Suppression de la Commune du Plateau : trois ans après, on attend toujours des réponses ! LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR ET DE LA SÉCURITÉ

Par Oupoh Laurent, contributeur

Monsieur le Ministre,

En avril 2024, Dabley Jean Cyriac, contributeur se présentant comme un libre-penseur et observateur indépendant de la vie politique ivoirienne, lançait un débat audacieux et inoubliable : ne faut-il pas supprimer la commune du Plateau ?

Sa proposition avait suscité une controverse, entraînant dans le débat le maire du Plateau et certains de ses relais. Puis, progressivement, le silence. On aurait presque cru que l’auteur avait prêché dans le désert.

Près de trois ans après, bientôt trois, qu’est-ce qui a changé ? Le débat a-t-il avancé ? Une étude a-t-elle été engagée ? Des experts ont-ils été mandatés ? Ou a-t-on simplement préféré ranger cette question dérangeante dans les tiroirs de l’administration ?

À l’occasion de la Journée des collectivités territoriales sui de tient au Parc des Expositions, alors que les élus évoquent leurs difficultés financières et leurs besoins croissants, il me paraît pertinent et d’actualité de remettre le sujet sur la table.

Monsieur le Ministre, je propose de faire du Plateau un territoire particulier relevant du District autonome d’Abidjan, par la suppression de sa commune en tant que collectivité territoriale autonome, et par le transfert de ses compétences au District.

Le Plateau, une exception à justifier

Érigé en commune en 1980, le territoire Plateau présente des caractéristiques singulières. Selon les données avancées dans le débat, ses 394 hectares abritent environ 7 186 habitants, tandis que près de deux millions de personnes y convergent quotidiennement pour travailler, faire du commerce ou pour accomplir des démarches administratives.

Centre administratif, diplomatique, financier et économique du pays, le Plateau concentre des institutions stratégiques. Sa spécificité est incontestable. Mais justifie-t-elle nécessairement le maintien d’une mairie autonome, avec ses organes, son administration et son budget ?

Le budget annuel de la commune est annoncé autour de 14 milliards de FCFA. Un montant considérable au regard de sa population résidente et supérieur, selon les données avancées, à celui de plusieurs communes beaucoup plus peuplées, notamment Yopougon.

Alors, je pose les questions qui fâchent : quels investissements exceptionnels justifient ces ressources ? Quels services sociaux, éducatifs, sanitaires ou équipements de proximité sont financés à la hauteur de cette enveloppe ? Quels résultats mesurables attestent de l’efficacité du dispositif actuel ?

Monsieur le ministre, à quoi servent quatorze milliards de FCFA pour environ 7 000 habitants, si l’on ne peut démontrer que l’organisation actuelle constitue la meilleure réponse aux besoins du territoire ?

Il ne s’agit pas d’attaquer un maire, il s’agit d’interroger une institution. La décentralisation est un instrument au service des populations. Elle n’est pas un privilège intangible. Aucune organisation administrative ne devrait être soustraite à l’évaluation.

Une anomalie électorale à examiner

Autre sujet préoccupant : les données évoquées dans la contribution initiale de Monsieur Dabley faisaient état de 82 678 électeurs inscrits pour 7 186 habitants résidents.

Cette disproportion appelle des explications. Elle justifie une vérification approfondie du fichier électoral, des règles d’inscription et des pratiques de rattachement à cette circonscription. La commune du Plateau ke doit pas apparaître comme un endroit intouchable pouvant tout se permettre, par rapport à la liste électorale.

La sincérité du scrutin et la crédibilité de la représentation locale exigent de la transparence.

Monsieur le Ministre, l’administration des collectivités territoriales relève de votre champ de responsabilité. Pourquoi faudrait-il attendre une instruction du Président de la République pour examiner une question qui touche à l’efficacité de l’action publique, au lieu de travailler à lui fournir les données pour apprécier la situation ?

Si une étude a été engagée depuis 2024, où en sont ses conclusions ? Pour paraphraser l’artiste Josey, on finit par demander : « C’est quelle étude qui ne finit pas ? »

Deux ans devraient permettre, à tout le moins, de faire connaître l’état d’avancement d’une réflexion aussi importante. Si aucune démarche n’a été entreprise, il est encore temps de la lancer.

Ma proposition : transférer les compétences au District

Contrairement à Dabley Jean Cyriac, qui envisageait le rattachement du Plateau à Adjamé, je propose d’en faire un territoire particulier relevant du District autonome d’Abidjan.

Cette réforme reposera sur quatre mesures : supprimer la commune du Plateau comme collectivité autonome, transférer ses compétences au District, garantir la continuité des services aux résidents et réviser la répartition des ressources fiscales entre les institutions concernées ( État, Adjamé et District)

Le Plateau conservera ainsi une gestion adaptée à sa vocation nationale, tandis que les dépenses, les recettes et les responsabilités seront réexaminées selon des critères objectifs : fréquentation quotidienne, charges d’entretien, investissements nécessaires et missions exercées.

Naturellement, cette réforme devra respecter les procédures législatives et réglementaires applicables. Les experts évaluera les coûts, les économies éventuelles et les conséquences administratives avant toute décision.

La République doit pouvoir se remettre en question

Je ne suis ni le premier ni le dernier à soulever cette question. Les loups aux visages d’ange qui avancent masqués ne doivent pas émouvoir la République, pas plus que les intérêts particuliers ne doivent étouffer un débat d’intérêt général.

Monsieur le Ministre, je connais votre loyauté à l’égard de la République, ainsi que votre attachement à la bonne administration. Je sais que vous vous êtes déjà saisi de ce dossier.

Même si ma proposition n’était pas retenue, vous auriez accompli une œuvre utile en permettant à des experts indépendants de l’examiner sérieusement.

La République a besoin d’une administration qui anticipe, évalue et propose.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité , l’expression de ma haute considération.

Oupoh Laurent
Contributeur
2252025laurentoupoh@gmail.com

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