L’Italie et la France sont deux nations européennes qui font l’objet d’une très grande visibilité. L’Italie fait régulièrement l’actualité par sa position de porte d’entrée des migrants subsahariens en Europe. Quant à la France, Paris est vue comme la « capitale culturelle et artistique de l’Europe ». Elle abrite d’importants salons, dont le plus grand salon aérien du monde (le Salon du Bourget), l’un des plus importants salons de l’automobile (le Mondial de l’Auto), et le plus important salon agricole (le Mondial de l’Agriculture). Paris est la seconde ville la plus visitée d’Europe. Rome, quant à elle, abrite le siège de la papauté, un atout en soi qui fait rayonner la ville dans le monde.
Au sein de l’Union européenne, l’Italie et la France sont classées parmi les mauvais élèves. L’Italie est le second pays le plus endetté de l’UE, et la France le troisième. Mais contrairement à l’Italie, la France n’est pas classée dans le groupe des PIIGS (« porcs » en anglais), un sigle qui désigne le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce et l’Espagne, des pays très endettés qui ont frôlé la banqueroute et ont failli entraîner toute l’Europe dans leur chute. La France est certes très endettée, mais on estime qu’elle sera toujours en capacité de faire face à sa dette. Par contre, l’Italie suscite régulièrement les craintes des marchés et de ses partenaires.
Mais il y a quelque chose de surprenant quand on compare la France et l’Italie sur le plan économique. Lorsqu’on prend en compte la taille des économies, c’est-à-dire le PIB, la France est incontestablement la seconde économie de l’Union européenne derrière l’Allemagne, et l’Italie la troisième. Mais ce classement cache un paradoxe parce qu’il nous amène à croire que la France est plus industrialisée que l’Italie, ce qui est faux. Sur le plan industriel, l’Italie domine largement la France, ainsi que la Grande-Bretagne.
Quelques chiffres. La production industrielle pèse 16 % du PIB en Italie, contre moins de 10 % pour la France. On dénombre environ 400 000 entreprises industrielles en Italie contre 250 000 en France. Grâce à sa production de machines-outils, de robotique industrielle, de produits métallurgiques, de composants automobiles, de textile-luxe, l’Italie produit et exporte plus de biens industriels que la France. Celle-ci a un PIB supérieur du fait de ses secteurs agricole et touristique. La France a la première agriculture d’Europe et reste le pays le plus visité au monde.
Pour dire les choses simplement, l’Italie est plus industrialisée que la France et la Grande-Bretagne. C’est quelque chose qui n’est pas forcément connu de l’opinion. On croit généralement que la France pointe à la seconde place derrière l’Allemagne sur le plan industriel. D’autre part, la France abrite des programmes européens dans l’aéronautique (Airbus), et dans le spatial (ESA – Agence spatiale européenne). Ainsi, les fusées, les avions sont dans une large mesure assemblés en France, ce qui gonfle sa production industrielle. Malgré cela, elle est surpassée par l’Italie.
En fait, les pays qui constituaient « l’Axe » lors de la Seconde Guerre mondiale (Allemagne-Japon-Italie) se sont vu imposer des restrictions par les Alliés dans leur développement industriel, suite à leur défaite. Ils n’avaient plus le droit de développer une industrie militaire. Ces pays vont donc orienter leurs industries vers les machines-outils, l’automobile, l’électroménager, la construction navale, etc., pour, au final, devenir plus performants sur ces segments que les vainqueurs (États-Unis, France, Angleterre, Russie). Ainsi, derrière l’image de délabrement et de désordre qu’elle peut donner, l’Italie est une puissance industrielle de premier ordre, la deuxième d’Europe.
Beaucoup d’immigrés africains qui empruntent la Méditerranée planifient généralement de s’établir en France. Mais ils sont nombreux à rester en Italie, ou à y retourner après avoir séjourné en France. La raison est toute simple : les opportunités sont plus nombreuses dans ce pays parce qu’il dispose d’une base industrielle plus étoffée que la France. On y trouve plus de PME. Il est donc plus facile pour un Subsaharien de « faire son nid » en Italie qu’en France.
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales






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