Un site en ligne ivoirien 1 a publié dans son édition du Lundi 20 avril 2026 un
article intitulé :
« Exclusif : voici le document déposé par Stéphane Kipré au Conseil de
discipline du PPA-CI ».
Ce document nécessite, selon nous, d’être interrogé tant sur ses fondements,
ses contradictions et ses angles morts. Qualifié de « Mémo », il se veut être
un exercice d’équilibre entre fidélité partisane et justification d’un acte grave
de désobéissance. À y regarder de près, il repose sur une série de tensions
non résolues, de glissements argumentatifs et de contradictions implicites qui
fragilisent profondément sa cohérence. Voyons ensemble !
- UNE LOYAUTÉ REVENDIQUÉE… MAIS CONTREDITE PAR LES FAITS
L’auteur, Stéphane Kipré, insiste longuement sur son engagement historique
au sein du PPA-CI et sur sa fidélité au Président Laurent Gbagbo. Cette
stratégie vise à construire une légitimité morale préalable. Cependant, cet
argument pose un problème fondamental. La loyauté politique ne se mesure
pas uniquement à l’ancienneté ou aux sacrifices passés, mais aussi au
respect des décisions collectives présentes. Or, en choisissant de se
présenter à une élection malgré une décision explicite de non-participation,
l’auteur, Stéphane Kipré reconnaît implicitement avoir rompu la discipline du
parti. Mais il tente de neutraliser cette rupture en invoquant son passé. C’est
un raisonnement très discutable. Le capital militant ne donne pas un droit de
dérogation aux règles collectives. - UNE CRITIQUE IMPLICITE DU PARTI… JAMAIS ASSUMÉE
Tout au long du texte, l’auteur développe une critique sévère de la stratégie du
parti à savoir : décisions “mal comprises”, militants “désorientés”,
“affaiblissement du rapport de force”, risque “d’effacement politique”.
Mais cette critique reste indirecte et atténuée, comme si elle ne voulait pas
assumer pleinement sa portée. Le problème ici est qu’on ne peut pas à la fois
contester profondément une ligne politique et affirmer ne pas s’opposer à
l’autorité du parti. Il y a visiblement ici une contradiction centrale. Soit la
décision du parti est légitime, alors elle doit être respectée. Soit elle est
dangereuse, alors il faut l’assumer clairement comme une contestation. Kipré
1 L’Infodrome
Stéphane tente de rester entre les deux positions, ce qui affaiblit son
argumentation.
- L’ARGUMENT D’AUTORITÉ AUTOUR DU PRÉSIDENT GBAGBO : UN
USAGE SÉLECTIF
L’un des piliers du texte repose sur une citation du Président Laurent Gbagbo
affirmant qu’il ne faut plus boycotter les élections. Mais cet argument est
problématique pour deux raisons :
a) La première raison : une contextualisation absente
La déclaration date de 2023, dans un contexte différent. Or les stratégies
politiques évoluent. Une position passée ne vaut pas règle absolue. L’auteur
transforme donc une déclaration circonstancielle en principe intangible.
b) La seconde raison : une contradiction implicite
Si Le président Laurent Gbagbo dirige le parti et que le parti décide le boycott
en 2025, alors soit la ligne a évolué, soit la décision actuelle reflète une
stratégie supérieure. En s’appuyant sur une ancienne déclaration pour
contester une décision actuelle,
l’auteur fragilise indirectement la cohérence du leadership qu’il prétend
défendre. - UNE JUSTIFICATION PAR LES RÉSULTATS… FRAGILE ET
OPPORTUNISTE
L’auteur affirme que sa circonscription a été gagnée et que le boycott a
entraîné la perte des bastions. Cet argument peut sembler séduisant, mais
très contestable :
a) Une généralisation abusive
Un succès local ne prouve pas la validité d’une stratégie nationale.
b) Un raisonnement a postériori
Le fait d’avoir gagné est utilisé pour légitimer une décision prise avant le
résultat. Or, en politique une décision doit être jugée sur ses principes et pas
uniquement sur ses conséquences favorables. Sinon, cela revient à dire : “J’ai
eu raison parce que j’ai gagné”. Ce qui est un raisonnement circulaire. - UNE TENTATIVE DE REDÉFINITION DE LA DÉSOBÉISSANCE
L’auteur cherche à requalifier son acte non comme une insubordination mais
comme une “alerte politique”. Cette requalification pose problème car dans un
parti structuré et sérieux une alerte se fait dans les instances internes. Et non
pas par une candidature en contradiction avec une décision officielle. Ainsi, ce
qu’il appelle “alerte” peut aussi être interprété comme une stratégie
individuelle habillée en geste collectif.
- UNE POSTURE FINALE DE FAUSSE MODESTIE… STRATÉGIQUEMENT
CONSTRUITE, PENSE-T-IL
Dans la dernière partie, l’auteur adopte une posture d’humilité marquée
acceptation d’être militant de base, une absence d’ambition personnelle et une
ouverture à la conciliation. Cette posture vise clairement, selon nous, à
désamorcer la sanction disciplinaire. Mais elle soulève cependant une
question. Si l’auteur est réellement dans une logique d’effacement, pourquoi
avoir pris une décision aussi frontalement contraire à la ligne du parti ?
Il y a ici une tension entre l’audace de l’acte passé et la modestie du discours
présent.
Ce décalage peut être perçu comme une stratégie de défense plutôt que
comme une conviction sincère.
En conclusion, Stéphane Kipré développe, selon nous, une défense habile
mais incohérente sur le fond. Son texte « Mémo » est politiquement intelligent,
mais fragile. Il repose sur trois tentatives simultanées : affirmer une loyauté
totale, justifier une désobéissance majeure et éviter toute rupture explicite
avec la direction. Or, ces trois objectifs sont difficilement compatibles. En
définitive, son mémo échoue à résoudre sa contradiction principale à savoir:
peut-on désobéir à une décision collective tout en revendiquant une fidélité
absolue à cette même collectivité ?
Dans son mémo, Kipré Stéphane répond implicitement oui. Mais politiquement
et organisationnellement, cette position reste hautement contestable.
©DR KOCK OBHUSU, Économiste – Ingénieur







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