50 ans de la BAD en Côte d’Ivoire – Débats sur le faible financement du secteur privé africain

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Élection du prochain président de la BAD

“2 milliards de dollars en dix ans” à un secteur privé qui se cherche toujours

Les Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) qui coïncident cette année avec le 50e anniversaire de l’institution financière ont commencé à Abidjan ce lundi de pentecôte. Ces assemblées annuelles verront l’élection d’un nouveau président en remplacement du rwandais Donald Kaberuka en fin de deuxième mandat.

Le président sortant a animé une conférence de presse ce jour-même, au cours de laquelle il a commenté quelques pans de sa mission à la tête de la banque.
A la question clé du financement du secteur privé en Afrique, contre les allégations du peu d’engouement de la banque africaine, Donald Kaberuka, chiffres à l‘appui, a fait remarquer que ce sont 2 milliards de dollars qui sont allés au financement de ce secteur en dix ans de mandat. ‘’Quand j’arrivais en 2005, nous étions à 200 millions de dollars de financement du secteur privé. En 2015, nous sommes à 2 milliards de dollars’’, dit-il sans préciser quelle proportion représente ce montant dans l’ensemble des concours financiers. D’autres sources, cependant, avancent le taux de 5%. Ce qui est relativement peu pour une institution qui finance le développement de l’Afrique. Une zone dans laquelle, grâce aux partenariats public-privé (PPP), le secteur privé joue de plus en plus un rôle prépondérant, contribuant même à la résorption de la question de l’emploi. Pour Donald Kaberuka la banque finance ‘’les effets de levier’’, pour dire que, en tenant compte de la gestion des risques, la banque s’intéresse aux secteurs à forte valeur ajoutée pouvant contribuer à la transformation des économies africaines. Le président sortant reste même confiant quant aux perspectives. ‘’Nous avons fait notre travail mais nous pouvons faire mieux. A cette tendance, dans dix ans on dépasserait le financement des activités du secteur public’’, fait-il remarquer.

Au moment où la banque célèbre ses cinquante ans d’existence, le débat est à ce niveau. Pourquoi la Bad développe encore une méfiance vis-à-vis du secteur privé africain pourtant pourvoyeur d’emplois et contribuant au recul de la pauvreté, l’une de ses principales missions ?

Tout au long de son existence, c’est seulement en 1991, selon une source, que la banque s’est intéressée au financement du secteur privé. On comprend donc que la prudence soit toujours de mise. Toutefois, le secteur privé africain connait aujourd’hui un certain dynamisme avec l’émergence de grands groupes aussi bien dans l’agroalimentaire que dans l’industrie lourde, les BTP et les services. Mais rares sont ces investisseurs privés africains qui encenseraient la Bad. Célestin Tawamba, un patron camerounais dans le secteur de l’industrie pharmaceutique ne se faisait-il pas critique Rfi dimanche dernier dans l’émission « Le débat africain ». Non seulement, il dénonçait une mauvaise répartition géographique des financements (10 % à l’Afrique centrale), mais il protestait également contre la bureaucratie lourde en vigueur au sein de l’institution. A la recherche d’un financement d’accompagnement de 1,2 millions de dollars, M. Tawamba dit avoir passé trois ans à attendre la réponse de la Bad qui n’est jamais venue, alors qu’il dit s’être déplacé lui-même pour, peut-être, jouer de son influence.

Voilà des réalités auxquelles devraient s’attaquer les candidats qui convoitent le fauteuil de M. Kaberuka.

SD à Abidjan

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