Référendum sur la constitution en Côte d’Ivoire: Deux mouvements de la société civile en campagne pour l’abstention

abstention

Par Michèle Irié

Le Comité ivoirien des Droits de l’homme (CIDH) et l’Initiative ivoirienne pour la démocratie et le développement (2IDé), deux mouvements de la société civile, ont appelé mercredi les ivoiriens à s’abstenir “d’une complicité regrettable“ en participant au référendum sur la nouvelle Constitution prévu le 30 octobre.

Le CIDH et 2IDé appellent les peuples de Côte d’Ivoire conscients de leurs intérêts souverains à l’abstention le 30 octobre prochain. Restez chez vous, n’allez pas voter“ ont-ils déclaré dans un communiqué.

“Ce pays n’est pas dans un état de santé à même de lui permettre d’aborder sereinement ce referendum“, expliquent-ils ajoutant que ce projet de Constitution est « source de conflits“.

Ils considèrent également que la nouvelle Constitution est une “initiative unilatérale et autocratique » du chef de l’Etat Alassane Ouattara. Un jugement partagé par l’opposition et plusieurs organisations de la société civile ivoirienne. Par conséquent selon eux, elle “sera pas le socle d’une stabilité“.

MIR
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COMMUNICATION DU COMITE IVOIRIEN DES DROITS DE L’HOMME ET DE L’INITIATIVE IVOIRIENNE POUR LA DEMOCRATIE ET LE DEVELOPPEMENT SUR LE PROJET DE CONSTITUTION

PEUPLES ABSTENONS NOUS D’UNE COMPLICITE ‘‘REGRETABLE’’
Le 21 mai 2016 le CIDH et 2IDé, après un séminaire sur le referendum annoncé par le Président Ouattara, ont tenu à lui faire les précisions suivantes sous forme d’interpeler :
« Vu que notre Pays a connu une succession de guerres dont les raisons évoquées résident bien souvent dans les articles à conflit de notre loi fondamentale ;
Vu que ces articles sont le symbole d’une profonde division de nos peuples sur des questions d’ordre national;
Vu que la guerre de 2002 et de 2011 ont consacré la déchirure sociale ;
Vu qu’un camp a été défait militairement par l’autre et qu’avec lui des millions d’ivoiriens qui se reconnaissent en ce camp ;
Vu que la justice est exercée sur un seul camp là où il est prouvé que les deux camps sont autant responsables de la désolation qu’a connue le Pays ;
Vu qu’à ce jour aucun début de réconciliation nationale inclusive et participative n’est en cours ;
N’est-il pas hasardeux et dangereux de vouloir ‘‘imposer’’ une vision de la Cote d’Ivoire à des millions d’Ivoiriens fussent-ils du camp opposé ?
C’est pourquoi, le séminaire pense que si le souci des gouvernants est de créer par cette nouvelle constitution un nouveau contrat social pour une vraie nation résolument tournée vers un développement durable, il convient de remplir certaines conditions préalables dont :
• Un processus de réconciliation inclusif et participatif (indépendant du pouvoir exécutif) qui déboucherait sur un consensus national ;
• Une justice transitionnelle qui allierait la justice à la nécessaire réconciliation nationale ;
• Une armée Républicaine au service de tous et symbole de la confiance retrouvée en nos institutions. »
Aussi après une telle interpellation faite au Chef de l’Etat, le CIDH et 2IDé ont tenu à tirer cette conclusion :
« Le CIDH et 2IDé en appel à la responsabilité des pouvoirs publics car il faut éviter de reprendre les erreurs du passé. Une constitution ne peut être élaborée pour des arrangements politiques au sein d’un camp au risque comme par le passé d’en faire une source de conflit permanent.
L’histoire récente de notre Pays devrait pouvoir nous interpeller et nous pousser à la plus haute sagesse.
C’est pourquoi, nous demandons instamment au Président de la RÉPUBLIQUE d’engager toutes les populations de ce Pays dans un processus inclusif et indépendant de l’exécutif qui aboutirait sur un consensus national duquel une constitution démocratique et moderne sera adoptée pour conduire dans la cohésion retrouvée notre nation vers les nouveaux enjeux de développement. »

