue approfondie des risques.

5. Une question de crédibilité institutionnelle

Le point central de la critique de Monga concerne la réputation de la banque centrale.

Pour lui, l’imprévisibilité :

  • fragilise la confiance des banques ;
  • décourage les investisseurs ;
  • réduit l’efficacité de la politique monétaire.

Une banque centrale tire une grande partie de son pouvoir de sa crédibilité. Lorsque ses décisions apparaissent soudaines ou mal expliquées, l’ensemble du système financier en subit les conséquences.

En résumé

Le mémo de Célestin Monga ne conteste pas nécessairement le besoin de réformer le guichet B. En revanche, il critique la méthode employée par la BEAC.

Sa thèse principale est que la suspension brutale du refinancement à moyen terme risque d’affaiblir l’investissement productif dans la CEMAC et de nuire à la crédibilité de la banque centrale, alors qu’une réforme progressive et transparente aurait permis d’atteindre les mêmes objectifs avec moins de perturbations pour l’économie régionale.

 

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