Désormais équipé de dragues industrielles, de pompes aspirantes et d’excavatrices, l’orpaillage clandestin ne se contente plus de ravager les écosystèmes. Il menace directement les ressources en eau, perturbe le fonctionnement des usines de potabilisation et expose les populations à une contamination durable de la chaîne alimentaire, notamment au méthylmercure.
Une note d’alerte sanitaire et écotoxicologique confidentielle met en garde contre un changement d’échelle de l’exploitation aurifère illégale en Côte d’Ivoire entre 2021 et 2026. Selon ce document, le phénomène aurait franchi un seuil critique, passant progressivement d’une activité artisanale et informelle à une véritable industrie clandestine, organisée et fortement mécanisée.
La transformation est spectaculaire. Autrefois pratiqué à petite échelle, souvent à l’aide de moyens rudimentaires comme la calebasse, l’orpaillage clandestin s’appuie désormais sur des équipements lourds : dragues, motopompes, excavatrices et autres dispositifs permettant de traiter rapidement d’importantes quantités de terre et de sédiments.
Cette industrialisation sauvage bouleverse les équilibres environnementaux. Elle accélère la destruction des sols, fragilise les cours d’eau et augmente considérablement la quantité de matières en suspension et de polluants rejetés dans le milieu naturel.
Un phénomène désormais présent dans une grande partie du pays
Selon la note d’alerte, l’orpaillage illégal s’étendrait désormais à 24 des 31 régions administratives de la Côte d’Ivoire. Près d’un demi-million de personnes en dépendraient directement, ce qui illustre le poids économique et social pris par cette activité.
Mais derrière cette économie parallèle se développe un système de plus en plus structuré. Dans plusieurs localités, des mécanismes informels de régulation auraient progressivement été mis en place. Des taxes d’accès seraient perçues quotidiennement et des autorisations informelles délivrées aux exploitants.
Cette organisation contribue à la résistance de la filière face aux opérations de déguerpissement et de lutte contre l’orpaillage clandestin. L’activité ne serait donc plus seulement portée par des individus isolés, mais par de véritables réseaux disposant de moyens financiers, logistiques et humains importants.
L’économie de l’ombre : des chiffres vertigineux
La montée en puissance de cette économie clandestine pose désormais une question qui dépasse largement la seule protection de l’environnement : quel est le coût réel de l’orpaillage illégal pour l’État et pour les populations ivoiriennes ?
Car les dégâts ne se limitent pas aux terres dégradées ou aux forêts détruites. Ils concernent également les infrastructures hydrauliques, les ressources en eau potable, l’agriculture, la pêche et, surtout, la santé publique.
La contamination des cours d’eau constitue l’un des principaux risques. Les activités minières rejettent d’importantes quantités de sédiments et peuvent favoriser la dispersion de substances toxiques dans les milieux aquatiques. Parmi les préoccupations majeures figure le mercure, utilisé dans certains procédés d’extraction artisanale de l’or.
Une fois présent dans l’environnement, le mercure peut se transformer en méthylmercure, une forme particulièrement préoccupante en raison de sa capacité à s’accumuler dans les organismes aquatiques et à remonter la chaîne alimentaire.
Le risque ne concerne donc plus uniquement les sites miniers. Il peut toucher les populations qui dépendent des cours d’eau contaminés pour la pêche, l’agriculture, l’alimentation ou l’approvisionnement en eau.
Les usines de potabilisation sous pression
L’autre inquiétude majeure concerne les infrastructures de production d’eau potable. La forte turbidité des eaux et la présence accrue de matières issues des activités minières compliquent le traitement de l’eau brute et peuvent augmenter les coûts de potabilisation.
Dans les zones situées en aval des sites d’orpaillage, les conséquences pourraient ainsi se répercuter directement sur le service public de l’eau.
Le problème devient alors systémique : plus l’exploitation clandestine gagne du terrain, plus elle fragilise les ressources naturelles dont dépendent les populations et les infrastructures publiques.
L’enjeu n’est donc plus seulement de faire disparaître des sites illégaux. Il s’agit désormais de préserver durablement les bassins versants, sécuriser les ressources en eau et prévenir une crise sanitaire dont les effets pourraient apparaître bien au-delà des zones d’exploitation.
Une catastrophe écologique, économique et sanitaire ?
La note d’alerte décrit ainsi un phénomène arrivé à un tournant. L’orpaillage clandestin serait devenu une économie parallèle suffisamment puissante pour résister aux interventions ponctuelles et se reconstituer après les opérations de démantèlement.
