Iran: la « victoire » proclamée par Donald Trump (le Père Ubu), une construction narrative contestée

La proclamation, le 7 avril, par le président américain Donald Trump d’une « victoire totale et complète » en Iran apparaît en profond décalage avec la réalité du terrain. Pour l’éditorialiste de Le Monde, Philippe Bernard, cette déclaration s’inscrit dans une stratégie bien rodée : imposer une lecture alternative des faits à travers une communication offensive, mêlant emphase, simplification et distorsion.

Pour illustrer cette posture, la chronique convoque la figure du Père Ubu, personnage grotesque et tyrannique imaginé par Alfred Jarry. À l’image de ce dernier, Donald Trump multiplie les proclamations triomphales, indépendamment des réalités militaires ou diplomatiques.

Une rhétorique de la victoire permanente

Depuis le déclenchement du conflit aux côtés d’Israël, le président américain n’a cessé d’affirmer que « la guerre est gagnée », répétant ce message lors de meetings et d’interventions officielles. Même l’annonce d’un cessez-le-feu a été présentée comme l’aboutissement d’un succès total.

Cette communication repose sur un mode opératoire ancien : construire un récit [narratif], le marteler, puis chercher à l’imposer comme vérité. Le journaliste David Smith, du The Guardian, résume cette logique comme une constante du parcours politique de Donald Trump.

Les « faits alternatifs » comme outil politique

Depuis ses débuts en politique, l’ancien président américain a régulièrement recours à des affirmations contestées ou infondées, qu’il présente comme des vérités. Ce phénomène, qualifié de « faits alternatifs » dès 2017 par son entourage, s’inscrit dans une logique inspirée de ses méthodes d’homme d’affaires.

Dans son ouvrage The Art of the Deal, Donald Trump théorisait déjà cette approche, qu’il appelait « hyperbole véridique » : amplifier les faits pour séduire et convaincre, quitte à s’éloigner de la réalité.

Une perception en décalage avec la situation iranienne

Si cette stratégie de communication peut mobiliser une partie de l’opinion, elle contraste fortement avec la situation vécue sur le terrain par les populations iraniennes, marquée par les conséquences humaines et matérielles du conflit.

Dès lors, la « victoire » proclamée apparaît moins comme un constat objectif que comme une construction politique, révélatrice d’une manière de gouverner fondée sur la narration et la persuasion, plutôt que sur les faits.

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