Le 05 Octobre 2016, le Président Alassane Ouattara s’est présenté devant les représentants de la souveraineté du peuple. Il y a présenté l’avant projet de constitution adopté quelques jours plus tôt par le conseil des Ministres. Dans le but de faire comprendre ses motivations pour la 3ème république et faire passer son texte, le Président de la REPUBLIQUE a donné (et donne souvent) un ensemble d’arguments qu’on peut résumer comme suit :
• Il estime avoir rencontré les couches sociales et professionnelles ;
• Il estime avoir engagé un processus de réconciliation vraie. Processus qu’un nouveau contrat social devrait consolider ;
• Il note qu’il à fait libérer plusieurs prisonniers politiques et faire rentrer des milliers de refugier ;
• Il estime que l’indice de sécurité est bon à l’image de grand pays dans le monde ;
• Enfin il annonce que la nouvelle constitution sera le socle d’une stabilité vraie et d’un pays émergent à l’horizon 2020.

I- DE LA RECONCILIATION
Le président estime avoir œuvré à réconcilier les ivoiriens à travers plusieurs initiatives dont la CDVR, la CONARIVE, la libération des prisonniers, le retour des exilés politiques et le cadre de concertation permanente (avec son opposition).
CDVR et CONARIV ; des échecs patents
Il est de notoriété publique que le rapport de la CDVR à ce jour n’est pas rendu publique malgré les interpellations publiques de son président Konan Bany, à ce que le Président le publie. L’opacité sur les activités de cette institution aux ordres d’un des protagonistes de la crise à fini de convaincre du manque de volonté politique de lui permettre d’atteindre des objectifs dans l’intérêt de tous et du pays. A ce jour, les vérités les plus fâcheuses de notre histoire restent dans l’oublie d’un rapport jamais publié de la volonté de notre chef à rester sur ses positions.
La CONARIV créer dans le but d’écarter un individu de la tète de la CDVR et d’aligner la politique de réconciliation sur le modèle inique du Président, a passé son temps à soigner quelques plaies en surface qu’a éradiquer le mal en profondeur.
Libération des prisonniers et retour des exilés
Ce pays à une histoire récente particulière. Nous avons connus deux grand temps fort de guerre. La rébellion de 2002 et la crise poste électorale de 2010. La dernière étant la suite logique de la première.
Comme le dit Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ».
L’on ne peut soustraire toutes les réalités sous- jacentes à la crise poste électorale. Tous les acteurs de la crise poste électorale sont comptables de la désolation et du meurtre de milliers d’ivoiriens depuis 2000. D’où vient-il donc que d’autres soient propres et vivent dans l’impunité pendant que les autres croupissent dans les geôles des prisons. Faut il le rappeler des ivoiriens de l’opposition et de la société civile ont été fait prisonnier bien après la crise poste électorale (ex : Samba David). A ce jour, malgré les grandes annonces de grâce présidentielle, ce sont plusieurs ivoiriens qui demeurent en prison.
A ce jour, malgré la grande communication du pouvoir d’Abidjan, ce sont des centaines de milliers d’ivoiriens disséminés à travers le monde qui restent en exile au mépris de l’article 12 de la constitution d’aout 2000.
Le cadre de concertation permanent
Ce cadre déjà problématique à la base du fait de ce que le Président Ouattara s’est choisi son opposition avec laquelle il veut échanger, est un cadre unilatérale ou le langage de sourd et de dupe s’y pratique. A ce jour, aucune avancée démocratique n’est constatée. Pas de liberté de manifestation et une adoption unilatérale des hauts faits de la nation telle que la constitution. Pour preuve, ces partis membre de ce cadre sont au devant du refus de ce processus non inclusif de la troisième république.
Il n’ya pas de dialogue vraie en Côte d’Ivoire malgré que l’histoire douloureuse de notre pays le recommandait. La plus grande humilité aurait pourtant suggérer une attitude contraire.

