«La présomption d’innocence existe. Une audition n’est pas une culpabilité»
Le plan Orsec est une réalité en Côte d’Ivoire. L’esprit et pas toujours la lettre, de ce plan d’anticipation guident l’action du ministre, gouverneur. La loi et des textes réglementaires permettent au ministre, gouverneur d’agir. Ce sont ces leviers qu’ils utilisent depuis sa nomination.
Par ailleurs, l’enquête judiciaire a été ouverte sur la base des allégations de Jacques Alloui Brou, pour établir la vérité à une période où le District n’avait pas affirmé quoi que ce soit.
Dès lors que des éléments de l’implication du District sont apparus, possible de confier le dossier au Conseil d’État, au gouvernement, pour trancher la question du plan Orsec ou des compétences du District et du ministre-gouverneur sur la question ! C’est désormais une question entre administrations, une question de compétence, dès lors qu’à ce stade aucune infraction n’a été étayée au-delà des soupçons.
[Bacongo fragilisé par Koumassi Campement ? Jeune Afrique n’a pas tort, mais…]
Dans un article publié le 18 septembre 2026, Jeune Afrique estime que le ministre-gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo est fragilisé par l’affaire Koumassi Campement. En effet, le 16 septembre 2026, le procureur Oumar Braman Koné a révélé que le ministre, gouverneur, auditionné le 24 juin 2026, a reconnu avoir déclenché la démolition, le 3 juin 2026, de 250 logements sur six hectares, en invoquant le plan Orsec, et sans doute l’ensemble de ses prérogatives.
L’enquête qui se poursuit doit établir si ce dispositif s’appliquait effectivement, ou encore si, dans le cadre de ses attributions habituelles, le ministre, gouverneur était fondé ou non, à agir. Jacques Alloui Brou, qui avait revendiqué l’opération, reste détenu pour avoir voulu tirer profit de l’action du District autonome d’Abidjan avec une revendication qui était susceptible de troubler l’ordre public, eu égard à la révolte et à la colère suscitées par ses allégations. Un député RHDP doit être entendu pour son « rôle déterminant ». Son audition doit permettre de démontrer une collusion ou une action avec le District pour des inter privés. Le journal rappelle les critiques contre la méthode « bulldozer » et s’interroge : la polémique de trop ?
Fragilisé, oui. Coupable, non
Jeune Afrique n’a pas tort. En vérité, depuis sa nomination en décembre 2023, Cissé Ibrahima Bacongo est un ministre-gouverneur sur le grill et constamment fragilisé, précisément parce qu’il n’a jamais choisi le confort douillet de l’inaction. Qui ne souvient des conflits et polémiques avec les maires, des sorties du maire de Yopougon Adama Bictogo ? Chacune de ses opérations a été émaillée de controverses. Koumassi Campement s’ajoute à la liste, après Gesco, après Mossikro, après le Zoo, après Gobelet, après Zimbabwé, déguerpis sur des superficies allant jusqu’à 30 hectares, contre 6 hectares actuellement en débat.
Le ministre, gouverneur a été entendu, il n’est pas inculpé. Il n’est accusé de rien. Si fragilisation est perçue dans l’opinion et par des médias ; toutefois, elle ne l’est pas encore en droit. Et à terme, l’enquête peut tout aussi bien le grandir, et non l’affaiblir. Le reste ou la suite appartient au politique.
Ce que l’enquête cherche réellement
Pourquoi une enquête ? Parce qu’au départ, l’intervention du District autonome d’Abidjan était inconnue. Le gouvernement, par la voix de la ministre Myss Belmonde Dogo, parlait d’une procédure initiée par un particulier. Sur la base des déclarations de celui qui revendiquait sans que le District ait dit que ce n’était pas lui. Jacques Alloui Brou revendiquait l’opération dans une vidéo. Le District, lui, se taisait. Car il ne voulait pas en rajouter à la confusion ni au brouhaha, sans avoir jamais affirmé que ce n’est pas lui.
Aujourd’hui, un point est clair : c’est le District qui a agi, c’est lui qui a requis la police, et le ministre, gouverneur l’assume. Il n’avait rien dit auparavant. Donc il n’est pas dans une contradiction quelconque. La vraie question est ailleurs.
L’enquête cherche à établir une éventuelle collusion entre le District, Alloui Brou Jérôme et le député de Gouméré-Tabagne qui agissait pour récupérer les six hectares déguerpis, faisant partie de 34 hectares qu’il revendique. Autrement dit, l’opération a-t-elle été menée au nom de l’intérêt général ou dans le cadre d’un arrangement privé ?
Du soupçon à la preuve, il y a du travail à faire par l’enquête
L’homme politique Assalé Tiémoko avait déjà avancé cette thèse, sans preuves. L’arrestation de M. Brou ne l’a pas établie. L’audition du député le pourra-t-elle ? Une hypothèse mérite d’être posée, à côté du deal : celle de l’opportunisme. Un homme revendique une démolition qu’il n’a pas faite, pour ensuite brandir ses titres et récupérer les terrains libérés. Si le député ne parvient pas à prouver qu’il a financé le déplacement des engins, des agents du District et de la police, que restera-t-il du soupçon de deal ? Le ministre-gouverneur n’en sortira-t-il pas blanchi ?
