Ma part de vérité sur le problème de l’ouest de la Côte d’Ivoire

La région du moyen Cavally a été l’une des régions les plus touchées par le conflit post électoral dans mon pays. Un problème politique à la base qui par la suite, embrase toute une région jusqu’à y installer le chaos. Etant moi-même natif de cette région, j’ai décidé de me rendre sur le terrain afin de mieux m’informer sur les événements post électoraux. Dans ma démarche, je me suis plus préoccupé des dommages corporels que matériels, ainsi j’ai pu visiter :

Guiglo

Hormis quelques blessés par balles, il m’a été permis de voir en présence des témoins et des parents des victimes une fosse commune de 07 personnes et deux tombes séparées dans deux cours différentes au quartier Nazareth. Ces personnes sont toutes des allochtones musulmans qui ont été assassinés froidement par des jeunes miliciens le 28/03/2011 en pleine nuit, bien sûr après avoir été dépouillées de leurs biens.
Le seul rescapé de cette barbarie a été le fils de 10 ans d’une des victimes qui d’ ailleurs fut l’un de nos guides pour cette visite.

Bloléquin

Le seul grand camp de réfugiés allochtones qui se trouvait dans la cour de la préfecture, fut attaqué dans la matinée du 22 Mars 2011 par les miliciens des chefs de guerre Bob Marley et BLE alias the Killer, faisant ainsi plus de 80 morts.
79 personnes ont pu être enterrées dans une fosse commune dans la cour de la préfecture et les ossements des autres personnes tuées et leurs affaires traînent encore dans la cour de la préfecture. Ceci est un témoignage patent de l’horreur de cette folle journée.
Cette folie a touché des autochtones proches du RHDP de Keibly, où un père et sa fille handicapée ont été exécutés et de Tinhou où des personnes adultes ont été aussi tuées. Nous avons vu plusieurs ossements humains à différents endroits de la ville.
Nous avons visité le domicile privé du chef mercenaire Bob MARLEY où nous avons vu des ossements humains, des traces de sang humain et un puits renfermant des os humains et juste en face, nous avons vu trois restes humains (un enfant d’environ 10 ans et deux adultes).

La ville de Bloléquin que j’ai connu il ya 20 ans, est devenue une ville où l’on vit avec des squelettes humains partout et des fosses communes partout sans avoir peur. Qu’est ce qui pourrait faire peur encore à nos enfants demain si aujourd’hui la mort est considérée comme un fait banal?

Nous avons rencontré 10 femmes malinkés qui nous ont déclaré avoir été violées et dépouillées de leurs biens par des jeunes de Douandrou, sous l’ordre d’un chef de village voisin bien connu d’elles. Elles doivent leur survie à un pasteur de passage qui est intervenu en leur faveur.
Les femmes sont formelles que tous les bourreaux sont vivants et se cachent pour certains dans leur champs et pour d’autres au Libéria comme des réfugiés, car fuyant des représailles.

Dedy Guezon

Nous avons découvert 15 puits renfermant tous des corps humains en putréfaction dans le quartier des allochtones. Des témoignages nous indiquent que ces personnes ont été exécutées avec des armes blanches pour certains et des armes à feu pour d’autres, avant d’être jetées dans des puits proches.
Même des femmes ont été dépouillées, violées et aussi exécutées dans deux cours différentes.
Nous avons vu deux fosses communes (une renfermant 09 corps et l’autre 03 corps).
Nous avons aussi vu deux restes humains dont un à l’entrée de l’école et l’autre au bord de la route menant vers la nouvelle la sous/ préfecture.
Tous les témoins sont formels : Ces deux dernières personnes exécutées, étaient toutes de passage dans cette zone.

Kaadé – Zeaglo
Nous avions des informations sur certains crimes crapuleux dans les villages de Zeaglo et de Kaadé par des jeunes gens très armés et excités, qui dépouillaient, violaient et tuaient impunément tous les allochtones de passage. Des restes osseux de personnes bien connues ont été découverts par des témoins dans les environs de ces villages.
Les récits de ces boucheries humaines nous donnent l’impression d’être dans un autre pays et non au pays du président Houphouët.

