Afrique de l’ouest – Deux sommets, deux réalités politiques (Chronique “Café chaud brûlant” par Sylvain Takoué)

Le monde entier, comme il fallait l’imaginer, avait les yeux rivés et l’oreille tendue, ce 6 juillet 2024.

Car oui, le 1er Sommet panafricaniste souverain de l’AES, à Niamey (Niger), tenu à cette date, a soulevé cet intérêt international sur l’échiquier mondial.

Ce n’était pas pour rien : c’était le Sommet de la RUPTURE et du RENOUVEAU, opéré en Afrique de l’ouest. C’est-à-dire que c’était un sommet ouest-africain, et typiquement africain, qui, par ses relents à rebrousse-poil, de dépossession néocoloniale faite à l’homme blanc, a utilement fait grincer des dents.

Trois Chefs d’Etat ouest-africains, et rien qu’eux, ont mené la cadence de ce Sommet applaudi par les peuples en transe de leurs pays respectifs, le Mali, le Burkina Faso, et le Niger.

C’était un nécessaire changement de donne, qui a prouvé qu’un autre chemin était possible, sans que le ciel ne s’écroulât au-dessus des têtes des trois meneurs d’Etat. Ils se sont appropriés ce chemin nouveau, pour en faire une autre réalité politique en Afrique, celle de la pleine souveraineté en marche dans notre continent. Et c’est fait. Cela, aux yeux de l’autre Afrique hésitante, craintive, angoissée…

Celle-ci – mais toujours du côté ouest-africain – est certes incarnée par la CEDEAO, mais n’est finalement plus vraiment africaine.

Son Sommet se tient, à son corps defendant, ce 7 juillet 2024, à Abuja, au Nigéria.

Mais pour les panafricanistes et souverainistes, ce Sommet d’Abuja est plutôt un contre-sommet à celui de Niamey.

C’est que la CEDEAO a perdu de son objectivité et de sa lucidité. D’instrument politique et économique, qu’elle était au départ, elle est devenue un machin à guerroyer contre les siens, et elle s’y est égarée.

Son point de mire actuel : l’AES, qu’elle tient pour responsable de sa dislocation déclenchée.

Or, alors même que l’AES lui offre une légitime raison de faire peau neuve, de se réinventer et de renaître de ses égarements, pour redevenir, en s’améliorant et s’actualisant, l’esprit que ses pères fondateurs lui ont insufflé à raison, la CEDEAO se maintient dans ses écarts qui font pourtant sa risée dans le monde. Une risée qui fait honte aux Africains.

Il s’agit d’un énorme éclat de rires que le monde entier lui fait dans son dos, depuis qu’un autre visage, qui n’est plus le sien, lui a été donné par une puissante voix d’incantation occidentale.

En effet, le 14 janvier 2022, à Brest, c’est le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, qui faisait entendre cette voix d’incantation. Comme sorti du bois, agacé et prenant un air impérial, il avait fait cette déclaration publique péremptoire : “Nous (Ndlr : France et Union Européenne) sommes aux côtés de la CEDEAO, parce que nous sommes membres de cette institution. J’ai pris l’engagement de faire comprendre à l’Union Européenne, d’appliquer les sanctions contre le Mali. Et nous allons faire cela à la lettre”.

C’est pour cette raison – on le comprend maintenant – que les Sommets de cette CEDEAO sont plus bondés de monde blanc et européen, que noir et africain…

Mais des États panafricanistes et souverainistes, en ce 21è siècle de la clarification et de la rectification, pouvaient-ils accepter cette humiliation de plus et de trop, en continuant d’apparaître au sein de cette CEDEAO travestie ?

La réponse est Non, telle que hurlée par l’AES, aux oreilles de ceux qui doivent l’entendre.

07 juillet 2024.

À la prochaine chronique !

*Sylvain Takoué,
Écrivain ivoirien
Et leader souverainiste
En exil à Bamako,
sylvaintakoue@yahoo.fr

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