
ABIDJAN – Sur les 255 sièges que compte l’Assemblée nationale ivoirienne, 253 ont été pourvus à l’issue du scrutin, les élections ayant été annulées dans deux circonscriptions. Parmi les élus, 34 femmes ont réussi à décrocher un siège au Parlement, soit environ 13,4 % de la représentation nationale. Un chiffre qui, s’il marque une présence féminine certaine, reste en deçà des ambitions affichées par la loi n°2019-870 sur la parité, laquelle impose un quota minimum de 30 % de femmes sur les listes électorales.
Le profil des 34 femmes élues révèle une diversité générationnelle. Une seule élue a entre 25 et 34 ans, soit 2,9 % du total. La majorité, 21 femmes représentant 61,8 %, se situe dans la tranche de 35 à 60 ans. Enfin, 12 élues ont 61 ans et plus, soit 35,3 %. Ces données traduisent une réalité contrastée. La quasi-absence de jeunes femmes de moins de 35 ans interroge sur les obstacles qui freinent l’émergence de la relève féminine. Par ailleurs, le pourcentage global de 13 % de femmes au Parlement reste bien en deçà des 30 % prescrits par la loi sur la parité, révélant l’écart entre les ambitions législatives et les réalités du terrain politique.
Quelques semaines avant ce scrutin décisif, le 9 décembre 2025, le PNUD organisait à Abidjan, avec l’appui de l’ambassade de Suisse, le Dialogue institutionnel de haut niveau sur le leadership féminin et la gouvernance inclusive. Le Programme Chrysalide, incubateur de leadership féminin mis en œuvre par le PNUD, poursuit un double objectif : renforcer la participation des femmes à la gouvernance politique et développer un vivier de leaders féminines compétentes, visibles et influentes. Ce dialogue institutionnel s’inscrivait pleinement dans cette dynamique, offrant un espace de concertation et de motivation pour les femmes qui s’apprêtaient à briguer les suffrages. Les obstacles à la participation politique des femmes en Côte d’Ivoire sont bien connus : insuffisance de formation en leadership, faible visibilité médiatique des candidates, difficultés d’accès aux financements et aux sphères de décision, ainsi que les stéréotypes socioculturels persistants.
Présidé par Madame Anne Désirée Ouloto, Ministre d’État, Ministre de la Fonction Publique et de la Modernisation de l’Administration, cet événement a réuni plus de 100 femmes leaders, candidates, élues locales et représentantes de partis politiques, aux côtés d’institutions publiques et de partenaires au développement. Figure politique de premier plan, Mme Ouloto incarne elle-même la résilience et la détermination nécessaires pour s’imposer dans l’arène politique. Intégrée au gouvernement ivoirien dès 2011, elle a occupé plusieurs portefeuilles ministériels stratégiques et a été élue Présidente du Conseil Régional du Cavally en 2018, rejoignant ainsi le cercle restreint des femmes (environ 7 %) à diriger une collectivité territoriale de cette envergure.
Son intervention spéciale, intitulée « Servir avec excellence : leadership féminin et transformation de la société », a marqué les esprits par sa sincérité et sa force. S’adressant aux participantes avec la franchise qui la caractérise, la Ministre d’État a livré un témoignage personnel empreint de vérité sur les réalités du parcours politique au féminin.
« Ne soyez pas des figurantes. Soyez des incontournables » a-t-elle lancé aux participantes, les exhortant à ne pas se contenter d’une présence symbolique, mais à s’affirmer comme des actrices indispensables de la vie publique. Cette injonction résonne particulièrement dans un contexte où les femmes peinent encore à transformer leur présence sur les listes électorales en victoires effectives.
Évoquant son propre parcours, Mme Ouloto n’a pas éludé les épreuves qu’elle a dû traverser : « La politique n’est pas un fleuve tranquille, j’ai dû perdre mon emploi après avoir donné mon opinion sur un fait politique. Mes larmes ne m’ont pas sauvée mais j’ai fait jouer ma sagesse. » Ce témoignage poignant montre les sacrifices et les revers que peuvent subir les femmes qui osent s’engager. Mais plutôt que de décourager, ces paroles invitent à la résilience et à la stratégie. La sagesse dont parle la Ministre d’État, c’est cette capacité à transformer les obstacles en tremplins, à rebondir face à l’adversité. Rappelant que la compétence demeure le passeport essentiel vers les responsabilités, elle a affirmé : « Ce n’est pas parce qu’on est femme qu’on nous donne de la place. On nous donne une opportunité parce qu’on sait qu’on est compétente et qu’on va pour gagner. » Un message clair qui invite les femmes à se préparer rigoureusement, à cultiver leurs compétences et à se positionner non pas comme bénéficiaires d’une faveur, mais comme des talents que la nation ne peut se permettre d’ignorer.
À l’issue du dialogue, des engagements institutionnels et partenariaux ont été formulés pour renforcer durablement le leadership féminin. Un réseau des femmes leaders s’est formé autour d’une plateforme de collaboration et de plaidoyer pour créer une synergie entre les femmes, et une note de synthèse des échanges et recommandations servant de feuille de route pour les actions futures a été validée. Les 34 femmes élues le 27 décembre 2025 portent désormais sur leurs épaules une responsabilité particulière : celle de démontrer que les femmes ont toute leur place dans les hémicycles et les instances de décision. Elles sont les héritières d’un combat de longue haleine et les ambassadrices d’un changement encore à conquérir. La route vers la parité est encore longue en Côte d’Ivoire. Mais comme l’a rappelé Anne Désirée Ouloto par son parcours et ses mots, chaque pas compte. Chaque femme qui ose briguer un mandat, chaque candidate qui persévère malgré les obstacles, chaque élue qui exerce ses fonctions avec excellence contribue à façonner une gouvernance plus inclusive et une société plus équilibrée. Le Dialogue Chrysalide a semé des graines d’espoir et de détermination. Aux femmes ivoiriennes maintenant de les faire éclore, pour que demain, la parité ne soit plus un objectif lointain, mais une réalité vivante.
Avec Sercom






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