
Entre expropriations forcées, orpaillage clandestin et accusations de dysfonctionnements sécuritaires et judiciaires, la forêt classée de Goin-Débé est devenue le théâtre d’un conflit explosif dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.
Au cœur de cette affaire qui secoue la région de Guiglo, un homme cristallise les tensions : Ehoussou Koffi Fabrice, surnommé par certains « le Dieu de Goin-Débé ». Originaire de Bocanda, il est accusé par plusieurs collectifs de planteurs d’avoir progressivement bâti un vaste empire agricole et minier baptisé « Canaan », estimé à près de 9 000 hectares.
De médiateur foncier à homme fort de Goin-Débé
Selon plusieurs témoignages recueillis auprès de planteurs de la zone, l’affaire remonterait aux lendemains de la crise postélectorale de 2010-2011. À cette époque, Ehoussou Koffi aurait été introduit comme intermédiaire chargé d’aider les exploitants agricoles à récupérer leurs parcelles et à régulariser leur situation administrative.
En contrepartie, près de 200 hectares lui auraient été rétrocédés.
Mais, selon les plaignants, cette influence initiale aurait progressivement débordé ce cadre pour s’étendre sur plusieurs milliers d’hectares de plantations de cacao et de café. Des producteurs affirment avoir été contraints d’abandonner des exploitations arrivées à maturité après plusieurs années de travail.
Des sources locales évoquent des méthodes d’intimidation et de démonstration de force menées par des groupes organisés qui interviendraient directement dans les campements agricoles afin de pousser certains exploitants à quitter leurs terres.
L’orpaillage clandestin au cœur des soupçons
Au-delà des activités agricoles, le site de « Canaan » serait également devenu un important foyer d’orpaillage clandestin.
Cette exploitation aurifère illégale nourrit de nombreuses interrogations sur les réseaux de protection dont bénéficierait l’organisation sur le terrain. Dans cette zone forestière stratégique de l’ouest ivoirien, plusieurs observateurs évoquent l’existence de complicités locales permettant la poursuite des activités malgré les dénonciations répétées.
Violences, plaintes et climat de peur
Le dossier a pris une tournure encore plus préoccupante avec des accusations de violences physiques et de traitements dégradants.
Plusieurs plaintes accompagnées de certificats médicaux auraient été déposées par des victimes présumées. Des vidéos relayées dans les réseaux communautaires montreraient également des scènes de châtiments corporels infligés à certains récalcitrants.
La tension est montée d’un cran après des affrontements signalés le 27 avril dernier dans plusieurs campements de la zone. Selon des témoignages locaux, un homme serait décédé le lendemain après avoir reçu des coups lors d’une altercation.
Pour l’heure, aucune expertise médico-légale officielle n’a encore établi avec certitude le lien direct entre ce décès et les violences dénoncées.
La gendarmerie et la justice de Guiglo sous pression
Face à la multiplication des incidents, plusieurs représentants des planteurs dénoncent ce qu’ils considèrent comme des blocages au niveau des services de sécurité et de la chaîne judiciaire.
Le Commandant de Brigade de la gendarmerie de Guiglo est notamment accusé par certains plaignants de ne pas donner suite aux procédures engagées contre l’entourage de Ehoussou Koffi.
Dans le même temps, des porte-paroles de collectifs de planteurs ont été placés sous contrôle judiciaire dans le cadre d’une procédure pour « trouble à l’ordre public », une décision perçue par les contestataires comme une tentative d’intimidation judiciaire.
Un risque d’embrasement communautaire
Conscients des risques de déstabilisation dans une région historiquement marquée par les tensions foncières, plusieurs représentants des planteurs ont sollicité la médiation des autorités traditionnelles Guéré et Wê.

Mais sur le terrain, la colère monte.
Dans cette partie sensible de l’ouest ivoirien, où les équilibres communautaires demeurent fragiles, l’impression d’impunité autour du dossier « Canaan » alimente les frustrations et les risques d’escalade.
De nombreuses voix appellent désormais l’État ivoirien à diligenter rapidement des inspections administratives, sécuritaires et judiciaires indépendantes afin de faire toute la lumière sur la situation à Goin-Débé.
Car au-delà d’un simple conflit foncier, c’est désormais la question de l’autorité de l’État, de la protection des populations rurales et de la gestion des ressources naturelles qui se trouve posée dans cette zone stratégique de l’ouest ivoirien.
Avec Enquetemedia.info

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