Le déguerpissement du quartier « Zimbabwe » dans la zone de Vridi le 02 Juin dernier restera dans la mémoire collective. De par son ampleur, c’est le plus vaste qui ait jamais eu lieu en Côte d’Ivoire. C’était une ville dans la ville, avec des Églises dont une paroisse catholique, des écoles, des centres de santé dont une FSUCOM, des collèges, une pharmacie etc…. Quelque 40 000 milles personnes ( sans prendre en compte les enfants ) se sont retrouvées au milieu des ruines et gravats en l’espace de 03 heures, alors que le ciel se faisait menaçant. Une grosse pluie s’est abattue quelques heures plus tard.
La zone étant difficile d’accès, les sinistrés n’ont pu évacuer leurs matelas, lits, fauteuils etc……comme le montrent les images sur les réseaux sociaux. Et surtout où aller ? C’est vrai que depuis 2024 la rumeur d’un déguerpissement planait sur le site. Lorsqu’elles ont de nouveau commencé à circuler, rien n’indiquait l’imminence des opérations. Les habitants ont cru qu’il en serait comme d’habitude. Peut-on leur en tenir rigueur ?
« On ne gouverne pas un pays avec les émotions » ???
On voit beaucoup cette phrase sur les publications soutenant l’action du gouverneur Bacongo. Les émotions sont des outils dont nous disposons pour interagir avec l’environnement. La colère, la joie, l’empathie, la peur, etc…..sont des états qu’un être humain doit normalement éprouver. Bien sûr, il ne faut pas se laisser entièrement guidé par ses émotions, mais il faut en tenir compte sinon on agit comme un animal ou un robot. Un être humain dénué d’émotions ne va jamais mesurer l’impact de ses décisions sur autrui. On en voit les conséquences aujourd’hui. Le déguerpissement de « Zimbabwe » fut d’une cruauté, d’une méchanceté indicibles parce que les émotions de Cissé Bacongo sont « éteintes ». Il faut éviter qu’autant de pouvoir soit entre les mains d’un tel homme.
Le vide au sommet du gouvernement
Le président Ouattara accuse aujourd’hui le poids de l’âge à 84 ans, c’est normal c’est la loi de la nature. Certes il est pleinement aux commandes, mais sa capacité à veiller sur l’ensemble s’est émoussée. Pour faire court, il est fatigué. En dessous de lui, le premier ministre n’a aucune autorité. Le vice-président est comme figurant dans le film, lui aussi n’a aucune autorité sur les troupes. Quant au vice-premier ministre, frère cadet du président, le successeur potentiel, il n’assume pas vraiment son rôle de chef. Il y a chez lui, un déficit de leadership, de charisme, il n’imprime pas vraiment la cadence. Ainsi il y a comme un vide au sommet du gouvernement, une sorte de bicéphalisme entre le premier ministre et le vice premier ministre. Il n’y a pas vraiment de Numéro deux, pas vraiment de patron, or la Nature a horreur du vide dit-on.
Bacongo en roue libre
Le vide au sommet du gouvernement permet à Cissé bacongo d’agir sans aucune retenue, de dérouler sa cruauté, de se déchainer sur les populations des quartiers précaires. Dans son zèle peut-être veut-il montrer au président son ardeur au travail, et pourquoi pas décrocher le poste de premier ministre ? C’est fort possible. C’est lui qui tient le parti. Entre-temps le gouvernement est comme paralysé, tétanisé par la hardiesse de l’homme, son manque d’état d’âme, sa froide cruauté. Il est évident que pratiquement tout le monde s’insurge contre lui. Tout le monde comprend que c’est un monstre. Mais personne ne peut ouvertement assumer son opposition à ses méthodes. Ainsi Bacongo apparaît comme celui qui détient la réalité du pouvoir en dessous du président.
Le président Ouattara interpellé
Ce qui s’est passé ces derniers jours en Côte d’Ivoire sur le front social dénature l’image du pays. Même en Afrique du Sud du temps de l’apratheid, lorsque les noirs étaient déportés dans les bantoustans ( ces « républiques autonomes » ), toutes racistes qu’elles étaient, les autorités sud-africaines prenaient soin de les installer dans des préfabriqués. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire on fait de la déportation en abandonnant des milliers de personnes à leur sort. C’est indigne d’une nation civilisée, une nation phare en Afrique, que tout le monde regarde, une nation qui a une place toute particulière dans l’imaginaire collectif des africains.
Le choix de Bacongo à la tête du District d’Abidjan fut un choix tragique, les faits ne cessent de le monter depuis qu’il est en place. Le cauchemar est sans fin pour les populations. Le président Ouattara est interpellé, on suppose que lui et son épouse ont vu les images. A défaut de remplacer Bacongo, on doit lui retirer la conduite des opérations de déguerpissements, dans la mesure où le District n’a pas la capacité de reloger les déguerpis. Les déguerpissements doivent rester une prérogative de l’Etat à travers le ministère de la construction et de l’urbanisme. De fait, dès 2024 on lui avait déjà retiré la gestion de cette question au profit d’un comité inter ministériel. Mais Bacongo est entêté, il s’est imposé. Aujourd’hui seul le président Ouattara est en mesure d’agir pour éviter d’autres souffrances aux populations.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales

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