Côte d’Ivoire : l’orpaillage clandestin, une menace grandissante pour les forêts et les ressources en eau

Ils avaient été prévenus. Il y a quelques années, des voix s’étaient élevées depuis la Guinée voisine pour alerter les autorités et les populations ivoiriennes de l’arrivée imminente de vagues d’orpailleurs clandestins vers les terres ivoiriennes. Hélas, la Côte d’Ivoire a laissé le phénomène prendre de l’ampleur. Aujourd’hui, le pays est confronté à un désastre écologique et humain d’une ampleur inédite. En première ligne, la Gendarmerie nationale et les Eaux et Forêts mènent une guerre d’usure pour préserver ce qu’il reste du patrimoine forestier national.

De Korhogo à Aboisso, un fléau qui gagne tout le territoire

C’est l’histoire d’un désastre annoncé que beaucoup ont préféré ignorer. Alors que la Guinée renforçait la lutte contre l’exploitation illégale de l’or sur son territoire, de nombreux orpailleurs clandestins ont pris la direction de la Côte d’Ivoire.

Les signaux d’alerte étaient pourtant nombreux. Mais par négligence, par complicité ou par appât du gain, le phénomène s’est progressivement installé.

Aujourd’hui, le constat est alarmant : des forêts classées dévastées, des rivières contaminées au mercure et des terres agricoles profondément dégradées. De l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, presque aucune région n’échappe désormais à ce fléau qui fragilise les ressources naturelles du pays.

Le poison dans les veines de la nation

Dans les forêts classées de la région du Poro, au nord du pays, le mode opératoire des exploitants clandestins est bien connu.

Interrogés après leur interpellation, plusieurs d’entre eux décrivent le processus :

« Une fois arrivés sur le terrain, on repère un endroit, on creuse des puits de 20 à 30 mètres jusqu’à atteindre la roche. Ensuite, on broie la pierre à la machine et on extrait l’or avec du mercure. On obtient une pâte que l’on chauffe avant de récupérer l’or, revendu environ 12 500 FCFA le gramme. »

Derrière cette méthode se cache une catastrophe environnementale. L’utilisation du mercure contamine durablement les sols et les cours d’eau, tandis que les excavations détruisent les terres agricoles et les écosystèmes. Les rivières deviennent impropres à la consommation et les paysages sont profondément défigurés.

La riposte des Eaux et Forêts et de la Gendarmerie

Face à cette menace, les autorités ont renforcé les opérations de lutte contre l’orpaillage clandestin. Sur le terrain, les agents des Eaux et Forêts, notamment ceux de la SODEFOR, et la Gendarmerie nationale multiplient les interventions.

Dans le Nord : la SODEFOR intensifie les opérations

Dans la réserve de Badénou, située sur le territoire du village de Tiébila, dans la sous-préfecture de Nafoun, une unité de la SODEFOR venue d’Abidjan a mené une importante opération.

Le bilan fait état de treize orpailleurs clandestins interpellés en flagrant délit, de plusieurs campements détruits ainsi que de la saisie et de la destruction de pelleteuses et de motopompes utilisées pour l’exploitation illégale.

Le commandant Diabaté Kalifa, responsable de la SODEFOR à Korhogo, a rappelé la position des autorités :

« Nous demandons à tous ceux qui souhaitent exercer cette activité de se mettre en règle avec le ministère des Mines afin d’obtenir les autorisations requises. Notre mission est de protéger les forêts classées et nous poursuivrons ce combat avec détermination. »

Dans le Sud : la Gendarmerie accentue la pression à Aboisso

Dans la région d’Aboisso, la Gendarmerie nationale poursuit également ses opérations de démantèlement des sites d’exploitation illégale.

Les brigades territoriales multiplient les patrouilles, procèdent à des interpellations et s’emploient à démanteler les réseaux logistiques qui alimentent ces exploitations clandestines.

Un combat qui nécessite l’implication de tous

L’efficacité de cette lutte dépend également de la collaboration des populations riveraines. Lorsque les habitants signalent les activités suspectes aux autorités, les interventions sont plus rapides et les sites peuvent être neutralisés avant de causer des dégâts irréversibles.

La législation ivoirienne est pourtant sans ambiguïté : l’exploitation artisanale de l’or est autorisée lorsqu’elle respecte le Code minier et les règles environnementales en vigueur. En revanche, l’orpaillage clandestin constitue une activité illégale passible de poursuites.

La Côte d’Ivoire est aujourd’hui confrontée à un choix majeur. Tolérer davantage cette exploitation illégale reviendrait à compromettre durablement ses ressources naturelles, son agriculture et la qualité de vie des générations futures. Les opérations menées par les forces de sécurité témoignent de la volonté de l’État de reprendre le contrôle, mais la réussite de cette lutte dépendra également de la vigilance et de l’engagement de l’ensemble des citoyens.

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Retour en haut