Où en est la construction du port sec de Ferké dans le nord ivoirien ?

Un port sec est un terminal intermodal intérieur, directement relié par voie routière, ferroviaire ou fluviale à un port maritime. Il fonctionne comme un centre de transbordement et de stockage douanier pour marchandises conteneurisées, désengorgeant les ports côtiers tout en desservant l’hinterland. Voilà pour la définition technique.

Pour faire simple, disons que lorsqu’un port ne dispose pas d’assez d’espace pour stocker les conteneurs qui sont débarqués, on peut aménager un espace quelque part dans le pays, où ces conteneurs sont acheminés, stockés, puis remis aux importateurs après les formalités de dédouanement. Cet espace est doté de diverses infrastructures pour le stockage et la manutention des charges lourdes, il devient ainsi une continuité, une extension du port où les marchandises ont été débarquées. On parle dans ce cas de port sec. Généralement le port sec est relié au port ( maritime ) par une voie ferrée.

En Afrique de l’Ouest, des ports secs ont été construits au Burkina ( Bobo Dioulasso en 2010 ), au Bénin ( 2019 ), au Togo ( 2021 ), et au Nigéria ( 2023 ). Le 21 Mai 2021, la Côte D’Ivoire lançait la construction de son port sec dans la ville de Ferké, frontalière du Mali et du Burkina Faso. Sur une superficie de 732 hectares ( 10 terrains de foot ), l’infrastructure doit comporter un terminal import-export, un dépôt d’hydrocarbures, un marché à bétail, un abattoir. Coût 254,171 milliards de FCFA, financé en grande partie par la Chine. C’est l’entreprise chinoise COMPLANT qui conduit les travaux. Dans une seconde phase, une zone industrielle est prévue.

Cela dit, des questions se posent. La première est l’absence de communication gouvernementale sur l’évolution du chantier. Bientôt cinq ans que les travaux durent, on ne sait pas vraiment où en est ce projet. Le ministre des transports, la tutelle du projet, semble avoir effectué une seule visite sur le site en Septembre 2022. Le Vice-premier ministre, ministre de la défense, Téné Birahima Ouattara, par ailleurs président du Conseil régional du Tchologo, dont dépend la ville de Ferké, semble ne pas avoir l’infrastructure sur son radar. On ne le sent pas impliqué.

L’ouvrage est construit par une entreprise chinoise. Cela amène de nouveau à pointer du doigt la Chine quand elle finance les infrastructures. De la conception, à la réalisation, la construction est verrouillée de bout en bout. Les Etats sont mis sur la touche. Ils se contentent de réceptionner les ouvrages, et éventuellement de reprendre à leurs frais les aspects qui ne sont pas conformes à ce qui fut convenu. Ce fut le cas du stade d’Ebimpé.

La délai d’exécution du port sec est aussi une interrogation. Lancés en Mai 2021, les travaux devaient durer 30 mois. Or nous sommes en Avril 2026, et le port n’est toujours pas livré, ce qui donne à ce jour un retard de quasiment 28 mois. Pire, aucune date n’est avancée pour la fin des travaux. Les indemnisations des populations ont été entreprises en trois phases, et sont entièrement bouclées, pour un montant de 14 milliards FCFA. On ne sait pas ce qui explique ce retard. Une indisponibilité du financement ? Des désaccords avec le gouvernement ivoirien ? Aucune information ne filtre. On peut nourrir des inquiétudes pour le port sec de Ferké.

Une autre question est la rentabilité de ce projet. Le port sec est censé avoir un impact sur tout le Nord ivoirien, et faciliter les échanges avec les pays sahéliens. Mais il n’échappe à personne que ces pays aujourd’hui se désengagent du port d’Abidjan, au profit du port de Lomé ( pour le Burkina et le Niger ), et du port de Conakry ( pour le Mali ). Les autorités ivoiriennes doivent avoir cela à l’esprit. Pour amener ces pays à miser sur le port sec, les tarifs doivent être particulièrement attractifs, afin de faire passer les considérations politiques au second plan. La situation géographique du port sec induit certes pour ces pays une réduction des coûts du transport, mais partie n’est pas jouée d’avance.

Enfin, le gouvernement ivoirien serait avisé de faire auditer les installations par un cabinet international afin de déterminer le coût réel de l’ouvrage. Les dernières images qu’on peut consulter du chantier font douter que le port sec de ferké puisse coûter quelque 254 milliards FCFA. Les choses semblent bâclées, le chantier semble être mené de façon non professionnelle. Après quasiment cinq années, on ne peut vraiment pas dire que le site va bientôt ouvrir.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire