Dès sa prise du pouvoir en 1994, Paul Kagamé accuse ouvertement l’Eglise catholique d’avoir été « mêlé » au génocide, et exige des « excuses ». En 2016, il est reçu par le Pape François qui présente les « excuses » de l’Église, mais ses rapports avec le clergé rwandais restent distants. Comme toute l’Afrique sub-saharienne, le Rwanda connaît la dynamique des Eglises libérales, qui se créent chaque jour et mobilisent toujours plus de monde. Dictateur assumé, Kagamé se méfie de tout pouvoir parallèle. Il s’est publiquement alarmé du nombre d’Églises dans la capitale Kigali. Puis en Décembre 2017 la foudre frappe une église, faisant 16 morts.
Kagamé ordonne aussitôt la « fermeture » de plus de 8 000 Eglises, pour non-respect des « normes de sécurité », puis des conditions strictes sont arrêtées pour l’ouverture de lieux de culte. Une deuxième vague de fermeture intervient de 2024 à 2025 lorsque de nouvelles exigences sont émises. 6 000 églises sont fermées, dont la « Grace Room Ministry » qui trois fois par semaine remplissait la BK arena de Kigali, avec ses 10 000 places. Selon la presse, depuis 2018, 15000 Eglises ont été fermées.
« Si cela ne tenait qu’à moi, je ne rouvrirais même pas une seule église », affirmait fin novembre 2025 Paul Kagame lors d’une conférence de presse retransmise en direct. « Face à tous les défis de développement auxquels nous sommes confrontés, quel est le rôle de ces églises ? « Fournissent-elles des emplois ? » s’interrogeait-il. Et de trancher : « Beaucoup ne font que voler… Certaines églises ne sont qu’une tanière de bandits. »
Le president Kagamé visiblement ignore le rôle stabilisateur de la religion dans nos sociétés, avec les jeunes hommes qui délaissent la drogue, les jeunes filles qui délaissent la prostitution, les hommes qui délaissent la corruption dans leur service, des femmes plus vertueuses dans leur foyer etc…. Sur le plan économique, comme c’est cela qui l’intéresse le plus, l’Eglise joue une partition. Ces 15 000 Eglises fermées au Rwanda depuis 2018, c’est 15 000 pasteurs et leurs assistants qu’on a mis au chômage. Aujourd’hui les Églises sont de véritables administrations qui emploient du personnel et ont des charges. Elles font des investissements. C’est une tendance lourde en Afrique.
Kagamé réalise qu’en dépit de ses efforts, il n’a pas prise sur le phénomène. Les gens font de longues distances pour se trouver de nouveaux lieux de cultes, la ferveur ne fléchit pas, et cela l’agace profondément. Il semble changer de stratégie en présentant l’Église comme un vestige colonial. « Vous avez été trompés par les colonisateurs et vous continuez à vous laisser tromper », affirmait-il. Ira-t-il jusqu’à interdire totalement les Eglises évangéliques au Rwanda ? L’idée doit certainement agiter son esprit. Comme il l’a affirmé, si cela ne tenait qu’à lui, aucune Eglise ne serait rouverte. Cela prouve qu’il est sous la pression de son entourage qui lui déconseille cette initiative. Cela prouve aussi que la décision peut être prise un jour ou l’autre, surtout si la ferveur religieuse ne faiblit pas comme il semble l’espérer.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales







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