Dossier / Tabagisme : risques liés et idées préconçues – Le regard d’un expert en pneumophtisiologie

Interview / Dr Djè-Bi, médecin spécialiste de pneumophtisiologie (PPH) au CHU de Bouaké : « Selon l’OMS, une seule séance de chicha équivaut à fumer entre 20 et 50 cigarettes »

Le tabac tue. Ceci n’est plus à démontrer. Chaque année ce sont des milliers de décès qui sont enregistrés du fait de la fumée. Mais ils sont encore nombreux ces accrocs à la cigarette qui bravent cette réalité. Dans cette interview, Dr Djè-Bi médecin spécialiste au CHU de Bouaké révèle les facteurs de risque et avertit encore ceux qui restent réticents malgré tout

Dr, quelles sont les idées préconçues liées au tabagisme ?

Elles sont nombreuses. Il y a les fausses croyances souvent déculpabilisantes qui persistent malgré les preuves scientifiques. Ce sont entre autres, celles qui tendent à faire croire que la chicha est une alternative saine à la cigarette. Or, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une seule séance de chicha équivaut à fumer entre 20 et 50 cigarettes, voire plus, selon sa durée. Autre idée préconçue, penser que les cigarettes « légères » (light) sont moins dangereuses ou encore que fumer peu, par exemple 2 ou 3 cigarettes par jour, n’est pas grave. Toujours selon de fausses croyances, le tabac à rouler est plus naturel et moins nocif et que faire du sport ou boire du lait permet de nettoyer les poumons; tout comme faire croire que le tabagisme ne concerne que le fumeur alors que la fumée secondaire (tabagisme passif) présente des risques graves pour l’entourage, en particulier pour les enfants (infections respiratoires, asthme). En outre, dire que c’est trop tard pour arrêter de fumer est faux. En effet, l’arrêt du tabac apporte des bénéfices immédiats. Après quelques années, les risques de maladies (comme les AVC ou les cancers) diminuent considérablement, quel que soit l’âge auquel on arrête. Dans l’élan des idées préconçues, il se raconte que fumer permet de gérer le stress ou de maigrir. C’est en partie lié à la nicotine qui est un coupe-faim et un stimulant. Cependant, le tabac augmente en réalité l’anxiété globale et, à long terme, sa consommation est une source majeure de problèmes de santé.

Selon vous, que devraient savoir les populations au sujet du tabagisme ?

Les populations devraient savoir que le tabagisme est la principale cause de décès évitables dans le monde. En effet, la fumée du tabac contient des milliers de substances chimiques, dont de nombreuses sont cancérigènes (goudrons, monoxyde de carbone). Le tabagisme est le principal facteur de risques des cancers (notamment du poumon), des maladies cardiovasculaires (crises cardiaques, AVC) et des maladies respiratoires chroniques. Pour s’en protéger, les populations devraient savoir que le tabac est une addiction dévastatrice, que le vapotage n’est pas une alternative sans danger et que le tabagisme passif met également la vie d’autrui en danger.

En tant que spécialiste, quels conseils pourriez-vous donner aux fumeurs qui voudraient arrêter la cigarette, mais qui ont du mal à s’en défaire ?

Arrêter de fumer est un défi majeur, mais à cause de la dépendance à la nicotine, les échecs de sevrage sont fréquents. Il faut de la volonté, mais surtout, demandez un accompagnement médical. Consultez un médecin, voire un pneumologue, il peut vous prescrire des substituts nicotiniques (patchs, gommes, inhaleurs) ou des traitements adaptés pour réduire considérablement le manque physique.

SD à Abidjan

sdebailly@yahoo.fr

Encadré / Sport et tabac : comment la Fifa a freiné les firmes du tabac dans le football

Légende : La Fifa s’est engagée pour un football sans tabac. Le mondial 2026 n’y échappera pas (Photo DR)

A un moment où la.lutte contre le tabagisme dans tous les milieux prend de l’ascendant, l’on verrait mal l’influence de l’industrie du tabac dans le sport. Des firmes qui sponsorisent des compétitions sportives, des enseignes qui s’affichent dans les stades, des supporters qui ne se gênent pas de fumer dans les tribunes. C’était comme si le tabac n’avait plus de limites dans ses conquêtes.

Dans le domaine du football, la.Fifa, faîtière mondiale du sport roi, a compris à un moment donné qu’il y avait urgence à agir pour mettre fin à un paradoxe. Un produit nocif qui soutient une activité ne faisant pas bon ménage avec la fumée.

Les premières initiatives voient le jour dès 1986 quand la FIFA a coupé les ponts avec les firmes du tabac, à une époque où Marlboro, Camel et consorts finançaient prioritairement le sport auto, le tennis et le foot. Les initiatives de la Fifa ont suivi un enchaînement d’actions qui ont fini par briser l’emprise de ces multinationales du tabac. Lesdites actions sont les suivantes :

  1. Interdiction précoce des publicités tabac :
    Dès 1986, la FIFA annonce qu’elle n’acceptera plus aucune publicité ou sponsoring de l’industrie du tabac pour ses compétitions.
  2. Usage de son poids réglementaire
    En tant qu’instance dirigeante, la FIFA édicte les règles applicables à toutes les compétitions qu’elle organise : Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, Uefa champion’s league, coupe d’Afrique… Elle a intégré l’interdiction du sponsoring tabac dans ses règlements commerciaux. Résultat : aucun tournoi FIFA ne peut afficher un logo de cigarettier.
  3. Politique « stades sans tabac » :
    Depuis les années 2000, la FIFA pousse les sites sans tabac. Le cas le plus visible est celui de la Coupe du monde Qatar 2022. Une collaboration avec l’OMS et le ministère qatari de la santé pour interdire de fumer dans les stades et zones supporters. 80 inspecteurs ont été déployés pour faire respecter l’interdiction.
  4. Isolement médiatique et normatif
    En refusant le sponsoring et en imposant des stades sans fumée, la FIFA a retiré au tabac la visibilité massive que donne le foot mondial. Sans exposition télé, l’intérêt des cigarettiers s’est effondré. L’OMS cite la FIFA comme pionnière dans la lutte antitabac dans le sport.

Si cette expérience a marché, cela est dû à la place qu’occupe le football dans l’opinion sportive mondiale. Le football a un impact mondial. « on ne veut pas être associé à un produit qui tue 7 millions de personnes par an », semblait alerter la Fifa. Une belle tentative qui a seduit bien de fédérations sportives. Les autres fédérations ont suivi, et aujourd’hui le sponsoring tabac est banni par la plupart des grandes compétitions sportives.

SD à Abidjan

sdebailly@yahoo.fr

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