Côte d’Ivoire : Mamadou Koulibaly relève une confusion de 2 210 milliards de FCFA dans les chiffres du gouvernement sur le budget 2025

Le point central soulevé par Mamadou Koulibaly est une confusion possible entre trois notions comptables distinctes : le déficit budgétaire, l’excédent de trésorerie et le solde global.

Le gouvernement ivoirien a annoncé, le 14 octobre 2026, un excédent de trésorerie de 369,1 milliards de FCFA pour l’exercice 2025. Mais les chiffres présentés deux semaines plus tard par la Cour des comptes font apparaître un déficit budgétaire de 2 210,17 milliards de FCFA, compensé par un excédent de trésorerie de 2 579,25 milliards. L’ancien président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, dénonce une confusion entre le solde global et l’excédent de trésorerie.

Les comptes publics ivoiriens suscitent une nouvelle controverse. Cette fois, elle porte sur la présentation des résultats de l’exécution du budget de l’État pour l’année 2025.

Dans une publication sur le réseau social X, l’économiste et ancien président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly s’interroge sur les chiffres communiqués par le gouvernement à l’issue du Conseil des ministres du 14 octobre 2026.

À cette occasion, l’exécutif avait annoncé un excédent de trésorerie de 369,1 milliards de FCFA, attribué à l’amélioration du recouvrement des recettes, à la maîtrise des dépenses de fonctionnement et à une gestion prudente de la dette publique.

Mais, le 28 octobre, la Cour des comptes a présenté une décomposition différente du résultat de l’exercice.

Un déficit budgétaire de 2 210 milliards de FCFA

Selon les chiffres rapportés par l’Agence ivoirienne de presse (AIP), la Cour des comptes a relevé un déficit budgétaire de 2 210,17 milliards de FCFA, compensé par un excédent de trésorerie de 2 579,25 milliards.

Le solde global ressort ainsi positif, à environ 369,07 milliards de FCFA.

Pour Mamadou Koulibaly, le problème réside dans la qualification du résultat annoncé par le gouvernement.

Le Conseil des ministres aurait présenté comme un excédent de trésorerie ce qui correspondrait, dans la décomposition de la Cour des comptes, au solde global de l’exercice.

Autrement dit, les deux communications aboutissent à un résultat final pratiquement identique, mais ne lui donnent pas la même signification comptable.

L’ancien président de l’Assemblée nationale interpelle le gouvernement

Mamadou Koulibaly souligne que les chiffres de la Cour des comptes révèlent un déficit budgétaire important, malgré le solde final positif.

Selon son analyse, l’État a dû mobiliser des ressources de trésorerie pour couvrir le déséquilibre entre ses recettes et ses dépenses budgétaires.

Il estime que le recours au financement, notamment à l’endettement, mérite d’être clairement expliqué aux citoyens.

L’ancien président de l’Assemblée nationale évoque également un stock de dette de l’administration centrale qui serait passé de 31 416 milliards de FCFA fin 2024 à 33 159,2 milliards fin 2025, soit une augmentation d’environ 5,6 %.

Il situe cette dette autour de 57 % du PIB et souligne la part importante des créanciers extérieurs, évaluée à 63,5 %, contre 36,5 % pour la dette intérieure.

Ces données, avancées dans sa publication, appellent toutefois une vérification à partir des statistiques officielles de dette et de leur périmètre exact.

Excédent de trésorerie ne signifie pas absence de déficit

La distinction entre les différents soldes est essentielle.

Un déficit budgétaire signifie que, selon le périmètre comptable retenu, les dépenses budgétaires dépassent les recettes correspondantes.

Un solde positif des opérations de trésorerie peut contribuer à financer ce déficit. Il peut notamment résulter de mobilisations de financements, mais ne doit pas être automatiquement assimilé à de nouveaux emprunts nets.

Enfin, un solde global positif ne signifie pas nécessairement que l’État dispose de la totalité de cette somme sous forme de liquidités immédiatement disponibles.

Il serait donc excessif de conclure, sur la seule base des chiffres cités, que le Trésor public aurait emprunté exactement 2 579,25 milliards de FCFA de plus que ses besoins ou qu’il conserverait 369 milliards sur un compte bancaire.

La Cour des comptes relève aussi des insuffisances de gestion

Au-delà de cette controverse comptable, le rapport présenté par le président de la Cour des comptes, Kanvaly Diomandé, pointe plusieurs insuffisances dans la gestion budgétaire.

L’institution relève notamment des divergences entre les données de modifications budgétaires communiquées par certains ministères et celles du ministère chargé des Finances, le recours récurrent aux lettres d’avance ainsi que des modifications intervenues après la clôture de l’exercice.

Elle reconnaît parallèlement des progrès dans la culture du résultat au sein de l’administration publique.

Une clarification attendue du gouvernement

La controverse soulevée par Mamadou Koulibaly ne porte donc pas uniquement sur une différence de chiffres, mais sur la manière de présenter la situation réelle des finances publiques.

Les données publiées montrent qu’un solde global positif peut coexister avec un déficit budgétaire important, dès lors que celui-ci est compensé par des opérations de trésorerie.

La question est désormais de savoir pourquoi le Conseil des ministres a employé l’expression « excédent de trésorerie » pour désigner les 369,1 milliards de FCFA, alors que la Cour des comptes utilise cette notion pour un montant de 2 579,25 milliards.

Le gouvernement gagnerait à préciser les périmètres comptables retenus et la composition des opérations de trésorerie afin de dissiper toute ambiguïté sur le résultat budgétaire de 2025.

Les deux publications à l’origine de cette controverse sont accessibles : le communiqué du Conseil des ministres du 14 octobre et le compte rendu de la Cour des comptes publié par l’AIP le 28 octobre.

 

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