Sénégal: Sonko, Diomaye Faye et l’équation explosive de la dette (Ahoua Don Mello)

 

La crise politique entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko continue de susciter analyses et interrogations à travers l’Afrique de l’Ouest.

Dans une note politique publiée à Moscou le 27 mai 2026, Ahoua Don Mello estime que la rupture entre les deux figures du PASTEF dépasse largement une simple querelle personnelle. Selon lui, elle traduirait désormais un affrontement stratégique autour de la gestion de la dette publique sénégalaise et des relations avec les institutions financières internationales.

Une dette devenue centrale dans la crise politique

Dans son analyse intitulée « Sonko, Diomaye Faye : l’équation de la dette », Ahoua Don Mello décrit une situation budgétaire particulièrement tendue pour le Sénégal.

Le document évoque notamment :

un besoin de financement massif ;
des coûts d’emprunt dépassant parfois les 11 % sur le marché régional (passés à 15%  ces derniers jours) ;
une pression croissante du Fonds monétaire international (FMI) ;
ainsi qu’une dégradation de la note souveraine par Moody’s et S&P Global.

L’auteur affirme que le cœur du désaccord entre Sonko et Diomaye porterait désormais sur la stratégie à adopter face au FMI et à la restructuration éventuelle de la dette.

Sonko contre toute restructuration

Selon cette lecture, Ousmane Sonko aurait refusé toute restructuration de la dette [rappelé par le PASTEF dans sa note sur la formation du nouveau gouvernement] , considérant cette option comme une perte de souveraineté nationale et une soumission aux mécanismes du consensus de Washington.

Le leader souverainiste privilégierait plutôt une stratégie fondée sur :

une austérité budgétaire interne ;
une mobilisation accrue des ressources nationales ;
et des partenariats alternatifs avec des puissances émergentes (Arabes) ou les BRICS.

Depuis son retour annoncé à l’Assemblée nationale, Sonko disposerait désormais d’un important levier politique susceptible d’influencer ou de bloquer certains choix budgétaires du pouvoir exécutif.

Diomaye Faye vers une ligne plus pragmatique ?

À l’inverse, le président Bassirou Diomaye Faye apparaîtrait, dans cette analyse, plus favorable à une négociation avec le FMI afin d’éviter une crise financière majeure.

Pour certains observateurs, la nomination d’Ahmadou Al Amine Lô à la Primature après le départ de Sonko illustrerait cette orientation plus technocratique et plus compatible avec les exigences des bailleurs internationaux.

Ancien cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Ahmadou Al Amine Lô est considéré comme un spécialiste des questions monétaires et financières.

Trois scénarios évoqués

Le document d’Ahoua Don Mello avance trois scénarios possibles pour le Sénégal :

un défaut de paiement désordonné ;
une restructuration négociée avec le FMI ;
ou une solution alternative reposant sur des financements bilatéraux et des partenariats stratégiques hors des circuits traditionnels.

L’auteur estime que la question de la dette pourrait rapidement devenir le principal facteur de recomposition politique au Sénégal et avoir des répercussions sur toute la sous-région ouest-africaine.

Entre analyse politique et débat souverainiste

Cette note reste néanmoins une lecture politique engagée du contexte sénégalais. Les autorités de Dakar n’ont pas officiellement confirmé plusieurs des projections avancées dans le document.

Mais au-delà des divergences d’interprétation, une réalité semble désormais s’imposer : la question de la dette publique et de la souveraineté économique est devenue l’un des sujets centraux du débat politique sénégalais depuis la rupture entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

 

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