Thiam dans son nouveau costume d’opposant politique : quelle alternative économique ? (opinion)

Douglas Mountain

Tidjane Thiam à son arrivée à la Fondation Félix Houphouet Boigny de Yamoussoukro

le 22 Décembre dernier. L’affaire était déjà dans la poche pour lui.

C’est fait, Tidjane Thiam (TT) est le président du pdci depuis le vendredi 22 Décembre 2023. Le congrès extraordinaire qui devait se tenir le 16 Décembre à Cocody, s’est finalement tenu le 23 à Yamoussoukro, dans la salle des congrès de la Fondation Félix Houphouët Boigny, là où quelques jours plus tôt il avait lancé sa candidature.

Suite à la plainte déposée par deux secrétaires de section, qui entendaient dénoncer les conditions d’organisation du congrès, l’évènement fut suspendu in extrémis par la justice, qui a jugé la plainte recevable, au motif que « la tenue du congrès pouvait représenter une menace pour l’ordre public ». Au matin du 16 Décembre, un important déploiement policier empêcha l’accès au siège du parti de Cocody. Beaucoup y ont vu la main du pouvoir. On croyait cette affaire partie pour s’éterniser dans un long feuilleton politico-judiciaire, mais il n’en fut rien, à la surprise générale. En moins d’une semaine, toutes les divergences ont été « aplanies ». Des consultations ont été menées, le processus lui-même a été rendu plus transparent, les challengers de TT se sont exprimés dans le sens de l’apaisement, TT en a rencontré certains dont Jean Louis Billon, la plainte fut retirée, ce qui de facto levait la mesure d’interdiction de la rencontre.

Notons que TT avait affiché sa détermination devant les caméras, au matin du 16 Décembre, devant le siège du pdci à Cocody. « Quel que soit la formule, quelle que soit la date qui sera choisie, je serai candidat » avait-il martelé, et d’appeler les militants au « calme», tandis que la foule l’ovationnait. Cette détermination a-t-elle fait reculer ceux qui éventuellement tiraient les ficelles dans l’ombre pour lui «barrer le passage »?Possible. Dans tous les cas de figure, l’homme a montré qu’il n’entendait pas reculer, et qu’il fallait désormais compter avec lui dans la place.

Elu avec 96,48% des suffrages face au maire de Cocody Jean Marc Yacé (3,23%), TT devient le principal opposant au pouvoir. Pourtant dans sa première interview, il a déclaré que « le président Ouattara est un économiste de renom qui a fait des choses utiles pour le pays». La déclaration a visiblement surpris, on a pensé qu’il allait tout de suite « annoncer les couleurs » en attaquant de façon frontale le pouvoir. Mais à bien analyser, la déclaration est logique de la part de cet homme, qui vient tout juste de descendre dans le marigot politique, et qui conserve encore une certaine honnêteté, laquelle l’amène à reconnaître le bilan économique du président Ouattara. Car toute démagogie mise à part, ce bilan sera difficile à attaquer, TT en est certainement conscient.

Il devra mettre sur la table des propositions pouvant représenter une alternative crédible à ce qui se fait actuellement. Cela sera compliqué. L’économie est son point fort, c’est aussi le point fort du président Ouattara, donc du parti au pouvoir. Lors de son discours de campagne, TT a jugé prioritaire la reconquête par le pdci du Nord du pays. Il risque de faire ’’chou blanc’’. Les villes du Nord se sont toutes métamorphosées en termes d’infrastructures, grâce à des investissements massifs, et le président Ouattara y est vu comme un « demi-dieu ». Que pourra proposer TT aux populations ?

TT parle aussi d’ériger l’éducation en priorité. Mais le pouvoir peut mettre en avant les universités de Man, San Pedro, et Bondoukou, ainsi que celle de Bouaké créée lorsque le président Ouattara était Premier Ministre. D’autre part, les universités de Daloa et de Korhogo ont formellement été créées en 2012, auparavant on avait affaire à des URES (Unité régionales de l’enseignement supérieur). Il y a aussi tous ces collèges de proximité, ces centres de formation, ces milliers de classes du primaire…… etc……Certains avancent que le président Ouattara n’a fait que reprendre les projets que TT avait formalisés en 1996 lorsqu’il était directeur du BNTED puis Ministre du Plan. Mais c’est oublier que TT avait lui aussi repris les travaux qui figuraient dans le plan d’urbanisme de la ville d’Abidjan dans les années 70 et 80.

Bref TT aura fort à faire pour mettre sur la table un programme économique fondamentalement différent de ce qui a été réalisé par le pouvoir. Quel pourra être son angle d’attaque en dehors de la corruption et peut-être de l’endettement ? TT est un économiste libéral comme le président Ouattara, et leurs solutions vont certainement converger. Il ne pourra pas véritablement se démarquer de la ligne économique libérale actuelle. TT parle d’incarner une opposition “constructive”, une ligne modérée dictée peut être par sa personnalité, mais aussi dictée par le fait qu’il ne trouve pas grand chose à reprocher au maître des lieux sur le plan de la stratégie économique. En fait, sa tâche sera plus ardue qu’on ne le pense. Il lui sera bien difficile de « réinventer la roue », pour ainsi dire.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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