Le défi pour les autorités ivoiriennes est dès lors double : combattre les réseaux qui organisent cette exploitation illégale tout en protégeant les populations qui en dépendent économiquement.
Car derrière chaque gramme d’or extrait clandestinement se cache potentiellement un coût collectif : destruction des terres, pollution des cours d’eau, pression sur les infrastructures de traitement de l’eau, perte de biodiversité et risques sanitaires.
La question qui se pose désormais est celle du véritable prix de l’orpaillage clandestin pour la Côte d’Ivoire : combien coûte réellement à la nation un or extrait au détriment de l’eau, de la terre et de la santé de ses populations ?
Avec Enquête média

Lu pour vous
PROM’IVOIRE 🇨🇮
@Prom_Ivoire
Orpaillage Illégale
Je suis tombé sur un rapport financé par l’organisation américaine USAID et commandité par Equal Access International pour le projet #Resilience4Peace sur la situation de l’orpaillage dans le Nord de la Côte d’Ivoire.
Ce rapport est disponible sur internet depuis 2022 et a été remis aux structures gouvernementales en janvier 2023.
Voici ce qu’il dit:
1- Les autorités coutumières jouent un rôle clé dans l’orpaillage en CI. Il y a des codes et des normes acceptées par tous les acteurs de l’orpaillage clandestin.
2- Les orpailleurs ou Opérateurs miniers s’octroient de facto tous les droits sur les sites qu’ils exploitent.
3- Quand ils soupçonnent qu’il y a de l’Or quelque part, ils approchent le propriétaire du champ par un émissaire ou en personne pour des négociations.
4- Le chef Orpailleur envoie alors des détecteurs de métaux et des spécialistes pour vérifier s’il y a assez d’or sur le site à exploiter.
5- Quand le site est exploitable, l’opérateur minier ou son émissaire accompagné du propriétaire du champ se rendent chez le chef de village pour discussion.
6- Il y a un droit coutumier à payer à la chefferie et un montant à verser au propriétaire du champ.
7- D’autres auraient exigé une prime sur chaque gramme d’Or receuilli. Entre 500 Frs et 1000 Frs.
8- Un million Frs versés au propriétaire du champ, des perdiems versé au représentant des jeunes du village et à l’association des femmes. D’après leurs enquêtes. Tout le monde mange dans l’affaire.
9- À Bouna, sur un site, les orpailleurs auraient recueilli 90 Kgs d’Or. Ils auraient reversé 90 Millions au chef de village.
APRÈS CETTE ÉTAPE, IL Y A LA MISE EN PLACE..
10- Les opailleurs sont composés en équipe de:
-Un chef de puits
-Des broyeurs & Laveurs.
-Des gérants de comptoirs
Tous les contrats sont de façon orale. Aucun document écrit.
11- Les orpailleurs ont une sécurité. Ils sont souvent armés de fusils de chasse, de couteaux et de machettes.
12- Il y a plusieurs rideaux de securité depuis les villages jusqu’au site d’orpaillage. Ils sont souvent informés quand il y a des opérations des forces de sécurité dans certains endroits avec la complicité de villageois.
13- Certains chefs opailleurs travailleraient selon le rapport avec des préfets qui laissent faire moyennant des pots de vin.
14- Les artisans-orpailleurs logent dans des baraques et se déplacent souvent à moto pour rejoindre.
15- Autour d’un site d’orpaillage se développe toute une économie. Depuis les vendeuses de nourriture en passant par les buvettes dans les villages.
CONSÉQUENCES:
L’orpaillage clandestin fait perdre 7 Milliards à la Côte d’Ivoire.
On estime à 4 000 Milliards, les pertes depuis le debut de ce phénomène.
La végétation est détruite et les métaux lourds utilisés dans le processus se retruvent dans les cours d’eaux.
Pour info, il faut au moins 50 Jours que le corps évacue la moitié du Mercure absorbé.
Le Mercure et le cyanure sont des poisons qui abîment le système nerveux et les organes vitaux comme les reins.
Manger régulierement du poisson qui contient du mercure ou du cyanure, c’est du suicide programmé d’une génération.
Chez les Akans, on ne vole pas l’Or parce que ça décime.
Si rien n’est fait dans l’urgence, cette course aux pépites d’or va déclencher des conséquences qu’il va falloir des années pour réparer.
L’argent , l’argent, l’argent. Quand une société n’a que cela. On est mal partis. La pauvreté est trop dramatique. Les gens sont prêts à tout juste pour quelques billets.
Shérif Serif Tall






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