Le trafic de cocaïne continue de gagner du terrain dans le Sahel et le Sahara. Selon un récent rapport de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), les réseaux criminels ont adapté leurs itinéraires aux bouleversements politiques et sécuritaires de la région, tandis que plusieurs groupes armés tirent profit du passage de la drogue.
Longtemps utilisées pour la contrebande de cannabis, de cigarettes, de médicaments ou de véhicules, les routes du Sahara sont désormais largement empruntées par les trafiquants de cocaïne. La drogue arrive notamment par les ports de l’Atlantique et du golfe de Guinée avant de remonter vers le nord du continent.
Le phénomène s’est fortement développé entre 2019 et 2023, porté notamment par l’augmentation de la production latino-américaine, la demande européenne et le renforcement des contrôles sur certaines routes maritimes directes.
Selon le GI-TOC, le trafic de cocaïne est ainsi devenu l’un des marchés criminels connaissant la croissance la plus rapide en Afrique de l’Ouest durant cette période.
Des groupes armés profitent du trafic
Les groupes armés, y compris djihadistes, occupent une place importante dans cette économie clandestine. Sans nécessairement gérer directement le commerce de la drogue, certains assurent la protection des convois, sécurisent les itinéraires ou prélèvent des droits de passage dans les territoires qu’ils contrôlent.
L’État islamique au Sahel (EIS) aurait notamment accru, depuis la fin de 2023, son accès aux ressources liées au trafic de cocaïne.
Les cargaisons qui remontent vers l’Afrique du Nord empruntent différents itinéraires passant notamment par le Mali et le Niger. Gao constitue l’un des points de passage importants, tandis qu’une autre route traverse le Bénin et le Nigeria avant de remonter vers Agadez, au Niger.
Les coups d’État bouleversent les routes
La reprise des combats au Mali et les changements politiques intervenus dans plusieurs pays sahéliens depuis 2023 ont cependant contraint les trafiquants à modifier leurs réseaux.
Au Mali, la reprise de Kidal par l’armée et ses alliés russes ainsi que la rupture des anciens équilibres dans le nord ont conduit les trafiquants à emprunter des itinéraires plus longs, notamment vers le Niger.
Au Niger, le coup d’État de juillet 2023 a également bouleversé les réseaux existants. Plusieurs routes auraient été abandonnées et certains intermédiaires se seraient temporairement retirés du trafic.
Mais depuis la mi-2025, le GI-TOC observe une reconstitution progressive des réseaux, désormais adaptés au nouvel environnement politique et sécuritaire.
Entre 60 et 70 kg par mois sur certains axes libyens
La Libye reste une destination stratégique des convois traversant le Sahara. Dans le sud du pays, les réseaux criminels profitent des rivalités entre groupes armés et des différents rapports de force locaux.
Selon des sources citées dans le rapport, entre 60 et 70 kg de cocaïne transiteraient chaque mois par la passe de Salvador et Mourzouk, malgré les affrontements qui ont perturbé certains itinéraires depuis 2025.
Le commerce transfrontalier demeure dominé par un nombre limité de réseaux régionaux capables de s’adapter aux changements de régimes, aux conflits et aux évolutions des dispositifs sécuritaires.
Au-delà du narcotrafic lui-même, le GI-TOC alerte surtout sur ses conséquences : l’argent de la cocaïne alimente les économies de protection, fragilise les institutions et procure de nouvelles ressources à différents acteurs armés dans une région déjà profondément déstabilisée.
Avec Mondafrique / GI-TOC






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