Macron panafricaniste ? Une ridicule prétention

Depuis Nairobi (Kenya), où il s’est rendu dans le cadre du sommet France-Afrique rebaptisé Africa Forward, Emmanuel Macron s’est permis de se présenter comme un vrai panafricaniste. Une déclaration qui a surpris et choqué beaucoup d’Africains. Car, si le président français se présente comme un vrai panafricaniste, cela signifie implicitement qu’il existerait de faux panafricanistes. Mais qui vise-t-il exactement ?

Probablement ceux qui dénoncent la présence des bases militaires françaises en Afrique, ceux qui refusent l’ingérence de Paris dans les affaires intérieures des États africains, ceux qui réclament la fin du franc CFA et exigent une souveraineté économique réelle pour le continent.

Emmanuel Macron, vrai panafricaniste: il y a quelque chose d’indécent dans cette auto-proclamation. Voilà sans doute l’exploit qui manquait encore au palmarès symbolique de l’homme. Car en quoi le dirigeant d’un État néocolonialiste, prédateur et arrogant est-il panafricaniste ?

Le panafricanisme n’est pas un slogan de communication diplomatique. C’est une pensée politique et un combat historique portés par des figures comme Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Julius Nyerere ou encore Kadhafi. Tous avaient en commun une idée simple: l’Afrique doit être maîtresse de son destin, libre de ses choix économiques, politiques et militaires.

Or, peut-on sérieusement parler de panafricanisme quand la France continue d’avoir des bases militaires sur le continent ? Peut-on se dire panafricaniste lorsqu’on défend un système monétaire comme le franc CFA, que beaucoup d’intellectuels africains considèrent comme un instrument de domination économique ? Plusieurs économistes et militants ont d’ailleurs qualifié cette monnaie de survivance coloniale, certains allant jusqu’à la comparer à un mécanisme conçu pour maintenir l’Afrique dans une dépendance structurelle.

Le panafricanisme ne consiste pas non plus à restituer quelques œuvres d’art africaines conservées dans des musées européens. Certes, ces restitutions peuvent être saluées comme des gestes symboliques importants. Mais elles ne suffisent pas à faire de leur auteur un panafricaniste. De même, organiser des manœuvres militaires conjointes avec certains États africains ne transforme pas automatiquement une puissance étrangère en alliée du projet panafricain.

Être panafricaniste, ce n’est pas chercher à conserver son influence sur le continent tout en changeant simplement le vocabulaire de la relation. Rebaptiser un sommet « Africa Forward » ne change pas la nature profonde des rapports entre la France et certaines élites africaines. Derrière les mots modernes et les discours séduisants, beaucoup d’Africains continuent de voir les mêmes mécanismes d’influence, les mêmes réseaux d’intérêts et parfois les mêmes réflexes paternalistes.

Dire qu’Emmanuel Macron est panafricaniste relève donc de l’abus de langage, voire du sacrilège politique. Le panafricanisme est une lutte pour l’émancipation de l’Afrique, pas une posture adoptée depuis l’Élysée. Ce qui honorerait le président français, ce ne serait pas d’user de mensonges pour espérer séduire l’Afrique, mais de respecter réellement la souveraineté des peuples africains. Cela supposerait d’abord de reconnaître la traite négrière comme le plus grave crime contre l’humanité et de cesser de s’immiscer dans les affaires politiques africaines, de ne plus chercher à influencer les choix électoraux ou stratégiques des États du continent et de laisser les Africains définir eux-mêmes leur avenir.

Par ailleurs, la France traverse aujourd’hui des difficultés économiques et sociales importantes. Inflation, dette publique, tensions sociales, perte d’influence internationale: les défis sont nombreux. Certains analystes vont jusqu’à dire que le pays risque un déclassement progressif en Europe. Dans ce contexte, Emmanuel Macron ferait mieux de concentrer ses efforts sur les problèmes de son propre pays au lieu de vouloir redéfinir ce qu’est ou devrait être le panafricanisme.

L’Afrique n’a pas besoin de panafricanistes auto-proclamés depuis l’extérieur, ni d’Africains larbins et inconscients ayant pour seule ambition d’être photographiés ou de manger avec Macron. Elle a besoin de liberté, de respect et de dirigeants capables de défendre ses intérêts sans dépendance ni soumission. Le véritable panafricanisme naîtra des peuples africains eux-mêmes, de leur capacité à s’unir, à protéger leurs ressources et à construire des institutions fortes.

Et cela, aucun président français, aussi habile soit-il en communication, ne pourra le faire à leur place.

Jean-Claude Djéréké

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