Déguerpissements, remblayages, incendies, orpaillage : la gouvernance ivoirienne face à une accumulation de crises

Le dernier incendie à la SOTRA, où plusieurs dizaines d’autobus ont été touchés, vient s’ajouter à une succession d’événements qui interrogent sur le fonctionnement et la capacité de réaction de l’administration ivoirienne.

L’incendie survenu au dépôt SOTRA de Koumassi, dans la nuit du 5 au 6 septembre dernier, a suscité un grand émoi dans l’opinion. En onze mois, l’entreprise a connu quatre incendies importants, dont deux sur le même site, avec un lourd bilan matériel : 87 autobus et deux bateaux-bus détruits selon le décompte établi à partir des différents sinistres.

Face à la répétition de ces événements, l’absence, jusqu’ici, d’une communication gouvernementale détaillée sur leurs causes et les mesures prises pour éviter leur répétition alimente les interrogations. Après plusieurs incendies successifs, une enquête approfondie et une communication transparente apparaissent nécessaires.

Une succession de dossiers sensibles

Au-delà de la SOTRA, plusieurs autres dossiers ont récemment suscité des controverses : déguerpissements dans le district d’Abidjan, remblayages de la lagune, orpaillage clandestin, incendies de marchés ou encore accusations récurrentes de mauvaise gestion et de corruption.

Pris séparément, ces problèmes relèvent de secteurs et d’administrations différents. Leur accumulation nourrit cependant le sentiment d’un manque de coordination et d’une réponse parfois tardive des pouvoirs publics.

Les déguerpissements, notamment, ont provoqué de nombreuses réactions depuis leur intensification dans le district d’Abidjan en janvier 2024. Les opérations menées à Port-Bouët, Vridi ou encore Koumassi Campement ont posé la question de leur encadrement, de l’accompagnement des populations concernées et de la coordination entre le District autonome d’Abidjan et le gouvernement.

La question des remblayages de la lagune mérite également davantage de transparence. Alors que les autorités ont annoncé des restrictions sur ces pratiques, leur poursuite dans certaines zones soulève des interrogations sur les autorisations accordées et les mécanismes de contrôle.

Orpaillage clandestin : agir aussi sur les circuits économiques

Concernant l’orpaillage clandestin, le gouvernement a récemment renforcé les opérations de démantèlement de sites illégaux. Cette réaction doit être saluée. Mais la destruction des installations ne peut constituer, à elle seule, une réponse durable.

La lutte devrait également s’intéresser aux circuits de financement, d’achat et de commercialisation de l’or. Tant qu’une demande structurée permettra d’écouler la production clandestine, de nouveaux sites risquent d’apparaître après les opérations de destruction.

La même exigence de transparence devrait prévaloir face aux accusations de corruption régulièrement relayées dans l’espace public. Sans préjuger de leur véracité, les accusations suffisamment documentées devraient pouvoir donner lieu à des vérifications et, lorsque cela est nécessaire, à des enquêtes permettant soit d’établir les responsabilités, soit de laver les personnes injustement mises en cause.

La SOTRA au centre des interrogations

La succession des incendies à la SOTRA justifie, elle aussi, une attention particulière. Quatre sinistres importants en moins d’un an constituent une situation suffisamment inhabituelle pour nécessiter des investigations techniques approfondies.

L’objectif ne devrait pas être de désigner prématurément des responsables, mais de déterminer précisément les causes des incendies, d’évaluer les dispositifs de sécurité des dépôts et de vérifier les procédures de maintenance du matériel.

Des interrogations plus anciennes concernant certains investissements et marchés de la compagnie ont également circulé au fil des années. Plutôt que de laisser prospérer soupçons et accusations, la publication d’informations vérifiables sur la gestion, les investissements et l’entretien du parc contribuerait à restaurer la confiance.

Un problème de coordination de l’action publique ?

Ces différents événements posent finalement une question plus générale : celle de la chaîne de responsabilité au sommet de l’État et au sein de l’administration.

La Côte d’Ivoire dispose d’un président de la République, d’un Premier ministre, d’un Vice-Premier ministre, de ministres, d’autorités déconcentrées et de dirigeants d’entreprises publiques. L’efficacité de cette architecture dépend toutefois de la clarté des responsabilités et de la capacité des différentes autorités à exercer pleinement leurs prérogatives.

Les bons résultats macroéconomiques du pays ne doivent pas empêcher de regarder avec attention les dysfonctionnements qui apparaissent dans certains secteurs. Croissance économique, investissements et grands travaux doivent s’accompagner d’une gouvernance publique efficace, d’institutions capables de contrôler l’action administrative et d’une plus grande obligation de rendre compte.

La question n’est donc pas nécessairement de savoir si le président Alassane Ouattara est personnellement responsable de chacun de ces problèmes. Elle est plutôt de déterminer si le système de gouvernance qu’il dirige permet encore de détecter rapidement les dysfonctionnements, d’établir les responsabilités et d’apporter les corrections nécessaires.

La multiplication récente des controverses invite, à tout le moins, à renforcer les mécanismes de contrôle, la transparence et la responsabilité au sein de l’administration et des entreprises publiques.

Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales

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