Guinée : Mamadi Doumbouya, albinos, croyances et zones d’ombre du pouvoir

Depuis l’arrivée au pouvoir de Mamadi Doumbouya en septembre 2021, une série de faits alimente les débats autour de la place des croyances mystiques dans les cercles du pouvoir guinéen. Marabouts, dozos, pratiques rituelles : autant d’éléments qui, bien que présents de longue date dans l’imaginaire politique africain, semblent aujourd’hui s’exprimer de manière plus visible.

Une tradition ancienne, entre réalité et perception

En Afrique de l’Ouest, les récits liés aux protections mystiques dans les sphères du pouvoir ne sont pas nouveaux. De Sékou Touré à Lansana Conté, en passant par Moussa Dadis Camara, ces pratiques ont souvent été évoquées, sans toujours être documentées de manière formelle. Alpha Condé fait figure d’exception relative dans ces récits.

Au-delà du continent, certaines figures politiques occidentales ont également été associées à des croyances similaires, à l’image de Jacques Chirac ou de François Mitterrand, illustrant l’universalité de ces pratiques, entre conviction personnelle et folklore politique.

Des signaux récents qui interrogent

Sous Mamadi Doumbouya, certains observateurs estiment que ces pratiques ne relèvent plus uniquement de la sphère privée. En avril 2026, une image largement relayée montre le chef de l’État entouré de deux militaires albinos, interprétée diversement : pour certains, un message inclusif ; pour d’autres, un symbole lié à des croyances protectrices.

Un autre épisode notable remonte à mars 2026, avec la nomination de Moriba Dantily Keïta, dit « commandant Kilo », à la tête d’une confrérie de dozos, chasseurs traditionnels associés à des pratiques initiatiques. Cette proximité affichée entre pouvoir politique et structures traditionnelles suscite interrogations et commentaires.

Rituels, symboles et communication politique

Dès 2022, une vidéo devenue virale montrait un proche du pouvoir, Léon Bangoura, procédant à un sacrifice rituel présenté comme destiné à « protéger » le pays après le coup d’État. Loin d’être démentie, cette séquence avait été assumée publiquement, alimentant les débats sur la frontière entre croyances, communication politique et stratégie d’influence.

Un contexte politique tendu

Ces éléments interviennent dans un climat politique marqué par des tensions persistantes en Guinée. Plusieurs organisations de défense des droits humains évoquent des disparitions et des arrestations de figures critiques du pouvoir. La mort en détention d’Aboubacar Sidiki Diakité en avril 2026 a notamment ravivé les inquiétudes.

Entre croyances et fragilité du pouvoir

Dans ce contexte, certains analystes interprètent la visibilité accrue de ces pratiques comme le reflet d’un pouvoir confronté à ses propres incertitudes. Arrivé à la tête de l’État par un coup d’État, Mamadi Doumbouya gouverne dans un environnement où la consolidation de l’autorité reste un enjeu central.

Entre traditions culturelles, perceptions populaires et stratégies politiques, la question des pratiques mystiques dans l’exercice du pouvoir demeure ainsi un sujet sensible, à la croisée de l’analyse politique et des représentations sociales.

Maïssata Koné-Dubois
Avec Mondafrique

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