Lors de sa toute première tournée dans le pays en mars 2015, le président Ouattara avait marqué une étape à San Pedro, le pôle régional du Sud-Ouest. Au cours du meeting qui a clôturé cette visite, d’importantes annonces ont été faites, dont la construction « prochaine » d’une autoroute qui relierait la ville à Abidjan, distante de 350 km. Coût : 740 milliards de FCFA. En 2019, le PM Gon Coulibaly annonçait la fin des études de la première section de cette autoroute. Les études des deux autres sections étaient en « bonne voie », de même que les discussions sur le financement.
Depuis, plus rien n’a été annoncé sur le projet. La ville est le premier port mondial d’exportation du cacao et traite une part importante des échanges du Mali. Son aéroport doit être agrandi pour en faire un aéroport international. Elle a aussi été choisie pour la construction de la seconde raffinerie du pays. C’est le second pôle industriel après Abidjan, et tout porte à croire que l’activité va prendre de l’ampleur à court ou moyen terme. D’où la nécessité d’une autoroute entre les deux villes. Mais le gouvernement ivoirien en a-t-il réellement les moyens ?
En septembre 2025, en meeting à Daloa, la grande métropole du Centre-Ouest, dans le cadre de la présidentielle, le président Ouattara a annoncé une autoroute pour relier Yamoussoukro, la capitale politique, distante de 140 km. Comme à San Pedro, il n’a pas donné plus de détails. Notons aussi les projets d’autoroute Abidjan-Abengourou, la métropole de l’Est, et Abidjan-Gagnoa, l’autre métropole du Centre-Ouest. L’autoroute Abidjan-Noé, à la frontière du Ghana (168 km), a atteint la ville de Samo, distante de 64 km. L’autoroute Abidjan-Ouangolo, aux frontières du Mali et du Burkina (622 km), a atteint Bouaké, distante de 340 km. La section Bouaké-Kanawolo (133 km) reste la priorité de l’État.
On le voit, d’importants projets d’autoroutes sont sur la table. Le projet de l’autoroute du Nord (Abidjan-Ouangolo) a été lancé en 1975. Cinquante ans plus tard, en 2026, environ la moitié du tracé a été réalisée. À ce rythme, ces projets prendront plusieurs décennies s’ils doivent tous être financés par l’État. Il faut changer d’approche si on veut accélérer. L’État n’a pas la capacité de mener tous ces investissements dans un délai raisonnable. Or, aujourd’hui, les choses vont beaucoup plus vite. Pourquoi ne pas concéder les autoroutes au secteur privé ?
Le secteur de l’électricité nous fournit un bon enseignement. Aujourd’hui, 70 % de l’électricité en Côte d’Ivoire est produite par des centrales thermiques ou à gaz, 29 % par des barrages hydroélectriques et 1 % par le solaire. Le pays dispose de 05 centrales, dont une seule est détenue par l’État. Le secteur a été ouvert au privé en 1996. Aujourd’hui, ils sont 04 principaux producteurs privés d’électricité. En 2026, deux agréments ont été accordés. Une unité de production d’électricité à partir de la biomasse est en phase de finition, de même que le premier barrage hydroélectrique financé par un groupe privé. Ils seront bientôt une dizaine. Résultat, la Côte d’Ivoire fournit l’électricité à 08 pays de la sous-région.
La démarche peut être transposée au secteur des autoroutes. En Afrique, plusieurs pays expérimentent en ce moment cette approche. Le Sénégal avec « l’autoroute de l’avenir », la liaison Dakar-Diamniadio-Aéroport Blaise-Diagne, longue de 127 km ; le Mozambique avec la N4 Toll Route, une autoroute de plus de 500 km qui relie le pays à l’Afrique du Sud ; et le Kenya avec la Nairobi Expressway, une autoroute aérienne longue de 27 km qui traverse la capitale Nairobi. En Côte d’Ivoire, le troisième pont d’Abidjan a été concédé à une entreprise privée.
En Europe, on peut comparer les cas français et allemand. Si le réseau autoroutier allemand est entièrement gratuit, en France, la majorité des autoroutes sont détenues par le privé. La raison en est simple : la France n’a pas les moyens de l’Allemagne. La Côte d’Ivoire n’a pas les moyens de déployer, sur fonds propres ou par endettement, son réseau autoroutier tel qu’elle l’a planifié. Ouvrir le secteur des autoroutes au privé est donc une option qui s’impose d’elle-même.
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales
J’ai notamment harmonisé mars/septembre, Centre-Ouest, État, FCFA, les pourcentages, les tirets et la ponctuation, sans toucher aux arguments développés.






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