Le 15 Avril dernier, le gouvernement ivoirien annonce la création du Fond Souverain Stratégique pour le Développement de la Côte d’Ivoire, le FSD-CI. Cela fut salué par la quasi-totalité de la classe politique, y compris des leaders de l’opposition. L’annonce a créé une sorte d’excitation, et on peut se demander si tout le monde est au même niveau d’information quand on parle de fond souverain. Il est fort à parier que beaucoup ne savent pas de quoi il en retourne réellement. La création d’un fond souverain vraiment fonctionnel obéit à des conditions que semble ne pas réunir la Côte d’Ivoire en l’état.
Aujourd’hui les fonds souverains qui font référence sont ceux de Norvège, de Chine, et des pays du Golfe. Et nous touchons là à une caractéristique essentielle des Fonds souverains, il s’agit d’une épargne alimentée par des excédents budgétaires, ou commerciaux. Des pays du Golfe et la Norvège dégagent chaque année des excédents budgétaires de leur production de pétrole et de gaz. La Chine dégage des excédents commerciaux. Ce sont ces excédents qui alimentent leurs fonds souverains.
Tous ces pays ( Koweit, Bahrein, Emirats , Chine, Qatar, Norvège ……) s’endettent très peu, voire quasiment pas. Ils n’enregistrent pas de déficits budgétaires. Car ce serait paradoxal de créer un fond souverain, alimenté par des recettes qui n’arrivent pas à couvrir toutes les dépenses inscrites au budget. Ainsi il n’est pas logique qu’un pays qui chaque année enregistre des déficits budgétaires, en d’autres termes un pays dont les recettes n’arrivent pas à couvrir toutes les dépenses, qui s’endette pour couvrir son budget, dispose d’un fond souverain où de l’argent est immobilisé. Ce ne fait pas sens.
Pourtant telle est la situation de tous ces pays africains ( environ 24 ) qui disposent aujourd’hui d’un fond souverain. Prenons le Sénégal. Avec une dette atteignant 132% du PIB, le pays est aujourd’hui le plus endetté d’Afrique, il a toutes les peines à honorer ses échéances de dette. Ce serait paradoxal qu’on trouve de l’argent dans son fond souverain alors qu’il a désespérément besoin de liquidités. Ce fond souverain doit être aujourd’hui vide. Celui des autres pays n’est pas mieux garni en ce moment car tous croulent sous les dettes, et ce serait illogique qu’ils détiennent une épargne immobilisée quelque part sur un fond souverain.
En Côte d’Ivoire la question n’est pas fondamentalement différente. Certes la dette n’est pas aussi alarmante ( 59,3% du PIB), le pays est très bien noté par les agences de notation. N’empêche que cette dette reste un fardeau. La Côte d’Ivoire détient la seconde plus importante dette vis à vis du FMI sur le continent derrière l’Egypte, chaque année elle lance emprunts sur emprunts parce que 45 à 50% du budget est financé par les dons et la dette. Créer un fond souverain dans ces conditions laisse dubitatif. Il sera alimenté par des ressources qui déjà n’arrivent pas à couvrir le budget. Le déficit budgétaire va davantage creuser, ce qui va accroître les besoins d’endettement du pays.
Les fonds souverains peuvent se justifier lorsqu’on dégage des excédents, budgétaires ou commerciaux de façon courante. Lorsque ce n’est pas le cas comme en Afrique, il vaut mieux s’en abstenir. Il faut plutôt chercher à contenir les dépenses et maîtriser le déficit budgétaire, pour limiter le recours aux emprunts. On ne peut pas emprunter pour financer ses dépenses, et de façon concomitante se constituer une épargne dans un fond souverain. Un chef de famille ne peut pas vouloir épargner alors que dans le même temps ses revenus ne lui permettent pas de faire face à ses charges ( électricité, eau, loyer, école des enfants ……).
En Côte d’Ivoire, d’importants gisements de pétrole vont ou sont entrés en exploitation. Les gisements « baleine » , » calao », et « calao south » doivent porter la production nationale à 300 000 barils / jour lorsqu’ils seront pleinement en exploitation. Le pays va peut-être enregistrer de formidables excédents budgétaires, si entre temps ses dépenses restent contenues. Pour autant ces excédents vont-ils s’inscrire dans la durée, ou seront-ils rapidement absorbés par une hausse des dépenses comme cela s’est vu ailleurs en Afrique ? La question reste posée.
Dans tous les cas, on en revient à la maîtrise des dépenses. C’est la clé. C’est par là qu’il faut commencer quand on veut mettre en place un fond souverain. Ne pas contenir les dépenses, enregistrer des déficits budgétaires année après année, comme c’est le cas pour la Côte d’Ivoire, c’est condamner à terme tout fonds souverain, qu’il soit « stratégique » ou pas. Ainsi les Fonds souverains en Afrique relèvent plus d’un effet de mode, que de la capacité des pays à mettre en place et à faire fonctionner ces fonds comme cela se voit ailleurs.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales







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