IRM au CHU de Cocody : le parcours du combattant des patients
Imaginez un patient de 78 ans vivant à Bonoua ou Agboville. À la suite d’une consultation médicale, son médecin lui prescrit une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) de la prostate au CHU de Cocody. Le rendez-vous est fixé à 7 heures du matin. Pour permettre au malade de s’y rendre, la famille se mobilise : location d’un véhicule, organisation du transport, départ à l’aube pour rejoindre Abidjan dans les meilleures conditions possibles.
L’IRM coûte 150 000 FCFA sans compter les médicaments.
À son arrivée, le patient pense naturellement être pris en charge à l’heure indiquée sur sa convocation.
Mais la réalité est toute autre.

Les minutes deviennent des heures. L’attente se prolonge dans les couloirs de l’hôpital. Fatigue, inquiétude, inconfort : autant d’épreuves qui s’ajoutent à celles de la maladie.
Ce n’est finalement qu’aux environs de 14 heures, soit près de sept heures après l’heure prévue, que le patient est enfin admis au service d’IRM du CHU de Cocody pour son examen.
Après environ deux heures de procédure, lui et sa famille espèrent au moins repartir avec un compte rendu ou une indication sur la disponibilité prochaine des résultats.
Là encore, la déception est au rendez-vous.
L’examen est réalisé le jeudi, mais les résultats ne seront disponibles que le mercredi suivant.
Près d’une semaine d’attente.
Une semaine pendant laquelle le patient, ses proches et son médecin demeurent dans l’incertitude. Une semaine durant laquelle une pathologie peut évoluer. Une semaine au cours de laquelle une prise en charge thérapeutique peut être retardée faute d’un diagnostic définitif.
Cette situation soulève une question fondamentale : pourquoi de tels délais ?
Certes, personne n’ignore les difficultés auxquelles est confronté le système hospitalier ivoirien : manque de spécialistes, affluence croissante des patients, insuffisance de certains équipements et contraintes budgétaires persistantes.
Mais ces réalités peuvent-elles à elles seules justifier plusieurs heures d’attente pour un examen programmé et près de six jours supplémentaires pour obtenir les résultats ?
Dans de nombreux pays, les services d’imagerie médicale parviennent à fournir les comptes rendus dans les heures qui suivent l’examen. En cas d’urgence, les résultats sont parfois disponibles le jour même.
L’objectif n’est pas de comparer systématiquement la Côte d’Ivoire aux pays les plus développés, mais de s’interroger sur les marges d’amélioration possibles dans l’organisation des soins.

Car derrière chaque dossier médical se trouve un être humain.
Derrière chaque retard se cache une inquiétude.
Derrière chaque semaine d’attente, il y a une famille qui espère, qui s’interroge et qui redoute parfois le pire.
L’accès à des équipements modernes est une avancée incontestable. Mais la qualité du système de santé se mesure également à sa capacité à accueillir les patients avec dignité, à respecter les rendez-vous fixés et à réduire les délais de traitement des examens.
Pour ce patient de 78 ans venu du pays profond, les sept heures d’attente avant l’examen et les six jours nécessaires pour obtenir les résultats ne constituent pas un simple désagrément administratif.
Ils représentent une véritable épreuve humaine.
Une épreuve que notre système de santé doit s’efforcer de réduire au nom de l’efficacité, de l’humanité et du respect dû aux patients.
Encadré:
À cette longue attente s’ajoute une autre réalité : le coût élevé de l’examen. Pour réaliser cette IRM de la prostate au CHU de Cocody, la famille doit débourser environ 150 000 francs CFA, sans compter les frais de transport, la location éventuelle d’un véhicule, les repas et les autres dépenses liées au déplacement depuis l’intérieur du pays.
Pour de nombreuses familles ivoiriennes, une telle somme représente plusieurs semaines, voire plusieurs mois de revenus.
Dès lors, une question s’impose : lorsqu’un patient consent un tel sacrifice financier pour accéder à un examen médical spécialisé, n’est-il pas en droit d’attendre un service plus fluide, un respect raisonnable des horaires et des délais de restitution compatibles avec l’urgence de sa situation ?
Le problème n’est pas uniquement médical. Il touche également à la qualité du service public hospitalier et au respect dû aux patients.
Car lorsqu’un malade âgé de 78 ans quitte Alépé ou Agboville avant l’aube pour un examen facturé 150 000 FCFA, attend près de sept heures avant d’être pris en charge, puis doit patienter presque une semaine pour connaître les résultats, le sentiment qui domine est celui d’un système qui fait peser sur les patients une charge déjà trop lourde.
La modernisation du système de santé ne se mesure pas seulement à l’acquisition d’équipements sophistiqués. Elle se mesure aussi à la capacité des établissements à placer le patient au centre de leurs préoccupations.






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