Éducation: Déclaration du mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » sur les premières mesures du ministre Koffi N’guessan

Depuis sa nomination le 23 janvier 2026 en qualité de ministre de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique, monsieur Koffi N’guessan s’est donné pour feuille de route de relever sans tarder les défis posés à la nation par ce portefeuille ministériel, en apportant des solutions aux problèmes recensés et connus depuis de nombreuses années. A ce propos, il s’est attaqué, entre autres, aux problèmes de la vétusté des infrastructures scolaires (11 000 classe à réhabiliter d’urgence) et du déficit de professeurs de sciences dans les lycées et collèges.
Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » salue toutes les initiatives prises par le nouveau ministre de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique et l’encourage à continuer d’œuvrer avec les bonnes intentions et le volontarisme de technocrate qu’on lui reconnaît pour améliorer l’image et la qualité de notre système éducatif impactés par des problèmes structurels. Cette prise à bras le corps des multiples problèmes posés par notre système éducatif s’est imposée par la situation alarmante dans laquelle il se trouve.

Etat des lieux sommaire de l’école ivoirienne

Les dix ans de ministère de madame Kandia Camara Kamissoko (d’avril 2011 à avril 2021) se sont soldés par un déclassement de la Côte d’Ivoire marqué par un verdict accablant au rapport PASEC 2019 (Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN). La Côte d’Ivoire y a affiché des performances éducatives peu honorables, avec d’énormes défis à relever au niveau de l’acquisition des compétences de base. La Côte d’Ivoire a été classée avant-dernière des quatorze (14) pays d’Afrique francophone évalués. En fin de cycle primaire, 82,8% des élèves ont des difficultés en mathématiques pendant que 59,5% ne savent pas lire.
Professeur Mariatou Koné qui a succédé à madame Kandia Camara a suscité beaucoup d’espoir à sa nomination, surtout avec les Etats généraux de l’éducation nationale organisés du 19 juillet 2021 au 22 avril 2022. Malheureusement, les recommandations des EGENA n’ont pas été traduites en mesures concrètes. Et son passage à la tête du ministère n’a pas changé les choses. Aujourd’hui, monsieur Koffi N’guessan prend en main un système éducatif malade, en état de mort cérébrale au niveau de la qualité de la formation et de l’encadrement et incapable d’être à la hauteur du développement économique de la Côte d’Ivoire qui est la première puissance économique de l’UEMOA.

Les solutions du ministre et leurs limites

Le samedi 11 avril 2026, au Lycée technique et professionnel d’Ebimpé, monsieur Koffi N’guessan a annoncé, pour résoudre le déficit de professeurs de sciences, le recrutement et la formation en deux semaines de 1082 professeurs de collèges, de 214 professeurs de lycées et de 500 candidats du Centre d’animation et de formation pédagogique (CAFOP) de Yamoussoukro pour la discipline Physique-chimie. La date de leur prise de service dans leurs lieux d’affectation a été, elle aussi, annoncée. Elle a été fixée au 13 avril 2026. La durée de formation de ces enseignants contractuels pose, cependant, problème.

Quinze (15) jours sont-ils suffisants pour acquérir les connaissances et compétences nécessaires en didactique (générale et spécifique), en pédagogie, en docimologie, en psychopédagogie, etc. Posséder un savoir disciplinaire est une chose et savoir le dispenser en est une autre : les savoirs disciplinaires sont loin d’équivaloir aux compétences pédagogiques.

Il faut éviter que les contractuels soient vus comme des professeurs au rabais, sur le plan salarial et au niveau des compétences, et dispensant des enseignements, eux aussi, au rabais. Sans des enseignants performants, on ne peut pas avoir de système éducatif et des ressources humaines de qualité. La nécessité de pourvoir dans l’urgence des postes d’enseignants et de faire face à une pression sociale ne doit pas sacrifier la qualité de l’enseignement. C’est justement le peu d’égard à la qualité du système éducatif pour privilégier des statistiques trompeuses qui a été sanctionné par l’avant-dernière place au classement international de 2019.

En France, le parachutage en classe sans formation pédagogique des contractuels a été décrié par la presse, les parents d’élèves et des syndicats d’enseignants. Il faut donc éviter de copier des modèles qui vont nous créer plus de problèmes qu’ils n’en résolvent. Le recrutement d’urgence des enseignants contractuels ne doit pas être une norme parce que leur précarité profite au budget de l’Etat. Il doit rester un ajustement de court terme et non une situation pérenne qui va empêcher de chercher à résoudre la crise d’attractivité du métier d’enseignant en sciences. Peut-être faudrait-il rouvrir le concours d’accès à l’ENS après le Bac pour les mathématiques et sciences physiques puisqu’avec la Licence et le Master, les candidats préfèrent se tourner vers d’autres opportunités que l’enseignement.

