Sous le président Ouattara, la croissance économique n’est pas pro-pauvre, mais plutôt génératrice d’inégalités

Depuis 2011, le président Ouattara dirige la Côte d’Ivoire. Pour de nombreux observateurs, le pays enregistre un essor économique sans précédent, avec un taux de croissance qui oscille entre 6 et 7%. Cependant, les populations vivent toujours dans la précarité. Dans cette interview, le professeur Prao Yao Séraphin, donne selon lui, les vraies raisons du décalage entre les performances économiques et le niveau de pauvreté et d’inégalités en Côte d’Ivoire.

Bonjour Professeur Prao Yao Séraphin, c’est quoi la croissance économique?

On peut définir la croissance économique comme l’augmentation durable et positive de la production de biens et services sur une période donnée, en général, l’année. Cette variation positive se mesure grâce à l’évolution annuelle d’un indicateur : le produit intérieur brut (PIB). Ce dernier mesure la valeur des richesses créées sur un territoire par les résidents, étrangers et nationaux. Il se distingue du produit national brut (PNB), qui prend retient comme critère l’appartenance nationale et du revenu national (RN) qui mesure l’ensemble des revenus des agents économiques qui sont issus de leurs activités de production.

Peut-on savoir les sources de la croissance économique sous le président Ouattara?

La première source reste les investissements publics structurants et privés. En effet, concernant les investissements publics, le taux d’investissement public dans le pays s’est accru passant de 2,6% en 2011 à 6,8%, en 2017. Il est passé de 5,4 % en 2020 à 5,7 % en 2021, puis a connu une hausse significative pour atteindre 7,2 % en 2022 avant de légèrement baisser en 2023.Le pays vise un taux de 30% d’ici à 2030.  Le taux d’investissement total est passé de 25,2% du PIB en 2022 à 25,5% en 2023. Le taux d’investissement privé est passé d’environ 6,3% en 2011 à plus de 14,3% en 2017 puis à 17,6 % en 2022 et à 19% en 2024. Le taux d’investissement total est passé de 14,1% en 2011 à 22,8% en 2019, à 23,1% du PIB en 2021 puis de 25,6% en 2023 pour se situer à 26,2 % en 2024.

La seconde est l’effort de diversification de l’économie. La dynamique de l’économie ivoirienne a reposé sur la diversification progressive de l’économie : l’agriculture de rente (cacao, anacarde, caoutchouc) demeure essentielle, mais l’industrie extractive (or, hydrocarbures avec la mise en production du champ Baleine), l’agro-industrie, les télécoms, le BTP et les services financiers ont pris une place croissante. Selon les publications du FMI et de la Banque mondiale, la part la plus importante dans la production nationale – 56 % du PIB – est celle du secteur tertiaire : télécommunications, transports et activités financières. Le secteur secondaire, qui concerne le raffinage du pétrole, l’énergie, l’agro-alimentaire et le BTP, représente 22 % du PIB, alors que le secteur primaire, notamment l’agriculture, contribue à 22 % du PIB ivoirien.  La Côte d’Ivoire s’appuie sur une économie diversifiée : un secteur primaire dominé par l’agriculture, un secteur secondaire centré sur l’industrie extractive, l’énergie, l’agroalimentaire et le BTP, et un secteur tertiaire majoritaire tiré par les télécommunications, les transports, le commerce et les services financiers.

La troisième est le dynamisme de l’agriculture. L’agriculture en Côte d’Ivoire constitue une force motrice essentielle de l’économie nationale. Avec 25 % du PIB et 60 % de la population active impliquée, ce secteur vital génère des milliards de dollars chaque année. Cette contribution significative au développement économique se manifeste par une diversité de cultures et une forte dépendance des exportations agricoles. L’agriculture est un important pilier de l’économie ivoirienne qui représente plus de 25 % du PIB national. Plus de 50 % de la population active en Côte d’Ivoire travaille dans ce secteur. Le cacao, l’or brun de la Côte d’Ivoire, représente entre 10% et 15% du PIB du pays, 40% des recettes d’exportations et 12% des recettes fiscales.

