Par Antoine Kemonsei
Dans un contexte marqué par la volatilité des cours mondiaux du pétrole et les tensions sur le pouvoir d’achat des ménages, la question des prix des carburants dépasse désormais le simple cadre économique. Elle est devenue un véritable enjeu de gouvernance, de justice sociale et de confiance entre l’État et les citoyens.
Chaque augmentation du prix du super ou du gasoil entraîne une hausse en cascade des coûts du transport, des produits alimentaires, des matériaux de construction et de nombreux biens de consommation. Les ménages comme les entreprises en subissent directement les conséquences. Pourtant, peu de citoyens comprennent réellement les mécanismes qui déterminent les prix à la pompe.
La transparence ne doit pas être perçue comme une faveur accordée aux consommateurs, mais comme une obligation de bonne gouvernance. Lorsque les règles de fixation des prix sont clairement expliquées et que les données sont accessibles, les décisions publiques gagnent en crédibilité et les tensions sociales diminuent.
Le gouvernement gagnerait à publier systématiquement les composantes détaillées du prix des carburants : coût du pétrole brut, raffinage, transport, stockage, marges des distributeurs, fiscalité et autres prélèvements. Une telle démarche permettrait de mettre fin aux spéculations et de renforcer la confiance du public.
Par ailleurs, la création d’un Fonds national de stabilisation des prix des carburants apparaît comme une nécessité stratégique. Alimenté durant les périodes de baisse des cours internationaux, ce fonds servirait à absorber une partie des hausses exceptionnelles et à protéger le pouvoir d’achat sans compromettre l’équilibre budgétaire de l’État.
Une autre réforme importante consisterait à instituer un Observatoire national des prix de l’énergie, réunissant les administrations compétentes, les compagnies pétrolières, les organisations de consommateurs, les universitaires et la société civile. Cet organisme publierait régulièrement des analyses indépendantes, des indicateurs de marché et des rapports d’évaluation accessibles à tous.
La transition énergétique constitue également une réponse durable. Investir davantage dans les transports collectifs, les carburants alternatifs, les véhicules électriques et les énergies renouvelables permettra de réduire progressivement la dépendance de l’économie ivoirienne aux fluctuations du marché pétrolier international.
Enfin, la stabilité des prix ne peut être dissociée d’une politique de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles. Les autorités de régulation doivent disposer des moyens nécessaires pour prévenir toute entente illicite, sanctionner les abus et garantir une concurrence saine au bénéfice des consommateurs.
La Côte d’Ivoire ambitionne de devenir une économie émergente, compétitive et résiliente. Cette ambition exige une gouvernance économique fondée sur la transparence, la responsabilité et la redevabilité. Le secteur des hydrocarbures ne saurait faire exception.
La confiance des citoyens se construit par la clarté des décisions publiques. En matière de carburants, la transparence n’est pas seulement une exigence démocratique ; elle est un levier de stabilité économique, de cohésion sociale et de développement durable.
Antoine Kemonsei
akemonsei1@yahoo. fr






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