Entre le port d’Abidjan et celui de Lomé, la guerre fait rage

Le Port de Lomé (la capitale du Togo) est une plateforme de référence en Afrique de l’ouest, l’un des principaux terminaux à conteneurs. Ce port figure en bonne place dans le trio de tête de tous les différents classements. Cela peut surprendre si on considère que l’activité portuaire reflète la taille de l’économie qu’elle dessert. Le Togo étant une toute petite économie (le 39e PIB africain sur 54 pays), on peut s’étonner que son port enregistre une activité plus grande que celui de Lekki à Lagos, par exemple, qui dessert la seconde économie d’Afrique.

La raison est toute simple. Le port de Lomé est essentiellement un port de transbordement. La Mediterranean Shipping Company (MSC), concessionnaire du Port de Lomé et premier armateur mondial, a fait de ce port, en 2014, son hub régional. Concrètement, tous les navires de MSC transportant des marchandises à destination des pays africains riverains débarquent leur cargaison dans le port de Lomé. Les conteneurs sont ensuite transbordés sur d’autres navires qui vont longer les côtes et faire escale dans les différents ports pour livrer les marchandises. La méthode permet des économies de coûts et de temps. Le port de Lomé est ainsi devenu un « centre d’éclatement » du trafic.

L’armateur Bolloré Transport & Logistics, qui avait en concession le premier terminal à conteneurs du port d’Abidjan, avait aussi fait du PAA le hub de transbordement de son trafic. Mais en 2021, ce groupe s’est retiré du trafic maritime international et a cédé ses actifs à MSC, qui est ainsi devenu le concessionnaire du TC1, le premier terminal à conteneurs du port d’Abidjan, et aussi du second. Car, entre-temps, la Côte d’Ivoire a construit un second terminal à conteneurs, le TC2, mis en service en novembre 2022, dont Bolloré avait aussi la concession (dans une coentreprise avec l’armateur Maersk).

En acquérant l’ensemble des activités portuaires de Bolloré, MSC a ainsi la haute main sur le port d’Abidjan. La question qui se posait était de savoir si MSC allait maintenir son hub régional à Lomé, le transférer à Abidjan ou répartir son trafic de transbordement entre les deux ports. Tenue à l’écart des discussions entre Bolloré et MSC, la Côte d’Ivoire était tout de même sensible à la question et ne désirait pas voir son port devenir une simple « annexe » de celui de Lomé. MSC a finalement maintenu ses activités de transbordement à Lomé.

Il n’empêche que la concurrence fait rage entre les deux ports sur l’activité de transbordement, même si Lomé conserve une avance. D’autre part, l’armateur CMA CGM, le troisième armateur mondial, a fait en 2026 du port d’Abidjan son « hub continental », ce qui laisse entrevoir une montée en puissance des opérations de transbordement à Abidjan. En fait, tous les ports ouest-africains sont en compétition (Dakar, Cotonou, Lekki, Tema, Abidjan, Lomé, et même Conakry). Ils sont tous opérés par les principaux armateurs (MSC, APM Terminals, DP World, CMA CGM, COSCO, etc.). Mais la compétition entre Abidjan et Lomé capte l’attention parce que les deux ports sont aux mains de MSC.

Au-delà du transbordement, Abidjan et Lomé sont aussi en compétition pour capter le trafic des pays du Sahel. La prise du pouvoir par les juntes et les sanctions de la CEDEAO qui ont suivi en 2022 et 2023 ont amené ces pays à se reporter sur le port de Lomé, au détriment d’Abidjan, de Dakar et de Cotonou, le Togo s’étant désolidarisé des décisions du bloc sous-régional. Ainsi, durant les années 2023 et 2024, le port de Lomé assurait 90 % des échanges de ces pays, il est vrai en multipliant les mesures incitatives.

Mais à partir de 2025, on a assisté à un rééquilibrage. Le port d’Abidjan a aussi pris des mesures incitatives pour séduire les opérateurs sahéliens. Aujourd’hui, en dehors du matériel militaire, les échanges du Mali transitent essentiellement par les ports d’Abidjan et de Dakar. La partie n’est pas close pour autant, le Togo s’active toujours pour positionner le port de Lomé auprès de ces pays. Mais plusieurs facteurs militent en faveur du port d’Abidjan. Il est le plus proche des pays du Sahel, et le réseau routier ivoirien est en meilleur état. De même, un convoi quittant Bamako pour Lomé traverse deux frontières, contre une seule si la destination est Abidjan. Le détail a toute son importance.

Douglas Mountain
[oceanpremier4@gmail.com](mailto:oceanpremier4@gmail.com)
Le Cercle des Réflexions Libérales

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