L’amitié célébrée, les visas gelés
Alors que les relations diplomatiques entre les États-Unis et la Côte d’Ivoire sont officiellement présentées comme excellentes, une décision récente de Washington vient jeter une ombre sur ce partenariat affiché. En effet, au moment même où l’amitié ivoiro-américaine est célébrée à travers des déclarations de coopération stratégique, les autorités américaines ont durci les conditions d’octroi de visas à l’endroit des ressortissants ivoiriens, provoquant incompréhension et frustration.
Depuis plusieurs années, Abidjan et Washington multiplient les signaux de rapprochement. Coopération sécuritaire, appui américain à la stabilité politique ivoirienne, partenariats économiques dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et des infrastructures : tout concourt à donner l’image d’une relation solide et mutuellement bénéfique. Les États-Unis ne manquent d’ailleurs jamais de saluer le rôle de la Côte d’Ivoire comme pôle de stabilité en Afrique de l’Ouest.
Pourtant, sur le terrain migratoire, le discours tranche avec la réalité. De nombreux demandeurs de visas américains, toutes catégories confondues (affaires, études, tourisme), font face à des refus en série, souvent sans explication détaillée. Des rendez-vous sont annulés ou reportés, et les critères semblent s’être brusquement durcis, alimentant un sentiment d’injustice au sein de l’opinion ivoirienne.
Cette situation soulève une question centrale : comment comprendre ce décalage entre le partenariat politique affiché et la fermeture migratoire de fait ? Officiellement, les autorités américaines invoquent des impératifs de sécurité, de contrôle migratoire et de lutte contre l’immigration irrégulière. Un argument classique dans un contexte international marqué par des tensions sécuritaires et une pression accrue sur les frontières des pays occidentaux.
Mais pour de nombreux observateurs, cette justification peine à convaincre. La Côte d’Ivoire n’est ni un État failli ni une zone de crise majeure. Au contraire, elle est souvent citée comme un exemple de redressement économique et institutionnel. Dès lors, la rigueur excessive appliquée aux ressortissants ivoiriens apparaît comme une mesure disproportionnée, voire contradictoire avec les discours de partenariat et de confiance mutuelle.
Au-delà des chiffres et des procédures, l’enjeu est aussi symbolique. La politique des visas est un indicateur fort de la considération accordée à un pays et à ses citoyens. En restreignant l’accès à son territoire, Washington envoie un signal ambigu à Abidjan : partenaire stratégique, certes, mais partenaire sous surveillance.
Côté ivoirien, le silence officiel contraste avec le malaise perceptible dans la société civile, les milieux d’affaires et le monde universitaire. Étudiants admis dans des universités américaines, entrepreneurs invités à des forums internationaux, familles souhaitant voyager légalement : tous se retrouvent pris au piège d’une politique qu’ils jugent opaque et pénalisante.
Cette situation pose enfin la question de la réciprocité et de la cohérence diplomatique. Une relation bilatérale durable ne peut se construire uniquement sur des intérêts sécuritaires ou économiques, sans prendre en compte la mobilité humaine, les échanges culturels et la dignité des citoyens.
À l’heure où les grandes puissances rivalisent d’influence en Afrique, les États-Unis gagneraient à aligner leurs actes sur leurs discours. Car à force de célébrer l’amitié tout en fermant la porte, le risque est grand de transformer un partenariat stratégique en relation de méfiance silencieuse.






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