La quatrième est le soutien du secteur pétrolier et minier. Le secteur minier en Côte d’Ivoire joue un rôle crucial dans l’économie du pays, contribuant de manière significative à la croissance économique et à la création d’emplois. Entre 2014 et 2024, 10 000 milliards FCFA (environ 15,24 milliards d’euros) ont été investis dans le secteur minier et pétrolier grâce à une synergie entre acteurs publics et privés. En dix ans, la production aurifère a quadruplé, passant de 20 tonnes à plus de 50 tonnes en 2023. Parallèlement, la production de manganèse a été multipliée par 30, et la Côte d’Ivoire est devenue un acteur majeur dans l’exploitation de nouveaux minerais comme le nickel. Il faut dire que grâce à ses ressources en or, diamants, manganèse, nickel, bauxite, fer, coltan ou encore en lithium, la Côte d’Ivoire dispose d’un sous-sol riche et diversifié. Le secteur minier compte pour environ 5% du PIB. Au niveau des hydrocarbures, le pays a découvert plusieurs gisements. En 2022, le secteur extractif (y compris le pétrole et le gaz) a contribué à environ 15,87 % de la valeur totale des exportations et à 5,53 % des recettes publiques. En 2023, la Côte d’Ivoire a exporté 870 millions de dollars de pétrole brut, se classant au 42e rang mondial des exportateurs de pétrole brut.  Le gisement baleine, par exemple, dispose de ressources estimées à 2,5 milliards de barils de pétrole brut et à 3 300 milliards de pieds cubes de gaz naturel. La Côte d’Ivoire, qui a découvert un autre gisement en 2024 baptisé « Calao », vise à l’horizon 2028 une production nationale de 200 000 barils de pétrole par jour et de 450 millions de pieds cubes de gaz par jour (environ 12,7 millions de mètres cubes). Aujourd’hui la Côte d’Ivoire produit un peu moins de 35.000 barils de pétrole par jour, un chiffre insuffisant pour sa consommation domestique.

La cinquième reste le soutien massif du capital étranger. Au 31 décembre 2012, suite à la réduction de dette extérieure obtenue au point d’achèvement, le stock de la dette se chiffrait à 6 129,8 milliards de F CFA dont 3 839,8 milliards de F CFA de dette extérieure y compris le C2D (Contrat de Désendettement et de Développement) et 2 290 milliards de F CFA de dette intérieure.Au 31 mars 2025, la dette publique de la Côte d’Ivoire s’établissait à 31 674,7 milliards FCFA, représentant 55 % du produit intérieur brut (PIB), selon le bulletin statistique provisoire de la Direction Générale des Financements. A la fin septembre 2025, la dette publique atteint 34 016 milliards FCFA, soit 59,3% du PIB. La dynamique d’endettement de Côte d’Ivoire est la suivante : la dette publique atteint 34 016 milliards FCFA à fin septembre 2025, soit 59,3% du PIB.

Selon vous quel est le bilan du président Ouattara de ses trois mandats ?

Réponse :   Pour dire vrai, le bilan économique du président Ouattara se résume en ces termes : il a fait des prouesses au niveau macroéconomique, mais il a failli sur le plan microéconomique.  Au niveau macroéconomique, la Côte d’Ivoire est passée d’un pays en crise à la première puissance économique incontestée de la zone UEMOA, et l’une des économies les plus dynamique du continent africain. Le PIB nominal est passé d’environ 28 milliards de dollars us en 2011 à 86,5 milliards de dollars US, en 2024. Entre 2012 et 2024, la richesse du pays a cru de près de 7% en moyenne annuelle. C’est un peu plus de 5% pour le Ghana et moins de 3% pour le Nigeria sur la même période. Sur le continent africain, seuls le Maroc et Maurice ont fait mieux, selon les chiffres de la Banque mondiale. Mais sur le plan microéconomique, la Côte d’Ivoire présente des cicatrices économiques béantes. Le président Ouattara n’a pas réussi à transformer la croissance économique en croissance partagée.

