
Abidjan – Koumassi Campement. Sous une pluie persistante, les habitants avancent prudemment entre les gravats, les tôles déformées et les morceaux de murs effondrés. Cinq jours après l’opération de déguerpissement qui a rasé une partie de ce quartier populaire, le paysage ressemble à celui d’une zone sinistrée. Là où s’élevaient encore récemment des habitations familiales, il ne reste désormais qu’un vaste champ de ruines.
Pour de nombreuses familles, le choc est encore difficile à surmonter. Sans logement et souvent sans ressources suffisantes pour se reloger rapidement, plusieurs sinistrés continuent de vivre dans une grande précarité. Certains ont trouvé refuge dans des établissements scolaires ou chez des proches, tandis que d’autres reviennent quotidiennement sur les lieux pour tenter de récupérer quelques biens épargnés par les bulldozers.
« Je cherche encore des affaires que je ne retrouve pas », confie Fofana Souleymane, le regard perdu au milieu des décombres.
« Ils ont tout cassé, sans nous prévenir »
Parmi les habitants rencontrés, nombreux sont ceux qui dénoncent la brutalité de l’opération. Plusieurs affirment ne pas avoir été suffisamment informés avant le début des démolitions.
Paré Mouhamed, chauffeur de profession, estime avoir évité le pire grâce à l’intervention rapide de son fils.
« Je travaillais au moment de l’opération. Mon fils a pu retirer nos affaires avant l’arrivée des engins. Sans lui, nous aurions tout perdu », raconte-t-il.
Le sentiment d’injustice demeure particulièrement vif chez Sangaré Yacoub, qui affirme avoir vu disparaître plusieurs concessions appartenant à sa famille.
« Nous avions plusieurs cours ici. Ils ont tout cassé sans nous prévenir. Certains reviennent encore chercher des objets sous les gravats, mais souvent sans succès. Heureusement, un voisin a retrouvé les 400 000 francs qu’il avait cachés dans sa maison. Ce déguerpissement fait très mal. Aujourd’hui, nous nous en remettons à Dieu », déclare-t-il.
Une détresse aggravée par la saison des pluies
Au-delà de la perte matérielle, les habitants soulignent les difficultés liées au contexte actuel. La saison des pluies rend les conditions de vie particulièrement éprouvantes pour les familles déplacées.
« Nous sommes en pleine saison des pluies et nos enfants passent actuellement leurs examens. C’est vraiment difficile à vivre », déplore Camara Ladji.
Dans les rues transformées en terrains boueux, des femmes tentent encore de récupérer quelques ustensiles ou vêtements ensevelis sous les décombres. Les enfants, eux, observent en silence ce décor devenu méconnaissable.
Les décombres deviennent une source de revenus
Au milieu de cette détresse collective, une autre réalité s’impose progressivement. Plusieurs jeunes fréquentent désormais quotidiennement le site pour récupérer des matériaux métalliques abandonnés après les démolitions.
Fers à béton, tôles, charpentes métalliques et autres objets recyclables sont collectés puis revendus aux ferrailleurs.
« On récupère ce qu’on peut. Après, on le fait peser et on gagne un peu d’argent », explique l’un de ces jeunes, visiblement embarrassé de tirer profit d’une situation aussi douloureuse pour les anciens habitants.
Un drapeau ivoirien au-dessus des ruines
Au milieu de ce paysage de désolation, un détail attire pourtant immédiatement l’attention : un drapeau ivoirien flottant au-dessus des gravats.
Pour certains habitants, ce drapeau symbolise l’espoir de reconstruire un jour ce qui a été perdu. Pour d’autres, il représente simplement l’attachement à cette terre où ils ont vécu pendant des années.
Face aux ruines, ce morceau de tissu orange, blanc et vert apparaît comme un rappel silencieux que derrière chaque maison détruite se trouvent des familles, des souvenirs et des vies bouleversées.
En attendant une solution durable, les habitants déguerpis de Koumassi Campement espèrent désormais un accompagnement des autorités afin de retrouver un logement et reconstruire leur avenir.
Avec Lebanco.net





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