Par Antoine Kemonsei

Au cœur du Tonkpi, la région de Man possède tous les ingrédients d’une grande destination touristique. Paysages spectaculaires, sommets mythiques, cascades sauvages, ponts de liane, traditions du pays Dan, artisanat… Pourtant, son potentiel reste encore partiellement exploité. Dans un contexte national où le tourisme devient un levier de développement économique et social, l’innovation et le développement durable apparaissent comme les clés pour transformer Man en référence ivoirienne de l’écotourisme.
La « ville aux 18 montagnes » : un patrimoine naturel et culturel unique
Située dans l’ouest montagneux de la Côte d’Ivoire, Man offre une diversité rare.
Le visiteur découvre :
les montagnes historiques du Tonkoui et de la Dent de Man, idéales pour le trekking et l’aventure ;
des cascades majestueuses, accessibles à quelques minutes de la ville ;
les célèbres ponts de liane, chef-d’œuvre ancestral d’ingénierie naturelle ;
la forêt sacrée de Gbepleu, refuge de singes et lieu de rites traditionnels ;
une identité culturelle forte, marquée par l’art, le masque, l’hospitalité et une grande richesse artisanale.
Ce patrimoine est d’une valeur exceptionnelle. Mais pour en faire un moteur économique durable, il faut organiser, structurer et innover.
Les enjeux à relever
- Accessibilité et infrastructures
Le premier défi reste l’accès.
Certaines routes secondaires sont difficiles, des sentiers sont peu entretenus et la signalisation touristique reste insuffisante. L’amélioration des voies, de la mobilité et de l’accueil (sanitaires, points d’eau, hébergements) est impérative.
Sans cela, le potentiel de Man restera sous-valorisé.
- Préservation des sites et de l’environnement
Le développement ne peut pas se faire au détriment des ressources naturelles ou culturelles.
Les sentiers doivent être entretenus, les zones fragiles protégées, les ponts de liane restaurés avec savoir-faire local. La fréquentation doit être contrôlée, notamment en saison haute.
L’avenir dépend de la conservation.
- Appropriation locale et emplois
Le tourisme durable doit bénéficier aux populations.
Cela signifie :
former des guides locaux ;
créer des coopératives d’artisans ;
soutenir les petites entreprises d’hébergement, restauration, transport ;
organiser un partage équitable des revenus.
L’enjeu n’est pas seulement d’attirer des visiteurs, mais de changer la vie de ceux qui accueillent.
- Marketing et visibilité
Trop d’atouts de Man sont encore méconnus du grand public national et international.
Il faut consolider la communication, produire des contenus numériques, renforcer la promotion et relier Man aux grands événements nationaux.
Le récit de destination reste à écrire.
Les pistes d’innovation
A. Le numérique comme levier
La transformation digitale est une opportunité simple et efficace :
plateforme locale de réservation (hébergements, guides, circuits) ;
vidéos 360° des montagnes et cascades ;
site web ou mini-application mobile avec itinéraires, photos, tarifs ;
code QR sur les sites (histoire, sécurité, consignes) ;
promotion ciblée sur Facebook, Instagram, YouTube.
Le visiteur veut anticiper, comparer, planifier.
Le numérique lui ouvre la porte de Man.
B. Une offre touristique durable et mieux structurée
Plusieurs produits pourraient devenir emblématiques :
éco-lodges communautaires avec matériaux locaux ;
circuits de randonnée (Dent de Man, Tonkoui) avec guides formés ;
tourisme culturel (danses, ateliers de masques, artisanat Dan) ;
agro-tourisme autour du café et du cacao ;
marchés nocturnes éco-responsables pour animer la ville ;
festival annuel des traditions du Tonkpi.
Au-delà de l’attractivité, ces initiatives créent des emplois et stabilisent les revenus.
C. Conservation financée par le tourisme
Le tourisme doit participer directement à la protection :
gestion des sentiers par des comités villageois ;
réhabilitation des ponts de liane ;
programmes de reforestation et de lutte contre l’érosion ;
quota de visiteurs sur les zones sensibles ;
mécanisme local de paiement pour services écosystémiques.
Chaque entrée payée peut financer la préservation.
La nature devient une richesse protégée, et non exploitée.
Modèle économique et gouvernance
Pour réussir, la région doit mettre en place un modèle solide :
partenariats public-privé (PPP) pour les infrastructures ;
micro-financement pour les PME touristiques ;
incitations fiscales pour les investissements durables ;
label « Man durable » pour les acteurs responsables ;
gouvernance locale participative incluant État, collectivités, chefs traditionnels, opérateurs touristiques, communautés.
L’unité est la condition du succès.
Feuille de route sur 3 ans
Année 1 — Structurer
diagnostic et cartographie des sites ;
réhabilitation des sentiers prioritaires ;
lancement d’une première plateforme digitale ;
formation de guides et opérateurs locaux.
Année 2 — Déployer
création d’éco-lodges pilotes ;
signalétique touristique visible ;
promotion dans les médias nationaux ;
circuits thématiques commercialisés.
Année 3 — Consolider
festival culturel annuel ;
stratégie de fidélisation des visiteurs ;
certification des entreprises ;
mécanisme de financement de la conservation.
Retombées attendues
Avec une stratégie cohérente, Man peut :
augmenter sa fréquentation touristique ;
créer des centaines d’emplois locaux ;
redynamiser l’artisanat ;
améliorer les revenus des ménages ;
renforcer l’identité culturelle ;
préserver ses forêts, ses montagnes et ses cascades.
Le tourisme devient ainsi un outil puissant de développement territorial inclusif.
Conclusion
La région de Man se trouve devant une opportunité historique.
Dans une Côte d’Ivoire tournée vers l’avenir, le tourisme n’est plus un simple divertissement : il devient un moteur de croissance, un créateur d’emplois, un protecteur du patrimoine.
En associant innovation, infrastructures, gouvernance locale et développement durable, Man peut devenir une référence nationale, voire régionale, de l’écotourisme africain.
L’enjeu n’est pas seulement d’attirer des visiteurs, mais de construire une destination dont les habitants soient fiers, une nature respectée et une culture valorisée. Le potentiel est immense. L’heure est venue de le transformer en réalité.
Antoine Kemonsei
Expert en développement touristique






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