Pourquoi malgré les prouesses macroéconomiques, les Ivoiriens ne ressentent pas les retombées de l’essor économique ?

Réponse :  Pour caractériser la croissance économique sous le président Ouattara, je dirai qu’elle n’est pas pro-pauvre mais pro-inégalitaire. Et plusieurs facteurs fondent mon propos.

En premier lieu, la croissance n’a pas été pro-pauvre

Entre 2011 et 2024, le PIB est ainsi passé de 12 869 milliards à 52 414 milliards de FCFA. Il en découle que le PIB a été multiplié par 4, entre 2011 et 2024. Mais le taux de pauvreté a faiblement baissé. Il est passé de 55 % en à 37,5 % en 2025. La pauvreté demeure un phénomène essentiellement rural en Côte d’Ivoire. En effet, l’incidence de la pauvreté, en 2021, se situe à 54,4% en milieu rural contre 22,2% en milieu urbain.  En outre, l’espérance de vie s’élève à 62 ans (contre 63 ans en Afrique subsaharienne). En 2024, l’espérance de vie en moyenne sur le continent est de 64,38 ans, et les prévisions pour 2025 sont légèrement supérieures à 64,64 ans. Des pays comme l’Algérie, le Cap-Vert, la Tunisie et l’île Maurice se distinguent avec des espérances de vie élevées, dépassant les 77 ans. En outre, selon, le Rapport 2025 sur le Développement humain du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), l’Indice de Développement Humain (IDH) est de 0,582, le positionnant au 157e rang sur 193 pays.

En second lieu, la croissance reste pro-inégalitaire

Des inégalités subsistent entre Abidjan — qui regroupe 22 % de la population et concentre 80 % de l’activité économique — et le reste du pays. Du coup, 78 % de la population ne concentre que 20% de l’activités économique. Bien plus, la part des revenus de 40% de la population les plus pauvres est passée de 7,53 % en 2010 à 7,19% en 2021, tandis que celle des 10% de la population les plus riches de la population est 54,66% en 2021 contre 49,71% en 2010. Il en découle que sous le président Ouattara, la population ivoirienne la plus riche s’est davantage enrichie pendant que la population s’est davantage appauvrie. De même, le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) fixé à 75 000 francs CFA (114 euros) pour quatre semaines de 40 heures alors que le salaire minimum du secteur agricole (Smag) n’a quant à lui pas évolué depuis 2015, stagnant à 36 000 francs CFA (54 euros) par mois.

En troisièmement l’économie est dominée par le capital étranger

Aujourd’hui, 95 % des PME contribuent à 20 % de la richesse du pays tandis que 5 % de multinationales installées en Côte d’Ivoire génèrent 80 % de sa richesse. En Côte d’Ivoire, les PME représentaient 23% du produit intérieur brut (PIB) et de l’emploi formel en 2021, selon les données officielles. En économie, chaque facteur de production reçoit une rémunération pour sa contribution au processus de production. La terre est rémunérée par le loyer, le capital par l’intérêt, le travail par le salaire, et l’entrepreneuriat par le profit. En Côte d’Ivoire, selon les chiffres de Stanislas Zézé, de Bloomfield Investment, sur 500 entreprises qui créent de la valeur ajoutée en Côte d’Ivoire, seulement 30% ayant des capitaux ivoiriens créent de la valeur ajoutée en Côte d’Ivoire. Conclusion, les entreprises contrôlées par les nationaux ne génèrent que 30% de la richesse au niveau du secteur privé ivoirien. Il en découle que si les multinationales installées en Côte d’Ivoire, paient de minables salaires et que les nationaux ne participent pas à la création de richesses, alors, les fruits de la croissance vont naturellement échapper aux Ivoiriens. C’est ce qui explique la situation ou le pays s’enrichie pendant que les poches des Ivoiriens sont vides.