Analyses et commentaires

Au fait le trajet Bloléquin – Guiglo était considéré comme l’axe de la mort au cours de cette période de conflit post électoral. Le message donné par les responsable LMP/FPI était clair partout, aucun chef de village ne devrait permettre qu’un allochtone, considéré comme rebelle, ne trouve refuge dans un village. Des jeunes armés étaient chargés de l’application de ces lois. Des personnes comme l’Iman de la grande mosquée de Bloléquin et son fils ont été arrachées de force au domicile de son ami gueré à Paris – Béoue où ils avaient trouvé refuge, pour être égorgé au bord de la rivière le 08/03/2011.

D’où vient alors cette nouvelle génération de peuple « wê » ? L’amitié et la fraternité ne sont elles pas sacrées chez les « wê » ?

Je pense que des ancêtres comme la vieille Mary GNEBA de Zouhan, le vieux KEI (père du ministre KEI Boguinard) de Mona, le colonel OULAI Gaston de Bloléquin et bien d’autres que j’ai connus, doivent de leur tombe, se poser assez de questions face à ces agissements honteux de cette nouvelle génération. Le moyen Cavally s’est développé dans la fraternité et l’amour, ce pourquoi chaque vieux gueré avait un tuteur- ami dioula à Guiglo et chaque vieux dioula avait un tuteur- ami dans chaque village gueré et cela était merveilleux. D’où vient donc aujourd’hui cette haine féroce pour ainsi briser toute cette fraternité?

Tous les témoins et victimes que nous avons rencontrés, sont formels que ce sont les mercenaires dirigés par le chef de guerre Bob MARLEY et les miliciens dirigés par un certain BLE dit the Killer et MAHO Glofehi qui sont responsables de tous ces actes inhumains, bien sûr avec la bénédiction de certains cadres de LPM/ FPI bien connus dans la région et de certains chefs de village. Tous ces crimes odieux se sont passés avant l’arrivée des FRCI dans la zone de Bloléquin et de Guiglo. Aujourd’hui avec la présence des FRCI, la paix est revenue presque partout dans cette zone, à part des excursions des mercenaires libériens dans la Zone de Taî. Ce problème de l’ouest, à mon sens, pose dans son traitement, la dialectique de cause à effet. Faut il punir les sauveurs de la paix (les FRCI du président OUATTARA) ou les génocidaires (mercenaires/ miliciens de l’ex président GBAGBO) ? Fallait il laisser ces mercenaires et miliciens continuer leurs basses besognes dans toute la région, voir dans tout le pays comme le cas de Yopougon (Abidjan) ? Je pense en toute conscience que non, il fallait les arrêter, quelque soit la manière utilisée afin de restaurer la paix et nous avons cette paix aujourd’hui grâce au courage des FRCI.

Toutes les conséquences de cette crise idiote doivent être mises au compte de ceux qui l’ont voulue et qui l’ont entretenue à coût de milliards de nos francs. Une telle crise ne pouvait pas finir comme si l’on sortait d’un diner gala, il fallait s’attendre à certains dérapages regrettables. Ces dérapages ne doivent être qu’au compte des initiateurs de cette crise. Si le président GBAGBO avait accepté dignement sa défaite au lendemain des élections présidentielles de 2010, nous n’aurions pas eu cette crise idiote et tous ces dérapages. Il faut que le président GBAGBO et certains cadres de FPI/LMP paient cash pour ces crimes graves et pour ces dérapages. Ce voyage dans cette zone, m’a permis de comprendre que la réaction des FRCI n’a pas été à la hauteur des exactions commises par les mercenaires et miliciens de GBAGBO et ceci doit être mis au compte de la maitrise des troupes par le président OUATTARA.

A travers cette enquête, je trouve aujourd’hui incorrects et injustes certains rapports sur le conflit de l’ouest par des organisations de droits de l’homme comme Amnesty International et Human Rights Watch. Ces rapports que l’on voulait nous faire prendre comme paroles d’évangile, me paraissent trop téléguidés, partisans et imaginaires dans le seul but de faire du sensationnel.Il faut, si l’on veut la manifestation de la vérité et trouver une réponse claire à cette dialectique de cause à effet, mener une enquête rétrospective par des équipes composées d’experts internationaux et nationaux renfermant toutes les disciplines de science humaines.

Nous voulons la vérité pour nous pardonner et non pour oublier. Car il ya eu des crimes très graves que certains défenseurs de droits de l’homme veulent faire effacer de notre conscience en triant les faits, pourtant ces faits sont là.

Dr DIOMANDE Mamadou
Médecin
Libre penseur
dr_diomande@yahoo.fr

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