Football : le PSG et Manchester City, deux poids, deux mesures dans le contrôle financier ?

Alors que Manchester City fait face à de lourdes accusations liées à ses finances, le Paris Saint-Germain semble avoir échappé à des conséquences comparables dans le dossier de ses contrats de sponsoring avec des entités qatariennes. Les deux affaires soulèvent toutefois une question: les instances de régulation du football européen disposent-elles des mêmes moyens et de la volonté pour contrôler les clubs liés à des États ?

Le Paris Saint-Germain (PSG) et Manchester City ont plusieurs points communs. Tous deux ont changé de dimension grâce à des investissements massifs venus du Golfe, multiplié les recrutements de stars et remporté des titres majeurs. Mais leurs trajectoires diffèrent lorsqu’il s’agit du contrôle de leurs finances et des conséquences des procédures engagées contre eux.

Le club anglais a été confronté à une procédure disciplinaire de grande ampleur devant la Premier League, tandis que le PSG a bénéficié de décisions et de procédures qui ont limité les sanctions susceptibles de le frapper. Cette différence apporte des interrogations sur l’équité des mécanismes de contrôle du football professionnel.

Les contrats qataris du PSG au cœur des interrogations

En novembre 2018, une enquête de Mediapart fondée sur les documents des Football Leaks a mis en lumière un contrat conclu en 2012 entre le PSG et l’office de tourisme du Qatar. Celui-ci aurait atteint 1,075 milliard d’euros sur cinq ans.

Selon cette enquête, deux cabinets d’audit mandatés par l’UEFA avaient évalué la valeur économique du contrat à des montants très inférieurs : 123 000 euros pour l’un et 2,8 millions d’euros pour l’autre. L’écart entre ces évaluations et le montant annoncé du contrat avait soulevé des questions sur la manière dont les revenus de sponsoring du club avaient été pris en compte dans le cadre du fair-play financier.

Ces révélations ont alimenté les critiques contre un modèle économique dans lequel des contrats conclus avec des entités liées à l’État propriétaire peuvent contribuer à augmenter les recettes déclarées d’un club.

Manchester City confronté à une procédure d’une autre ampleur

Manchester City a, de son côté, fait l’objet d’une procédure de la Premier League portant sur de nombreuses infractions présumées à ses règles financières. Les accusations concernent notamment la communication d’informations financières, les revenus de sponsoring et le respect des obligations réglementaires.

Les conséquences potentielles d’une procédure de cette ampleur peuvent être considérables pour un club, avec des sanctions sportives ou financières selon les règles applicables et les décisions rendues. Mais il faut distinguer les accusations, les constats éventuellement établis et les sanctions effectivement prononcées : la relégation ou le retrait de titres ne peuvent être présentés comme des conséquences acquises sans décision correspondante.

La différence avec le PSG tient notamment au cadre institutionnel. En Angleterre, la Premier League dispose de ses propres règles et mécanismes disciplinaires. En France, la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) se concentre principalement sur la situation financière des clubs et leur capacité à honorer leurs engagements. Son rôle n’est donc pas identique à celui de l’instance anglaise dans le contrôle de certaines opérations de sponsoring.

Le rôle de l’UEFA et les limites du Tribunal arbitral du sport

L’UEFA est intervenue dans le dossier du PSG au titre du fair-play financier. En 2014, le club a accepté des sanctions comprenant notamment une amende, des restrictions concernant les transferts et un encadrement de sa masse salariale.

Après les dépenses considérables engagées à l’été 2017 pour recruter Neymar et Kylian Mbappé, l’instance européenne a également tenté de réexaminer la situation financière du club. La procédure a toutefois connu plusieurs rebondissements et le Tribunal arbitral du sport (TAS) a finalement mis fin à cette enquête en 2019.

Ces décisions illustrent les limites auxquelles peuvent se heurter les instances sportives lorsqu’un club conteste une procédure ou une décision devant une juridiction arbitrale. Elles ne permettent cependant pas, à elles seules, de conclure que toutes les irrégularités alléguées ont été établies ou qu’une intervention politique a nécessairement déterminé l’issue des procédures.

Le dossier de Manchester City a lui aussi connu un épisode important en 2020, lorsque l’UEFA avait prononcé une exclusion de deux saisons des compétitions européennes. Le TAS avait annulé cette exclusion, tout en maintenant une sanction financière réduite. Cet épisode montre que les décisions des instances disciplinaires restent soumises au contrôle des voies de recours.

Deux clubs, des mécanismes de contrôle différents

La comparaison entre le PSG et Manchester City pose une question plus large : les instances du football disposent-elles de moyens suffisants pour évaluer les contrats de sponsoring conclus avec des entreprises ou des organismes liés aux propriétaires des clubs ?

Le problème dépasse les deux équipes. Lorsque des revenus commerciaux proviennent d’entités proches d’un actionnaire ou d’un État propriétaire, leur évaluation devient essentielle pour vérifier que les comptes reflètent une réalité économique cohérente. Sans règles transparentes et contrôles crédibles, les clubs bénéficiant de ressources étatiques peuvent disposer d’un avantage considérable sur leurs concurrents.

La comparaison doit néanmoins tenir compte des différences entre les réglementations nationales, les chefs d’accusation, les périodes examinées et les décisions rendues. Des procédures distinctes ne prouvent pas automatiquement l’existence d’un traitement de faveur.

Une interrogation demeure : le football européen peut-il garantir des règles réellement comparables à tous ses clubs, quelle que soit leur puissance financière ou politique ?

La crédibilité de ses compétitions dépend en partie de la réponse. Les règles financières ne peuvent être efficaces que si elles sont appliquées de manière cohérente, avec des procédures indépendantes, des critères d’évaluation publics et des décisions suffisamment motivées pour résister aux contestations.

Avec Eurosport.fr

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