Le gisement baleine est la première production net-zéro émission de gaz à effet de serre en Afrique

La COP28 a demarré ce jeudi 30 novembre 2023 à Dubaï. Une rencontre de haut niveau qui planchera sur la problématique de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La Côte d‘Ivoire, fortement engagée dans ce combat, a lancé la production de son gisement “BALEINE”. Dans cet entretien, l’Expert International Serge Dioman Parfait rassure.

• LE PATRIOTE : A tout juste une semaine de la COP28 à Dubaï, la Côte d‘Ivoire a célébré l’entrée en production officielle du gisement BALEINE dont vous avez été favorablement cité au nombre des experts impliqués dans ce succès. Qu’en est-il, vu des exigences COP ?

SERGE DIOMAN PARFAIT : Avant tout propos, qu’il me soit permis de saluer le leadership et l’implication personnelle du Ministre de tutelle Sangafowa Coulibaly pour avoir instruit des points de vigilance clés et des orientations idoines ayant conduit à cette réussite doublement technique et écologique.

Dans la perspective de la COP climat donc, BALEINE est la preuve que, par l’innovation énergétique, l’on arrive à concilier une industrie pétrolière éco-responsable et les exigences onusiennes de lutte contre le dérèglement climatique.

En terme de quiétude écologique en effet, l’exploitation de BALEINE est réputée être NET-ZERO émission de gaz à effet de serre de type 1 et 2. C’est la toute première du genre jamais implémentée en Afrique. Le consortium ENI-PETROCI l’a réussie en y incluant même en plus un volet de production de biocarburants obtenus grâce à des résidus de biomasse revalorisée au travers d’une économie circulaire positive.

• LP : De manière plus explicite, que devrions-nous entendre par NET-ZERO émission de gaz à effet de serre ?

SDP : Concrètement dit, le dispositif écologique NET-ZERO signifie que des mécanismes compensatoires sont déployés à l’effet de garantir que chaque gramme d’effluent carboné, de source fossile, rejeté dans l’atmosphère est soit capté et éliminé soit inhibé. En clair, par l’émission d’effluents dits verts, l’on arrive à masquer voire annuler l’impact carbone.

Au travers donc d’un système NET-ZERO émission de gaz à effet de serre efficacement implémenté, toute incidence sur le réchauffement climatique est jugulée. Pour une quantité de carbone résiduaire rejeté dans l’atmosphère, une quantité équivalente d’effluents verts vient la compenser et l’enrayer.

Somme toute alors, cela prouve bien qu’il n’y a pas lieu de systématiquement opposer l’industrie pétro-gazière et les objectifs COP car l’or noir peut être exploité autrement sans contredire les consignes transitionnelles énergétiques.

• LP : La formule NET-ZERO émission développée pour BALEINE serait-elle finalement l’une des innovations qui pourrait avoir un bon écho lors de la COP à Dubaï ?

SDP : En la matière, l’exemple de la Côte d‘Ivoire est édifiant et appelé à faire école. Il est alors opportun de le partager au monde entier. Il serait en l’occurrence un plaidoyer en faveur des pays de la Zone Afrique car ceux-ci ont grandement encore besoin de leur pétrole et leur gaz pour consolider leurs acquis énergétiques et poursuivre leur développement.

Au demeurant, il convient de noter que l’industrie pétrolière dispose d’une pléthore de solutions pétro-écologiques à proposer, pourvu qu’on lui donne l’opportunité d’en parler et le temps nécessaire pour l’implémenter.

Pour donc espérer un plein succès de la COP climat, l’on gagnerait à se détourner du pétrole bashing et donner plus de visibilité aux initiatives prônant l’innovation énergétique inclusive, sans omission du pétrole et gaz. Et c’est possible.

En ce qui concerne la Côte d‘Ivoire, le Ministre de tutelle a formellement d’ailleurs rappelé que le pays demeure en phase de respecter ses objectifs COP en se positionnant à plus de 45% de part d’énergie renouvelable à l’horizon 2030.

• LP : A la récente cérémonie commémorant la mise en production officielle du gisement BALEINE, le terme FIRST OIL fut plusieurs fois cité. Que signifie-t-il ?

SDP : Le FIRST OIL désigne un jalon très important car il marque la toute première coulée de pétrole brut. En matière d’exploitation de gisement nouvellement découvert, il prouve que l’on n’a point affaire à des puits secs et stériles mais plutôt des puits effectivement producteurs.

C’est donc un réel motif de fierté d’arriver à cette étape clé.

Certes, les diagraphies faites par avance, sur les formations géologiques afférentes offrent plus ou moins déjà d’avoir quelques certitudes. Sauf qu’à la faveur du FIRST OIL, l’on acquiert des informations opérationnelles supplémentaires.

