Il existe des hommes qui dessinent des plans et d’autres qui contribuent à façonner la ligne d’horizon d’une nation tout entière. Dans l’histoire de la Côte d’Ivoire moderne, Pierre Fakhoury appartient incontestablement à cette seconde catégorie.
Architecte de grands projets, entrepreneur, homme de réseaux et figure familière des cercles du pouvoir, il est devenu au fil des décennies l’un des visages les plus connus de l’architecture et du bâtiment en Côte d’Ivoire. Souvent présenté comme « l’architecte des présidents », il a participé à la transformation du paysage urbain ivoirien, de Yamoussoukro à Abidjan.
Mais derrière les monuments, les tours, les ponts et les grands ouvrages se trouve aussi un homme décrit par ses proches comme discret, généreux et profondément attaché à ses relations humaines.
De Dabou aux bancs de l’Institut Saint-Luc
Né le 21 août 1943 à Dabou, dans le sud de la Côte d’Ivoire, Pierre Fakhoury grandit dans une famille issue de l’immigration libanaise. Ses parents, arrivés en Côte d’Ivoire en 1935, sont de confession maronite et catholique grecque.
Malgré ses origines familiales, l’architecte revendique avec force son identité ivoirienne. Il se présente volontiers comme « 100 % ivoirien », signe d’un attachement profond au pays où il est né et où il construira l’essentiel de son parcours.
Très jeune, il est envoyé au Liban pour poursuivre sa scolarité dans un pensionnat catholique. Son goût pour le dessin et son intérêt pour les constructions vont progressivement orienter son destin.
Son parcours le conduit ensuite en Belgique, où il intègre l’Institut Saint-Luc de Tournai. Il y reçoit une formation en architecture qui va lui permettre de donner une dimension professionnelle à une passion née très tôt.
De retour en Côte d’Ivoire, il va progressivement s’imposer dans un secteur alors en pleine transformation.
La rencontre avec les grands projets de la Côte d’Ivoire
La carrière de Pierre Fakhoury est intimement liée aux grandes ambitions architecturales de la Côte d’Ivoire post-indépendance.
Sous Félix Houphouët-Boigny, le pays veut afficher sa modernité, attirer les investissements et se doter d’infrastructures capables de symboliser son ambition économique. Abidjan se développe rapidement et devient l’une des métropoles les plus importantes d’Afrique de l’Ouest.
Dans cette transformation, Fakhoury trouve un terrain à la hauteur de ses ambitions.
Son nom restera notamment associé à la réalisation de la basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro, monument monumental voulu par Félix Houphouët-Boigny.
La basilique devient l’un des symboles les plus spectaculaires de la Côte d’Ivoire moderne. Par ses dimensions, son architecture et son implantation au cœur de Yamoussoukro, elle traduit la volonté de faire de la ville natale du premier président ivoirien une capitale politique à la hauteur des ambitions du pays.
Pour Fakhoury, ce chantier représente l’un des moments majeurs d’une carrière déjà exceptionnelle.
Abidjan, son autre terrain d’expression
Mais l’empreinte de Pierre Fakhoury ne se limite pas à Yamoussoukro.
À Abidjan, son nom est associé à plusieurs projets qui ont accompagné la transformation de la capitale économique ivoirienne.
Au Plateau, cœur administratif et financier de la ville, la Tour F constitue l’un des ouvrages emblématiques associés à son parcours. Elle participe à cette verticalisation progressive du quartier des affaires et à la volonté de donner à Abidjan une silhouette de grande métropole africaine.
Au fil des années, son univers professionnel s’étend également aux routes, ponts, chaussées, échangeurs et autres infrastructures qui transforment progressivement la circulation et l’organisation de la métropole.
Ses tables à dessin deviennent ainsi, d’une certaine manière, le prolongement des ambitions des différents gouvernements ivoiriens.
Des bâtiments administratifs aux grands ouvrages d’infrastructure, Pierre Fakhoury s’impose comme un acteur incontournable du paysage urbain ivoirien.
« L’architecte des présidents »
La longévité de Pierre Fakhoury constitue l’une des particularités les plus remarquables de son parcours.
Il a connu plusieurs présidents, plusieurs périodes politiques et plusieurs changements de régime. Pourtant, son influence dans le monde des grands projets et de la construction n’a jamais véritablement disparu.
Cette capacité à traverser les époques lui vaut le surnom d’« architecte des présidents ».
Derrière cette formule se trouve une réalité plus complexe : Fakhoury a su construire des relations avec des responsables politiques appartenant parfois à des univers très différents.
Au gré des régimes et des bouleversements politiques de la Côte d’Ivoire, il a ainsi noué de solides amitiés, notamment avec Laurent Gbagbo et Dominique Ouattara.
Ces relations ne se limitent pas nécessairement aux seuls rapports professionnels. Elles témoignent aussi d’une capacité à préserver des liens personnels au-delà des clivages politiques.
