Par Dr Touré
L’affaire Mélenchon révèle surtout de profondes défaillances en matière de gouvernance, de coordination stratégique et de communication institutionnelle entre les ambassades, leur ministère de tutelle et, plus largement, l’ensemble du gouvernement. Dans un État bien administré, une communication publique sensible, en particulier lorsqu’elle émane d’une ambassade stratégique comme celle de France, ne devrait jamais être improvisée ni relever d’une initiative individuelle. Elle fait normalement l’objet d’un processus rigoureux de validation à plusieurs niveaux. D’abord, par le responsable de la communication de l’ambassade, qui analyse les implications politiques, diplomatiques et géopolitiques du message avant d’en référer à l’ambassadeur pour approbation. Ensuite, par le ministère des Affaires étrangères, où le ministre ou son délégué valide la publication en fonction de son niveau de sensibilité, en coordination avec le ministère de la Communication afin d’assurer la cohérence de la communication gouvernementale. Enfin, lorsque les enjeux diplomatiques ou géopolitiques sont particulièrement importants, le dossier est porté à la Présidence de la République, après que le ministre des Affaires étrangères a présenté au Chef de l’État une analyse des risques et des conséquences, avec l’appui de son équipe de communication stratégique. Si le gouvernement est aujourd’hui contraint de prendre publiquement ses distances, cela traduit moins une erreur individuelle qu’une faiblesse des mécanismes institutionnels de coordination, de validation et de contrôle de la communication stratégique de l’État. Dans une diplomatie moderne, les communications à forte portée politique ne sont pas des initiatives personnelles ; elles sont institutionnelles, coordonnées et validées en amont afin de protéger les intérêts de l’État, de préserver sa crédibilité internationale et d’éviter précisément ce type de controverse.
Dr Aboubacar Touré






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