Divers échantillons de la première coulée de pétrole brut sont en effet analysés au laboratoire. Les caractéristiques physico-chimiques obtenues aideront à identifier le nouveau pétrole brut et au besoin même sonder sa quotation commerciale par rapport aux bruts de références du marché.

D’autres données issues du laboratoire seront plutôt dédiées aux opérations de réglage des installations de séparation et de traitement du pétrole brut, depuis sa sortie des puits jusqu’au unités d’expédition du pétrole stabilisé.

• LP : Serait-ce la même démarche à suivre pour le gaz ?

SDP : A l’étape de réception du gaz naturel issu des puits, comme ce que BALEINE delivre en ce moment au site LION GPL sis à Vridi Canal, le principe reste globalement le même. Et par analogie donc, l’on parlera de FIRST GAS.

A ce jour, ces deux jalons directeurs que sont le FIRST OIL et le FIRST GAS ont été réalisés avec succès pour ce qui est de la PHASE 1 de développement du gisement BALEINE.

D’où les festivités du jeudi 23 novembre 2023 dernier et les décorations dans l’Ordre du Mérite National pour sublimer cette performance historique obtenue en temps record.

• LP : Est-ce ce qui donne à cette mise en production une attention particulière dont témoigne le grand nombre de personnalités nationales et internationales présentes au coté des populations venues massivement sur les lieux ?

SDP : Ce vif engouement autour du projet BALEINE répond à plusieurs raisons légitimes. Entre autres d’ailleurs, le fait qu’il s’agit de l’un des meilleurs pétroles bruts au monde en terme de qualité. C’est un nectar qui fera certainement parler de lui.

Sa mise en production s’est faite en moins de deux ans alors que, vu la complexité de ce type de développement réalisé en mer profonde, le timing est d’ordinaire de l’ordre de trois à trois ans et demi. Techniquement parlant donc, l’on dit que le développement s’est fait rapidement en mode FAST-TRACK et surtout sans aucun accident enregistré malgré les risques.

Un exploit mondial que la nation a chaleureusement tenu a célébrer fièrement sous le haut patronage du Chef de l’Etat, Son Excellence Allassane Ouattara, et la présence effective du Grand Médiateur de la République, celle du Secrétaire Général de la Présidence ainsi que celle de plusieurs autres ministres conduits par le Premier Ministre Beugré Mambé.

• LP : Au-delà de la réalisation FAST-TRACK, que seraient quelques-unes des retombées attendues pour la Côte d’Ivoire et ses populations ?

SDP : Il est su de tous qu’être un producteur de pétrole et gaz est inéluctablement une bonne chose pour le pays concerné. Dans l’optique d’une souveraineté énergétique confortable et diversifiée, la Côte d‘Ivoire en tirera donc le meilleur pour son autonomisation et son autosuffisance énergétique. Toute chose qui ne peut être que bénéfique pour les populations.

Je ne suis pas la ressource autorisée pour en dire davantage et donner la primeur de ces bonnes nouvelles. Mais d’une manière générale par ailleurs, l’on sait que la productivité pétrolière et le coût marginal associé deviennent davantage intéressants quand on est au rang de producteur émergent.

En dessous de cette classe, le volume de production est bon à prendre, certes à l’échelle du pays, mais pas suffisant pour prétendre impacter dans l’immédiat les cours du pétrole brut et ceux des produits finis pétroliers tels que affichés sur les places de marché internationales où tout se decide en fait.

C’est pourquoi quand de grands producteurs pâtissent eux-mêmes déjà des incertitudes des cours internationaux, les pays ayant des productions encore modestes le ressentent aussi.

• LP : Que devons-nous entendre par être pays producteur émergent et quelles sont les autres classes existantes ?

SDP : En réalité, ce n’est pas parce que l’on produit du pétrole et du gaz que l’on peut influer sur les cours du marché. Tout dépend de la qualité du brut et des quantités que l’on produit.

Notons juste qu’à moins de cent mille barils produits par jour, le pays des dit producteur mineur. Entre cent mille et un million de barils par jour, il est classé producteur émergent. De un million à dix millions de barils par jour il passe pour être un producteur major comme le Nigeria et l’Angola entre autres. Et au-delà de dix millions par jour, comme les États-Unis, la Russie, l’Arabie Saoudite, etc. l’on est un producteur super-major.

Alors poursuivons nos efforts dans la même veine que celle de la Phase 1 du projet BALEINE afin de réussir les phases de développement à venir de ce gisement et progresser dans la hiérarchie des producteurs pétro-gaziers pour renforcer durablement notre rôle de hub énergétique sous-régional.

C’est en tout état de cause, la vision impulsée par le Chef de l’Etat de Côte d‘Ivoire, Son Excellence Allassane Ouattara.

PROPOS RECUEILLIS PAR
ANZOUMANA CISSE
LE PATRIOTE

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