Insalubrité morbide, hygiène et santé publique en Côte d’Ivoire: les 72 heures d’Amédé Koffi Kouakou suffiront-elles ?

 

Les problèmes d’hygiène et de santé publique font-ils réellement partie des priorités nationales ? À voir l’état de nombreuses villes ivoiriennes, la question mérite d’être posée.

Ce n’est pas seulement Abidjan qui est confrontée à l’accumulation des déchets, aux insuffisances du drainage des eaux pluviales ou à l’insalubrité de certains quartiers. De nombreuses villes de l’intérieur connaissent les mêmes difficultés, souvent dans une relative indifférence médiatique.

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que les maladies liées à l’environnement, à l’eau stagnante ou à la mauvaise gestion des déchets continuent d’affecter la santé des populations. Les conséquences sont particulièrement lourdes pour les personnes les plus vulnérables, notamment les adultes âgés de 45 à 60 ans et les personnes souffrant de pathologies chroniques.

Face à la multiplication des dépôts sauvages d’ordures et aux perturbations observées dans plusieurs communes d’Abidjan, le ministre de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité, Amédé Koffi Kouakou, a convoqué les principaux acteurs de la filière déchets. Son objectif est clair : rétablir la situation dans un délai de 72 heures.

« Dans trois jours, Abidjan doit redevenir propre », a-t-il déclaré à l’issue d’une réunion avec les entreprises spécialisées dans la collecte et le traitement des déchets.

Cette réaction témoigne d’une prise de conscience des autorités. Des mesures d’urgence ont été annoncées : augmentation des rotations de collecte, accélération des travaux sur les sites de traitement, création d’espaces temporaires de stockage et amélioration des capacités d’enfouissement.

Mais au-delà de l’urgence, une question demeure : les problèmes actuels sont-ils conjoncturels ou révèlent-ils des insuffisances structurelles plus profondes ?

Certes, la responsabilité citoyenne existe. L’incivisme, les dépôts anarchiques d’ordures et le non-respect des règles élémentaires d’hygiène contribuent à la dégradation du cadre de vie. Toutefois, il serait simpliste de faire porter l’essentiel de la responsabilité aux seules populations.

Un simple constat s’impose : les quartiers les plus aisés d’Abidjan bénéficient généralement d’un entretien plus régulier, d’infrastructures plus performantes et d’un environnement plus sain que de nombreux quartiers populaires. Cette réalité met en lumière une inégalité dans l’accès aux services urbains de base.

La salubrité est donc à la fois une question de comportement collectif et de volonté politique. Sans investissements durables dans l’assainissement, le drainage, la collecte des déchets, le traitement des eaux usées et l’éducation à l’hygiène, les mêmes crises continueront de se reproduire chaque année avec leur cortège d’inondations, d’épidémies et parfois de pertes en vies humaines.

Le ministre rappelle que le traitement d’une tonne de déchets coûte environ 40 000 FCFA à l’État. Ce chiffre illustre l’ampleur des moyens financiers mobilisés. Mais il rappelle également qu’une politique efficace de prévention et de gestion durable pourrait s’avérer moins coûteuse que la répétition permanente des opérations d’urgence.

Les 72 heures annoncées permettront peut-être d’améliorer temporairement la situation à Abidjan. Mais le véritable défi reste celui d’une transformation durable du système de gestion des déchets et de l’assainissement à l’échelle nationale.

Car, au fond, l’état de salubrité d’une ville demeure le reflet des priorités réelles des pouvoirs publics autant que du comportement collectif de ses habitants.

Une rue à Abidjan lundi 1er juin 2026

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