II- DE L’INDICE DE SECURITE
L’indice de sécurité en Côte d’Ivoire serait le même que New York. Cette assertion du Président de la République est fortement relative. D’abord Tout pays à ces réalités et c’est en fonction de cette relativité que cet indice est calculé, ensuite l’indice de 1.11 en décembre 2015 reflète t’il ce que veulent les ivoiriens ?
La sécurité revêt plusieurs aspects dans un Pays et il est bon que les ivoiriens en sois informé. La sécurité c’est entre autre :
• La Sécurité sociale ; au niveau de l’éducation, l’eau, la nourriture et l’hygiène
• La sécurité nationale ; défense nationale
• Sécurité publique ; ordre public et sécurité visant à protéger la population d’un Etat contre les menaces internes,
La sécurité sociale est un leurre dans notre pays et les ivoiriens de tous bord le ressentent profondément et commencent par des mouvements de grogne à l’exprimer.
La sécurité nationale reste fortement inquiétante d’autant qu’il est de notoriété publique que les point névralgique de notre système de défense reste encore sous le contrôle d’une armée extérieur. Toute chose aux antipodes de notre souveraineté.
La sécurité publique reste fortement relative avec les derniers événements de Bouna, Assuefri, Bassam, Bouaké, Jacquville et Katiola. En plus la situation des microbes demeure une grande inquiétude pour les ivoiriens.

III- DE LA NOUVELLE CONSTITUTION COMME SOCLE D’UNE STABILITE
Le Président de la REPUBLIQUE, peut il prétendre dans ces conditions sus citées que la constitution sera le socle d’une stabilité ?
Nous pensons objectivement que non.
Le pays est mal en point, de sa déchirure qui s’accroit de par une gestion non inclusive du pays. Ce pays n’est pas dans un état de santé à même de lui permettre d’aborder sereinement ce referendum.
En 2000, un processus inclusif à travers une assemblée constituante avait été mise en place dans le cadre de la 2nde constitution. Le RDR avait pris partie et le Président actuel avait même appelé à voter pour le oui. Malgré cette démarche inclusive, du fait de certains articles jugés confligènes, une rébellion armée va naitre pour la première fois dans la jeune histoire de notre Pays.
Ce projet de constitution actuel ne respect aucunement les normes souverainistes et democratiques en vigueur. Elle est une initiative unilatérale et autocratique et traitée en tant que tel par l’opposition et plusieurs organisations de la société civile ivoirienne. Elle est donc à l’ origine source de conflit, elle qui pourtant est censé être la loi fondamentale par essence.
Le conflit est déjà dans le fruit et il ne peut qu’aboutir à une implosion dont les victimes seront encore les peuples.

IV- L’APPEL DU CIDH ET DE 2IDE
Aussi ;
Vu que le referendum sur la nouvelle constitution tel que conduit est non inclusif, anti constitutionnel, anti démocratique et source de conflit ;
Vu que la constitution est déjà en elle-même confligène à son origine et qu’il pourrait en résulter une autre guerre dont les peuples seront les principales victimes ;
Vu que le Président Ouattara, son clan et ses réseaux, semblent avoir scellé le sort de cette constitution et donc des ivoiriens pour leurs intérêts politiques et économiques ;
Vu qu’a la lecture de cette constitution, l’on se rend compte du renforcement des pouvoirs du président de la REPUBLIQUE. Président déjà bien fort (dans la 2nde constitution). Par la mise en place d’un vice Président et d’un sénat dont le tiers des membres lui sont redevable parce que nommés par lui ;
Vu que la nomination d’un vice Président selon l’article 179 de la nouvelle constitution, vient nier l’article 55 et que cela est un manquement grave à la souveraineté des peuples ;
Vu que les peuples de ce Pays ne sauraient se permettre le luxe d’installer une dictature et d’entrer ainsi dans une nouvelle aventure qui renforcera leurs souffrances ;
Vu que le taux de participationn est un véritable indicateur démocratiques.
Le CIDH et 2IDé appellent les peuples de Côte d’Ivoire conscients de leurs intérêts souverains à l’abstention le 30 Octobre prochain. Restez chez vous, n’allez pas voter.
Les générations futures attendent beaucoup de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui et il convient que nous soyons au diapason de notre histoire présente.
Nous restons persuadés que des heures de gloire attendent le mouvement progressiste de la volonté d’émancipation et de bien être de nos peuples.
Peuples évitons de nous faire complice de cette constitution confligène.
Evitons de donner caution à la mise en place d’une dictature en Côte d’Ivoire.
Peuples nous sommes soixante ethnies et nous avons une communauté de destin. La Côte d’Ivoire de demain sera celle que nous aurons faite aujourd’hui.

Fait à Abidjan le 12 Octobre 2016

Pour le Comité Ivoirien des Droits de l’Homme (CIDH) Pour l’Initiative Ivoirienne pour
la Démocratie et le Développement

Le Président Le Président

Fondio Vazoumana
Innocent Gnelbin

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