Un homme de réseaux, mais surtout un homme de fidélités
Pourtant, réduire Pierre Fakhoury à ses relations avec les puissants serait passer à côté d’une partie essentielle de son personnage.
Ceux qui l’ont côtoyé décrivent également un homme resté attaché à une certaine simplicité. Malgré son statut, son parcours et son influence, il aurait conservé une grande modestie et une proximité particulière avec ses employés et ses collaborateurs.
L’homme est également présenté comme quelqu’un de fidèle dans ses amitiés et profondément généreux.
Dans son entourage, beaucoup racontent sa disponibilité lorsqu’un proche ou une connaissance se retrouve confronté à une difficulté. Problèmes financiers, maladie ou situations personnelles difficiles : Fakhoury n’hésite pas à apporter son soutien lorsque cela est nécessaire.
Cette dimension humaine contribue à expliquer la fidélité de nombreuses personnes qui l’entourent depuis des années.
Il y a chez lui une forme de paradoxe : un homme capable de travailler sur des projets gigantesques, de fréquenter les plus hauts responsables politiques et économiques, mais qui conserve, selon ses proches, une attention particulière pour les problèmes très concrets de ceux qui l’entourent.
PFO, une autre dimension de son héritage
Avec PFO, Pierre Fakhoury a également dépassé le cadre traditionnel de l’architecte pour devenir un véritable entrepreneur du secteur de la construction et des grands travaux.
L’entreprise est devenue un acteur important du paysage économique ivoirien et participe à de nombreux projets structurants dans le BTP et le football (Yamoussoukro FC).
À travers ces activités, PFO a contribué à créer des emplois, à former des compétences et à faire émerger toute une génération de professionnels du bâtiment, des travaux publics et du football professionnel avec son Centre de formation de haut niveau.
Son parcours entrepreneurial constitue ainsi un autre aspect de son héritage.
Car au-delà des édifices qu’il a dessinés ou auxquels son nom est associé, il y a les hommes et les femmes qui ont travaillé autour de lui, appris à ses côtés et poursuivi leur propre chemin dans l’architecture, l’ingénierie, la construction ou l’entrepreneuriat.
Une source d’inspiration pour une nouvelle génération
Aujourd’hui, Pierre Fakhoury continue d’évoluer entre plusieurs univers.
Entre ses bureaux de Paris et son entreprise PFO à Abidjan, il reste présent dans les grands rendez-vous économiques et architecturaux, tout en conservant une certaine discrétion.
Avec ses cheveux reconnaissables et son allure qui ne passe pas inaperçue, il continue de fasciner.
Pour de nombreux jeunes entrepreneurs africains, son parcours constitue une source d’inspiration. Il illustre une trajectoire construite sur plusieurs décennies, à la croisée de l’architecture, de l’entreprise, des grands projets publics, du sport et des relations humaines.
Dans un continent où de nombreux jeunes cherchent encore à transformer leurs idées en entreprises et leurs entreprises en institutions durables, le parcours de Fakhoury apparaît comme celui d’un bâtisseur au sens large du terme.
L’empreinte d’un bâtisseur
Pierre Fakhoury n’a donc pas seulement construit des bâtiments.
Il a contribué à construire une certaine image de la Côte d’Ivoire : celle d’un pays qui veut afficher sa modernité à travers ses monuments, ses tours, ses ponts, ses échangeurs et ses infrastructures.
De la basilique de Yamoussoukro aux tours du Plateau, en passant par les grands projets d’Abidjan et les activités de PFO, son parcours se confond avec plusieurs décennies de transformation du pays.
Son œuvre peut susciter des débats sur la monumentalité, les choix architecturaux, le coût ou la pertinence de certains grands projets. Mais une chose demeure difficilement contestable : son empreinte sur le paysage ivoirien est considérable.
Et derrière l’architecte des grands ouvrages, derrière l’entrepreneur et l’homme proche des présidents, demeure le portrait d’un homme que ses proches décrivent comme modeste, fidèle, généreux et attaché à ses amitiés.
C’est peut-être là que réside le véritable paradoxe de Pierre Fakhoury : avoir participé à bâtir certains des monuments les plus imposants de la Côte d’Ivoire tout en conservant, aux yeux de ceux qui le connaissent, une proximité avec les hommes et les femmes qui l’ont accompagné.
À plus de huit décennies, l’architecte continue ainsi de regarder l’avenir depuis ses bureaux de Paris et d’Abidjan.
Les bâtiments, eux, sont déjà là.
Ils racontent une partie de son histoire.
Mais ceux qui l’ont côtoyé racontent aussi celle d’un homme qui, derrière le béton et le marbre, aura beaucoup misé sur les relations humaines.
Pierre Fakhoury : un bâtisseur de monuments, mais aussi un bâtisseur de fidélités.
Avec Enquête Média pour le input






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