Selon le découpage arrêté au titre de l’année scolaire 2025-2026, le troisième trimestre prend fin le vendredi 08 mai 2026, ce jour correspondant à l’arrêt des notes. La vérification des moyennes et les conseils de classes courent du lundi 11 mai au lundi 18 mai 2026 quand la remontée des moyennes générales à la DESPS commence le mardi 19 mai pour prendre fin le vendredi 22 mai 2026. Le mardi 26 mai 2026 marque la transmission des rapports de fin de trimestre aux DRENAET. Quand on tient compte de la période du calcul des moyennes générales, cela fait, pour ces nouveaux enseignants contractuels, cinq (5) semaines de présence en classe pour une année scolaire qui compte 30 semaines de cours effectifs hors période de calcul des moyennes générales annuelles.

Pourquoi a-t-on choisi d’affecter si tôt les enseignants contractuels alors que l’année scolaire est pratiquement terminée ? Pourquoi n’avoir pas pris le temps de bien les former et d’attendre la rentrée prochaine avant de les déployer sur le terrain ? Il ne faut pas que la solution proposée pour soigner le mal de la qualité du système éducatif vienne aggraver ce même mal au lieu de le résoudre.

Il est dit que les enseignants contractuels reprendront la formation au mois de juillet 2026. Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » espère que cette formation durera le temps nécessaire pour leur permettre d’être des enseignants performants et recommande au gouvernement d’associer formellement l’Ecole normale supérieure d’Abidjan à cette initiative et aux initiatives similaires à venir. Il est inadmissible d’avoir une telle institution dédiée à la formation initiale et continue des professeurs destinés aux lycées et collèges de Côte d’Ivoire et de la voir être ignorée dans la formation des enseignants contractuels pour en faire une affaire du seul ministère de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique.

Perspectives

Les statistiques de l’école ivoirienne sont flatteuses et on s’en gargarise. Les taux d’achèvement, de scolarisation et de diplomation sont excellents, en nette croissance d’année en année et dépassent même ceux de certains pays africains. En apparence donc, les performances de l’école ivoirienne sont excellentes et donnent à rêver. Mais le niveau (la qualité) de formation est loin des performances affichées. On est avant-dernier de la classe au classement général africain, avec des élèves en grande difficulté en mathématiques et en lecture ; ce qui prouve que notre système éducatif est de qualité médiocre malgré les statistiques affichées.

Le chantier qui se présente au nouveau ministre, c’est de rehausser le niveau de notre système éducatif avec des mesures appropriées. Pour le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire », celles prises actuellement restent conjoncturelles même si elles sont à saluer. Et il ne faut pas qu’elles demeurent un pansement sur une jambe de bois.
En lieu et place, il faut des mesures structurelles si l’on veut que notre système éducatif rebondisse dans cinq ou dix ans ; ce qui demande de repenser la qualité des apprentissages, l’aspect curriculaire et les méthodes d’enseignement. Il ne faut pas que le tissu adipeux (la graisse des statistiques) dépasse la masse musculaire (l’état réel de notre système éducatif). L’obésité n’est en rien un signe d’embonpoint : l’excès de graisse s’accompagne toujours de risques pour la santé, d’un risque accru de mortalité totale et d’une humiliation nationale comme le révèle justement le rapport PASEC 2019.
Si le profil et la méthode qu’affiche monsieur Koffi N’guessan triomphent des pesanteurs politiques, de l’environnement et des nominations partisanes ou imposées qui font passer le militantisme politique avant les compétences et l’expertise technique, l’école ivoirienne sera sauvée. Dans le cas contraire, il faudra s’attendre inéluctablement à être dernier au prochain classement PASEC, avec des élèves en classe de 3e ayant le niveau des classes de 6e ou 5e.
Par la présente déclaration, le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » adresse au ministre Koffi N’guessan tous ses vœux de réussite face au grand chantier de la qualité de notre système éducatif. La force d’un pays, c’est son système éducatif. C’est le moteur principal de son développement économique et social. Un capital humain de qualité peut donc permettre d’accroître la productivité. Le levier financier de la collecte des impôts et taxes ne suffit pas seul à développer un pays.
Fait à Abidjan, le 16 avril 2026.
Pour « Les Démocrates de Côte d’Ivoire ».
Le Président
Prof. Séraphin Prao

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