Faute administrative ? Est-ce au juge pénal de décider ?
Reste le plan Orsec, qui relèverait de la préfecture. Qui de la et des prérogatives du ministre-gouverneur en action au même moment à Port Bouet. Le District était-il fondé à agir ? Le débat est légitime. Cependant dire si un membre du gouvernement a outrepassé ses prérogatives revient d’abord au Premier ministre, sous l’autorité duquel le ministre, gouverneur est rattaché, et au Président de la République. Le procureur renvoie d’ailleurs à la Haute Cour de justice, juridiction non opérationnelle. Il ne faut pas oublier non plus que c’est la méthode Bacongo depuis sa nomination : mettre de l’ordre, quitte à bousculer règles et procédures.
Encore faut-il rappeler de quoi l’on parle. Sur quelque 250 constructions, 205 n’avaient ni ACD ni permis de construire. Et rien ne dit que tous ceux qui avaient des titres avaient également des permis de construire. Le District a mis fin à une situation qui existe partout mais qui ne devrait exister nulle part : bâtir sans titre ni droit et entretenir le désordre urbain. On peut contester le calendrier, en pleine saison des pluies et période d’examens, ou l’absence de relogement immédiat. On ne peut pas faire comme si toutes ces maisons étaient en règle, et avaient le droit de n’être pas détruites, même si ce n’est pas l’autorité indiquée qui a fait cela, comme elle le fait depuis bientôt trois ans.

Les deux problèmes
Car pour ceux qui suivent les choses, Koumassi Campement reprend pratiquement le même mode opératoire que les opérations précédentes. Cette fois-ci, deux choses ont posé problème. D’abord, le District n’a pas communiqué, même s’il n’a pas menti en disant au départ que ce n’est pas lui, et que c’est bel et bien Alloui Brou Jacques. Le District n’a jamais joué à ce jeu joué par un membre du gouvernement et par la mairie de Koumassi. Alloui Brou Jacque a revendiqué l’action, suscitant une colère contre un particulier prétendant agir au nom de l’État, ou avec le soutien de l’État sans que l’État soit informé, notamment la justice et la police. Le silence communicationnel du District a ouvert la porte à toutes les rumeurs.
Et la suite ?
Secrétaire exécutif du RHDP, fidèle parmi les fidèles du chef de l’État, Cissé Ibrahima Bacongo entretient lui-même cette posture de fragilisation depuis trois ans. Rien de nouveau. Si le Président de la République ne veut plus de lui, ni de son volontarisme à la tête du District, il le démettra ou lui demandera de démissionner, ainsi qu’espèrent ceux et celles qui veulent voir des têtes tomber. Nous n’en sommes pas là. Faisons confiance à la justice, au chef de l’État et aux institutions. Chacun continue de jouer son rôle, jusqu’à nouvel ordre. Si le ministre,gouverneur avait perdre de n’être plus à son poste , il n’aurait pas commencé Gesco, continué ailleurs et fait Gobelet et Zimbabwé qui est sur une trentaine d’hectares avant l’épisode de Koumassi-Campement qui est sur 6 hectares.
-Si le député dit : ‘‘Oui j’ai fait des actions et j’ai demandé au fils de dire à son père de faire une vidéo car j’avais investi en croyant que les documents étaient authentiques. Donc lorsque le district a lancé son opération, nous avons dit c’est une aubaine. Le vieux a revendiqué, on a voulu profiter de l’action du district mais ce n’est pas nous qui avons déguerpi. Et nous ne sommes pas à la base, ni derrière l’action du district. Nous avions voulu profiter et récupérer ce qu’on considérait comme un droit. À Gobelet, il y a des gens qui revendiquent des titres fonciers et ACD comme nous après l’action du district. Ils revendiquent comme nous, mais eux ils n’ont pas revendiqué le déguerpissement opéré par le District’’.
Ce sera la suite de l’enquête qui veut prouver un deal, dans des confrontations. Va-t-on sanctionner le ministre pour avoir rasé 205 maisons sans ACD ni permis de construire et des maisons avec ACD certes mais peut être sans permis de construire ?
6 hectares et non 36
Sur 250 maisons, 205 sans ACD ni permis de construire. Combien d’ACD pour les autres constructions ? Et si l’arrestation du vieux Brou Alloui n’a pas permis d’établir le deal, l’audition du député peut-elle changer la donne ? C’est parce que l’intervention du District était inconnue et ignorée que l’enquête avait été lancée. La connaissance de l’intervention du District change la donne. C’est au gouvernement, au président de la République de déterminer que le ministre a commis une faute administrative.
Par GRACE OZHYLLY P.






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