En quatrième lieu, la résistance du secteur informel

En 2025, le secteur informel reste un pilier majeur de l’économie ivoirienne, représentant plus de la moitié du PIB et plus de 90 % des emplois. Le secteur informel représente près de 40 % du PIB. En Côte d’Ivoire, le secteur formel ne représente que 10 % de l’activité économique. En Côte d’Ivoire, le taux de non-emploi (proportion de chômeurs et d’inactifs parmi une population en âge de travailler) est en effet supérieur à 40 %, tel que rapporté par les Nations unies en 2023. Le secteur primaire emploie 45% de la population active et le secteur tertiaire emploie 44% de la population. Or, c’est dans ces secteurs qu’on retrouve les activités informelles. Le secteur privé offre environ 80% des emplois en Côte d’Ivoire contre 20% du secteur public sur ces dernières années.

En cinquième lieu, la médiocri du capital humain et son corollaire d’emploi de qualité insuffisant. 

Le chômage officiel est faible, mais le sous-emploi est massif. De plus, les compétences des jeunes sont souvent inadaptées au marché du travail, limitant leur insertion dans les secteurs modernes et productifs. La croissance ivoirienne n’a pas engendré un capital humain solide. En effet, le capital humain, qui est le niveau potentiel de performance qu’un système de formation est capable d’offrir aux citoyens d’un pays, se chiffre à 38% selon la Banque Mondiale. Cela veut dire que le système de formation, de santé, d’institutions qu’on a aujourd’hui, donnera des citoyens qui vont fonctionner à 38% de leur potentiel alors que la moyenne est de 40% en Afrique contre la moyenne des pays développés qui est de 71 à 75% du potentiel des citoyens.

En sixième lieu, la corruption rampante

La corruption peut avoir plusieurs méfaits sur les populations défavorisées. Elle limite l’action publique en faveur des populations défavorisées En effet, lorsque les acteurs publics en charge de la collecte des droits et taxes en faveur de l’Etat (Impôts, Douane, Municipalités …) s’enrichissent individuellement par falsification de ces droits et taxes (fraude sur le fisc), c’est le budget de l’Etat qui en prend un coup à travers le détournement des ressources. Le financement de projets sensés améliorer les conditions de vie des populations défavorisées, est difficilement assuré, d’où une diminution des dépenses sociales. La corruption maintient les populations défavorisées dans la précarité En effet, les populations défavorisées n’ont plus qu’un accès limité aux services sociaux tels que la santé, l’éducation, l’eau et l’électricité et à d’autres administrations (pour s’établir des actes administratifs comme un extrait de naissance). La corruption augmentant les coûts de transactions, la confiance de ces populations en l’administration baisse et ne trouvent donc pas l’utilité de fréquenter ces services. Ainsi, on pourrait assister au maintien de l’analphabétisme à un niveau important, l’augmentation de la mortalité, la baisse de l’espérance de vie. Mieux, la corruption favorise un faible accès à l’emploi des populations défavorisées En effet, la corruption réduit la croissance économique à travers la diminution de l’investissement privé. Si une entreprise doit verser des pots-de-vin à une administration par exemple pour obtenir des autorisations, cela pousserait au découragement et à la fuite des investisseurs. Et lorsqu’il y a déficit d’investissement, cela crée nécessairement des problèmes d’emploi.

Quelles sont donc les solutions pour que la croissance économique soit profitable à tous?

