Félix Tshisekedi ( RDC ) et la tentation du troisième mandat

Grand, silhouette massive, Félix Tshisekedi préside aux destinées de la RDC depuis 2019. C’est le fils d’un opposant historique dans le pays.

L’Afrique et l’éternel débat du troisième mandat

Lors d’une conférence tenue le 6 mai 2026, le président de la RDC, Félix Tshisekedi, s’est exprimé sur la question d’un éventuel troisième mandat : « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai. » Établissant le parallèle entre la RDC et l’Ukraine, il a déploré un « deux poids, deux mesures » de la communauté internationale qui, selon lui, tolère le report des élections en Ukraine en raison de la guerre, mais les impose à la RDC malgré le conflit à l’Est du pays.

Bien que l’UDPS (parti présidentiel) ne compte que 60 députés sur 500, il est parvenu à rassembler 400 parlementaires pour faire passer un texte ouvrant la voie à l’adoption d’une nouvelle Constitution par référendum, au motif que « l’actuelle Constitution a été rédigée à l’étranger et ne tient plus compte des aspirations des Congolais ». On peut noter une contradiction dans cette démarche. Félix Tshisekedi juge impossible d’organiser l’élection présidentielle en raison du conflit à l’Est, mais est prêt à organiser un référendum national sur l’ensemble du territoire !!!

Lorsqu’il était dans l’opposition, il avait fermement dénoncé les tentatives de son prédécesseur, Joseph Kabila, de briguer un troisième mandat. Une fois élu, il avait affirmé solennellement, avec le sérieux qui se dégage de lui, qu’il ne ferait pas plus de deux mandats. Aujourd’hui, il renie sa parole. En Afrique, ce basculement est le propre des « opposants historiques » : une fois au pouvoir, ils reproduisent le schéma autocratique qu’ils combattaient autrefois. La leçon à tirer est simple : être opposant ne fait pas de l’individu un démocrate.

Félix Tshisekedi oublie que son accession à la magistrature suprême n’a été possible que parce que son prédécesseur a finalement respecté la limitation des mandats. Ce manque de respect des textes, cette recherche systématique des raccourcis, cette tendance à tout ramener à soi restent un mal plus profond qui ronge les Africains. Au terme des mandats autorisés par les Constitutions, il y a chez nos présidents une incapacité à se projeter en dehors du palais présidentiel. Ils sont prisonniers d’une fixation qui les amène à croire qu’ils sont les seuls à pouvoir conduire la barque. On peut y voir de l’égoïsme, ou simplement de la méchanceté.

Une période de dix ans est amplement suffisante pour qu’un dirigeant impulse sa vision et mène à bien son programme. Transmettre le pouvoir n’est pas seulement un devoir constitutionnel, c’est la condition sine qua non de la maturité démocratique. La démocratie se nourrit de l’alternance. Avec ce référendum en vue, ce sont des vents violents qui sont à prévoir sur ce vaste pays. Le troisième mandat a toujours été suivi d’un quatrième, puis d’une nouvelle Constitution ou d’une disparition pure et simple de la disposition limitant les mandats.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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