Réponse à la lettre de Maurice Bandama

Le 16 juillet 2026, Monsieur Maurice Kouakou Bandama, ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, a rendu publique une lettre de protestation dans laquelle il accuse Jean-Luc Mélenchon d’avoir tenu des propos discourtois et condescendants à l’encontre d’Alassane Ouattara. Il est même allé jusqu’à évoquer la possibilité d’une plainte contre le leader de « La France insoumise ». En réalité, Jean-Luc Mélenchon a exprimé une appréciation critique sur la manière dont Ouattara est arrivé au pouvoir et sur sa gouvernance.

La protestation de Bandama me semble inopportune, d’abord parce qu’Alassane Ouattara n’est pas la Côte d’Ivoire, même si l’individu considère notre pays comme une propriété privée qu’il peut léguer tranquillement à son petit-frère. Aucun chef d’État, aussi puissant soit-il, ne peut prétendre incarner à lui seul une nation. Dans toute démocratie, les gouvernants doivent accepter que leur bilan soit discuté, analysé et parfois sévèrement contesté.

Ensuite, si Jean-Luc Mélenchon a rappelé des faits établis (intervention de l’armée française pour l’installation de Ouattara au pouvoir, crimes contre l’humanité, troisième et quatrième mandats anticonstitutionnels, rejet de la candidature de ceux qui pouvaient battre Ouattara à l’élection présidentielle d’octobre 2025, etc.), la meilleure manière de lui répondre n’est pas de brandir la menace judiciaire, mais de démontrer, preuves à l’appui, que ses affirmations sont inexactes. Le débat démocratique repose sur l’échange d’arguments et non sur l’intimidation.

 

Côte-d’Ivoire: Mélenchon a-t-il vraiment menti en dénonçant une présidentielle verrouillée en Côte d’Ivoire ?

Par ailleurs, Maurice Bandama devrait garder à l’esprit que la liberté d’expression constitue un principe fondamental de la vie politique française. Les dirigeants français, de droite comme de gauche, sont régulièrement critiqués avec une grande vigueur sans que cela ne donne systématiquement lieu à des poursuites. Jean-Luc Mélenchon, comme tout responsable politique français, bénéficie de cette liberté dans le cadre fixé par la loi. Vouloir faire taire une opinion politique parce qu’elle déplaît risque d’être perçu comme une remise en cause de cette tradition démocratique.

Une autre question mérite d’être posée: peut-on invoquer la souveraineté nationale avec autant de force alors qu’on a attribué des marchés de gré à gré à Jean-Marc Simon (ancien ambassadeur à Abidjan) et à Gérard Longuet (ancien ministre de la Défense), alors que des pans entiers de notre économie sont aujourd’hui entre les mains des Français ? Les débats sur l’influence économique, diplomatique et politique de la France en Côte d’Ivoire ne peuvent être écartés d’un revers de main et méritent une discussion sereine, fondée sur des faits plutôt que sur des réactions passionnelles.

Enfin, je trouve peu judicieux de transformer un désaccord politique en conflit personnel avec une personnalité susceptible d’exercer demain les plus hautes responsabilités de l’État français. En diplomatie comme en politique, la prudence recommande de privilégier le dialogue et l’argumentation plutôt que l’escalade verbale. Car les intérêts des États sont permanents, tandis que les polémiques passent.

Jean-Claude Djéréké

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Retour en haut