(étude) Paris sportifs en Afrique francophone: la Côte-d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun face aux défis de la régulation

Avec un chiffre d’affaires de 657,6 milliards de FCFA annoncé en 2025 pour la LONACI, le marché ivoirien des jeux d’argent confirme son poids économique. Mais derrière les recettes fiscales et la multiplication des bookmakers, une question demeure : les États disposent-ils des données et des moyens nécessaires pour protéger les joueurs, notamment les plus jeunes ?

Le baromètre des paris sportifs en Afrique francophone, publié par AfriBallon en octobre 2026, compare les dispositifs de régulation en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun. Son constat est clair : les trois pays présentent des différences importantes en matière d’autorisations, de fiscalité et de transparence, tandis que les statistiques sur les parieurs restent largement insuffisantes.

Côte d’Ivoire : un marché qui pèse lourd

Le chiffre d’affaires de la Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI) est passé de 369,4 milliards de FCFA en 2021 à 657,6 milliards en 2025, selon les données compilées par AfriBallon. La hausse atteint près de 78 % en quatre ans.

Ces montants, il faut le préciser, couvrent l’ensemble des jeux de la LONACI, et non les seuls paris sportifs.

À l’ensemble du secteur, l’Autorité de régulation des jeux de hasard (ARJH) a annoncé un chiffre d’affaires de 705,9 milliards de FCFA en 2024, contre 585,9 milliards en 2023.

Le nombre d’opérateurs privés agréés est également en hausse. Selon le relevé du régulateur consulté le 9 octobre 2026 par AfriBallon, il est passé de trois en décembre 2023 à dix-sept en octobre 2026. Parmi les marques citées figurent 1xBet, Betclic, Betmomo, Melbet et betPawa.

Cette expansion renforce les enjeux de contrôle des opérateurs, de surveillance des transactions et de protection des joueurs.

Trois pays, trois modèles de régulation – Les différences sont significatives

En Côte d’Ivoire, la LONACI intervient sur le marché aux côtés d’opérateurs privés agréés, sous la supervision de l’ARJH. Au Sénégal, la LONASE conserve une place centrale dans l’organisation du secteur et travaille avec des plateformes partenaires. Le baromètre recense 17 plateformes autorisées dans ce pays, selon un communiqué de la LONASE du 30 juin 2026.

Au Cameroun, le ministère de l’Administration territoriale supervise les autorisations. Mais AfriBallon indique n’avoir trouvé aucune liste officielle publique permettant d’établir précisément le nombre d’opérateurs agréés, ni de données compilées et consolidées sur le chiffre d’affaires du secteur.

La fiscalité diffère également. Au Sénégal, un prélèvement de 20 % sur les gains concernés est appliqué depuis novembre 2025, selon l’étude. En Côte d’Ivoire, le taux indiqué est de 7,5 % sur les gains d’au moins un million de FCFA, hors machines à sous.

Ces taux ne sont toutefois pas directement comparables sans tenir compte des assiettes et des modalités de calcul propres à chaque pays.

Combien de personnes parient réellement ?

C’est l’un des principaux angles morts du secteur. AfriBallon n’a identifié aucune enquête nationale représentative permettant de mesurer précisément le nombre de parieurs en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun.

Les chiffres spectaculaires relayés dans certains médias doivent donc être examinés avec prudence.

Une étude réalisée en 2023 auprès de 150 élèves parieurs à Bouaké, publiée en décembre 2025, indique que 92 % des participants interrogés jouaient à Sportcash. Mais cet échantillon, composé exclusivement de garçons âgés de 11 à 17 ans, n’est pas représentatif de l’ensemble des jeunes Ivoiriens.

Il soulève néanmoins une préoccupation majeure : l’exposition de mineurs à des activités légalement réservées aux adultes.

En Côte d’Ivoire et au Sénégal, l’âge légal indiqué pour les paris sportifs est de 18 ans. Au Cameroun, il est de 21 ans selon le baromètre.

La question ne porte donc pas uniquement sur les recettes générées, mais aussi sur l’efficacité des contrôles d’âge et la prévention des comportements de jeu à risque.

Le mobile money facilite les transactions

L’essor des paiements numériques accompagne le développement des jeux en ligne. En Côte d’Ivoire, les opérateurs de monnaie électronique comptaient près de 28 millions d’abonnements au 30 juin 2026, selon les données de l’ARTCI reprises par AfriBallon.

Ce chiffre ne correspond pas nécessairement à autant d’utilisateurs distincts, une même personne pouvant détenir plusieurs comptes. Tous les détenteurs de compte ne jouent pas forcément aux jeux-paris. Le nombre de comptes mobile money ne permet pas non plus de mesurer directement les sommes consacrées aux paris sportifs.

Pour évaluer réellement le phénomène, il faudrait disposer de données spécifiques sur les dépôts, les mises, les retraits et les flux financiers transitant par les plateformes de jeux.

La régulation ne peut pas se limiter aux recettes fiscales

Le baromètre met en évidence une contradiction : alors que le secteur génère des revenus considérables, les informations disponibles sur les pratiques des joueurs et les risques associés demeurent limitées.

Les mécanismes de prévention existent, mais leur efficacité reste difficile à mesurer sans données comparables. La protection des mineurs, l’accès aux dispositifs d’auto-exclusion et la prise en charge des joueurs en difficulté mériteraient notamment un suivi public régulier.

Source : AfriBallon, « Baromètre des paris sportifs en Afrique francophone », octobre 2026. Lire l’étude complète.

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