Ouagadougou et Niamey ont accusé à plusieurs reprises la Côte d’Ivoire de participer à des entreprises de déstabilisation, sans qu’une implication de l’État ivoirien ait été publiquement établie. Mais derrière les discours politiques, les échanges continuent. En 2025, le trafic du port d’Abidjan vers le Burkina Faso et le Mali a fortement progressé. En 2026, leurs opérateurs économiques cherchent encore à renforcer ces corridors.
Des accusations sans preuve publiquement établie
En juillet 2024, Ibrahim Traoré affirmait qu’un « centre d’opérations » existait à Abidjan pour déstabiliser le Burkina Faso. Ouagadougou a depuis renouvelé ses accusations contre son voisin ivoirien.
Au Niger, Abdourahamane Tiani a accusé en décembre 2024 la Côte d’Ivoire d’abriter et de former des Nigériens qui prépareraient des actions contre son régime. L’état-major ivoirien avait dénoncé des accusations « proférées sans aucun début de preuve ».
Les sources publiques consultées ne permettent toujours pas d’établir une implication de l’État ivoirien dans ces projets présumés.
Abidjan reste une porte d’entrée majeure
Sur le terrain économique, la rupture affichée est beaucoup moins visible. En 2025, 2,4 millions de tonnes de marchandises ont transité par le port d’Abidjan à destination du Burkina Faso, en hausse de 16,6 %. Le trafic malien a atteint 1,47 million de tonnes, soit une progression de 76,4 %.
La tendance se poursuit dans les relations commerciales en 2026. Le 5 août, une délégation de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso s’est rendue au port d’Abidjan. Les discussions ont notamment porté sur le rôle stratégique du port dans l’approvisionnement burkinabè.
Bamako veut renforcer le corridor ivoirien
Le Mali suit la même logique. Le 19 mai 2026, le Conseil malien des chargeurs a réaffirmé à Abidjan sa volonté de renforcer la coopération avec le port et d’améliorer la compétitivité du corridor Abidjan-Bamako.
Deux mois plus tard, le 15 juillet, des représentants des chargeurs et transporteurs burkinabè, maliens et nigériens ont rencontré la direction du port. Ils ont réaffirmé leur engagement à améliorer les conditions de transit.
Le contraste avec le discours politique est net. Malgré les tensions avec Abidjan, les échanges du Burkina Faso et du Mali via le port ivoirien progressent. Pour ces deux pays sans accès à la mer, le corridor ivoirien reste une voie commerciale majeure, au point que leurs acteurs économiques cherchent encore à le renforcer en 2026.
Les tensions politiques n’ont donc pas coupé les routes commerciales. Pendant que les accusations infondées contre Abidjan persistent, marchandises et transporteurs continuent de prendre la direction du port ivoirien.
La rupture affichée par les régimes sahéliens peut-elle durablement résister à cette interdépendance économique ?
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info






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