Droit de réponse à l’article intitulé « Le franc CFA, entre bouclier et prison pour Dakar »

Le 31 août dernier, le premier site ivoirien d’information, connectionivoirienne.net, publiait un article avec comme titre : « Le franc CFA, entre bouclier et prison pour Dakar ». L’article, qu’on peut toujours consulter sur le lien indiqué, compare les situations économiques actuelles du Nigeria et du Sénégal.

Le franc CFA, entre bouclier et prison pour Dakar

 

Selon l’auteur, après avoir traversé une période de forte inflation et de dégradation de ses comptes, le Nigeria a mis en place des réformes de sa politique monétaire qui portent leurs fruits aujourd’hui. Le Nigeria a laissé flotter le naira, ce qui lui a permis de reconstituer ses réserves de change. L’économie a connu une croissance de 4 % en 2025 et l’inflation a baissé grâce à une politique monétaire restrictive. Toutefois, selon l’auteur, les recettes publiques stagnent, ce qui présage des soucis quant à la soutenabilité de la dette.

À l’inverse, le Sénégal vit une importante crise de liquidités, avec des besoins de financement atteignant 25 % du PIB en 2025. En l’absence d’un programme avec le FMI, le pays est obligé de se rabattre sur le marché de l’UEMOA pour financer ses besoins. Cette dépendance renchérit le coût de sa dette, dont le service a explosé pour atteindre 23,7 % des recettes publiques. L’auteur pointe aussi une situation politique potentiellement orageuse (antagonisme Diomaye Faye-Ousmane Sonko), avec un risque de paralysie dans l’adoption des budgets et des réformes.

L’auteur note que le Sénégal ne peut pas ajuster sa monnaie du fait de son appartenance à la zone CFA. Si le CFA le protège de l’inflation du fait de sa parité avec l’euro, il le prive aussi d’un outil essentiel, la dévaluation, qui, dans un régime de change flexible, serait certainement intervenue. Face à l’absence de levier monétaire, le pays ne peut que tailler dans ses dépenses pour espérer s’en sortir. L’auteur conclut que « faute d’un programme avec le FMI, qui lui ouvrirait l’accès à des financements concessionnels et allégerait la pression sur le marché régional, le budget reste le seul levier disponible pour absorber un choc que la monnaie seule ne peut amortir ».

En fait, cette analyse fait le procès du CFA. L’auteur, un économiste à l’Agence Ecofin, se veut impartial, mais prend parti contre le CFA. Dans l’analyse de la situation du Nigeria, il ne mentionne pas un facteur capital : la hausse des prix du pétrole et du gaz depuis la première guerre entre les États-Unis et l’Iran en juin 2025. Depuis cette date, les prix n’ont pas vraiment reflué. À cela s’ajoutent les frappes ukrainiennes sur les installations pétrolières russes, qui réduisent la production de ce pays, et donc l’offre sur le marché mondial.

De 60 dollars avant juin 2025, le prix du baril est passé durablement au-dessus des 100 dollars, avant de se stabiliser autour des 90 dollars. Depuis février, le détroit d’Ormuz est fermé, ce qui crée la pénurie et maintient donc les cours à des niveaux élevés. C’est normal que, dans un tel contexte, le Nigeria, premier producteur africain de pétrole avec 1,5 million de barils par jour, parvienne à reconstituer ses réserves de devises, connaisse une croissance et parvienne à réduire l’inflation intérieure, avec une appréciation du naira par rapport au dollar. La politique monétaire restrictive mise en place est à saluer, mais c’est le prix du pétrole qui fut déterminant.

Quant au Sénégal, l’auteur, là encore, ne mentionne pas un facteur capital. Le pays s’est endetté plus que de raison durant les années Macky Sall. Ses emprunts n’ont pas tenu compte de sa capacité à rembourser, c’est-à-dire de ses recettes. C’est normal qu’il soit en difficulté avec des échéances de dettes difficiles à honorer. Même s’il avait sa propre monnaie, une dévaluation n’aurait rien changé dans la mesure où la dette est contractée en euros et en dollars. Il aurait connu la même situation que le Nigeria, avec une inflation fulgurante conduisant à la misère des populations.

Le CFA est un bouclier contre l’inflation, l’auteur le reconnaît. Le marché régional permet aussi aux pays de l’UEMOA d’obtenir d’importants financements, ce que reconnaît également l’auteur. La situation du Sénégal n’est pas en soi à imputer au CFA. Le Sénégal doit passer par une phase inévitable de réduction de ses dépenses ; il n’y a pas de solution miracle. C’est ce que prône le FMI. Évidemment, la chose aura un coût social que redoute le pouvoir. D’où les hésitations qu’on constate en ce moment.

Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales

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