Par Antoine Kemonsei
Une victoire, deux buts tardifs… et beaucoup de questions
La Côte d’Ivoire a assuré l’essentiel face à la Somalie en s’imposant 2-0, avec deux réalisations intervenues très tardivement. Sur le papier, le contrat est rempli. Mais au-delà du résultat, cette rencontre doit surtout inviter le staff technique et les observateurs des Éléphants à une réflexion sur le contenu proposé.
Car dominer n’est pas toujours maîtriser.
UNE POSSESSION QUI A LONGTEMPS MANQUÉ DE TRANCHANT
Les Éléphants ont largement contrôlé le ballon et multiplié les tentatives. Pourtant, pendant une grande partie de la rencontre, la domination ivoirienne n’a pas suffisamment débouché sur des occasions franches.
Le premier but n’est intervenu qu’à la 89e minute, avant un deuxième but dans le temps additionnel.
Cette situation pose une question simple : comment une équipe disposant d’autant de possession et de situations offensives peut-elle attendre les dernières minutes pour faire la différence ?
Face à un adversaire plus expérimenté et mieux armé offensivement, une telle inefficacité pourrait être beaucoup plus coûteuse.
LE PROBLÈME DU BLOC BAS
La Somalie a essentiellement cherché à défendre en bloc compact et à réduire les espaces.
Or c’est précisément dans ce type de configuration que les Éléphants doivent progresser.
Lorsque l’adversaire ferme l’axe, il faut pouvoir varier rapidement : jeu entre les lignes, changements d’aile, percussion individuelle, dédoublements, appels dans le dos de la défense, centres en retrait et frappes de deuxième ligne.
La Côte d’Ivoire a parfois donné l’impression de contrôler le match sans suffisamment accélérer dans les zones décisives.
Le ballon circulait, mais le bloc adverse ne se désorganisait pas suffisamment.
LA VITESSE ET LA PERCUSSION : UNE SOLUTION À EXPLORER
L’entrée de joueurs capables d’apporter davantage de vitesse et de percussion a contribué à modifier la dynamique de la rencontre.
Yann Gboho, entré en fin de match, a notamment marqué quelques minutes après son entrée, tandis que Bazoumana Touré a inscrit le deuxième but dans le temps additionnel.
Sans tirer de conclusion définitive sur leur statut de titulaires, ces entrées apportent néanmoins un enseignement : lorsqu’une équipe domine sans parvenir à faire sauter le verrou, le changement de rythme peut devenir déterminant.
LE RISQUE : DEVENIR PRÉVISIBLE
C’est probablement l’une des principales interrogations pour les prochaines échéances.
Une équipe qui conserve beaucoup le ballon mais manque de variations peut devenir prévisible.
Or, face à des adversaires plus forts, la moindre perte de balle mal négociée peut provoquer une transition dangereuse.
Les Éléphants devront donc trouver un meilleur équilibre entre :
possession et verticalité ;
contrôle et accélération ;
construction et percussion ;
sécurité défensive et prise de risque offensive.
LE « PLAN B » DOIT ÊTRE UNE PRIORITÉ
Cette rencontre montre l’intérêt de disposer de plusieurs solutions tactiques.
Lorsque l’adversaire joue haut, les espaces dans son dos peuvent être exploités.
Lorsqu’il évolue en bloc médian, la circulation rapide et le jeu entre les lignes deviennent essentiels.
Mais lorsqu’il défend très bas, il faut une autre approche : davantage de mobilité, des changements d’aile rapides, des joueurs capables d’éliminer, des projections des latéraux et une présence plus importante dans la surface.
Une grande équipe doit savoir gagner de plusieurs manières.
RENARD DOIT MAINTENANT CORRIGER SANS TOUT BOULEVERSER
Il ne serait probablement pas pertinent de remettre en cause tout le dispositif sur la base d’un seul match.
Le 2-0 reste une victoire et apporte les points recherchés.
Mais les déclarations d’Hervé Renard sur la « suffisance » et la « maladresse » de ses joueurs doivent également être prises en considération.
Le problème ne semble donc pas être uniquement tactique.
Il concerne aussi l’intensité, la concentration, la vitesse d’exécution et l’exigence collective.
LES CINQ CHANTIERS PRIORITAIRES
Pour les prochaines échéances, cinq axes paraissent particulièrement importants :
1. Améliorer les attaques placées
Trouver davantage de solutions lorsque l’adversaire refuse de sortir.
2. Accélérer la circulation du ballon
Faire circuler plus rapidement pour déplacer le bloc adverse.
3. Multiplier les changements de rythme
Ne pas jouer au même tempo pendant 90 minutes.
4. Renforcer la percussion
Donner davantage de place aux joueurs capables d’éliminer et de casser les lignes.
5. Préparer plusieurs scénarios tactiques
Le système de départ ne doit pas devenir une contrainte lorsque le match évolue différemment.
LE VRAI ENSEIGNEMENT DU 2-0
La victoire contre la Somalie ne doit donc pas être minimisée.
Mais elle ne doit pas non plus masquer les difficultés rencontrées.
Les Éléphants ont gagné. Ils doivent maintenant apprendre à gagner plus tôt, plus efficacement et avec davantage de maîtrise lorsque le scénario leur est défavorable.
Car les prochaines échéances ne permettront peut-être pas d’attendre la 89e minute pour débloquer une rencontre.
Le 2-0 est un résultat.
La manière de l’obtenir est un signal.
À Hervé Renard et à son staff d’en faire un enseignement.
Par Antoine Kemonsei
akemonsei@yahoo.fr







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