Premièrement, il faut renforcer la protection sociale

La protection sociale englobe un sous-ensemble de mesures prises par les pouvoirs publics et mises en œuvre par les services de l’État ou des organismes privés, en vue de faire face aux risques, à la vulnérabilité et à la pauvreté chronique. La protection sociale permet d’élargir l’accès aux services publics et d’accroître l’investissement dans le capital humain, en particulier dans la santé et l’éducation, ce qui contribue à augmenter la productivité et rend plus facile pour les pauvres l’exercice d’une activité rémunérée. Elle donne aux pauvres les moyens de se protéger et de préserver leurs biens en cas de choc, sauvegardant ainsi leur potentiel de création de revenus à long terme, et aussi de faire de nouveaux investissements. Les dispositifs de protection sociale permettent de combattre la discrimination et de libérer le potentiel économique. Au Bangladesh, au Brésil et en Afrique du Sud, les transferts effectués vers les femmes ont eu un impact positif sur la fréquentation de l’école, surtout par les filles. Mettre davantage de ressources entre les mains des femmes accroît leur autonomie et améliore la survie des enfants, leur état nutritionnel et leur assiduité à l’école. La protection sociale peut être source d’avantages pour des catégories qui pourraient autrement être défavorisées par certains des aspects que peut présenter une stratégie de croissance pro-pauvres, remplissant ainsi une fonction de compensation à même de susciter l’adhésion des parties prenantes aux réformes requises pour assurer l’instauration d’une croissance durable. Enfin, la protection sociale favorise la constitution d’un appareil d’État efficace et sûr, ce qui est propice à la croissance car il en résulte un renforcement de la cohésion sociale et du sentiment de citoyenneté, ainsi qu’une atténuation du risque de conflit.

Deuxièmement, adopter un Plan Marshall contre la pauvreté

Cette approche innovante de la protection sociale pourra être le résultat d’un projet de loi sur l’intégration sociale et l’autonomisation, promulgué dans le cadre du Plan Marshall contre la pauvreté. Ce plan de réforme ambitieux conçu spécifiquement pour lutter contre l’incidence persistante de la pauvreté et l’exclusion sociale dans notre pays. Il s’agira, avec l’aide de l’ANSAT de cibler les familles extrêmement pauvres et leurs verser une somme donnée pour les aider à sortir de la pauvreté par une activité génératrice de revenus. En outre, une prime d’achèvement de l’école encourage les jeunes issus de milieux défavorisés à terminer leurs études secondaires en leur offrant un prix en espèces une fois qu’ils atteignent l’âge de 18 ans. Il s’agira de privilégier les jeunes issus des zones où les taux de décrochage et de pauvreté ont tendance à être les plus élevés. Bien plus, il faut permettre à tout ivoirien ayant eu 12 /20 de moyenne de bénéficier de la bourse d’étude, en montrant les preuves de la précarité de ses parents.

Troisièmement, il faut investir dans le capital humain

« Il n’y a ni richesse ni force que d’hommes » disait déjà Jean Bodin au XVIe   siècle. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a publié son rapport annuel sur l’indice de développement humain (IDH) pour l’année 2025. Dans le rapport intitulé « Une question de choix : les individus et les possibilités à l’ère de l’IA », datant du 6 mai 2025, la Côte d’Ivoire enregistre un Indice de Développement Humain (IDH) s’élevant à 0,582. La Côte d’Ivoire gagne dix précieuses places et occupe le 157e rang parmi 193 nations évaluées. Mais le Ghana voisin est mieux classé que la Côte d’Ivoire. Le pays était pourtant bien engagé à l’époque du père de la Nation. En effet, il est un héritage que nous devons reconnaître à Félix Houphouët-Boigny, c’est bien celui de la formation de l’homme. Très tôt, il a compris que la richesse d’une Nation ne repose pas uniquement sur la terre, le cacao ou les infrastructures, mais sur la qualité de ses fils et de ses filles. C’est ainsi qu’il a fait de l’éducation un pilier stratégique du développement ivoirien, en ouvrant écoles, lycées, centres techniques, grandes écoles et universités dans un pays encore jeune. Grâce à ce choix historique, la Côte d’Ivoire a bâti une administration solide, une élite intellectuelle compétente, des ingénieurs, des médecins, des chercheurs, des enseignants, des cadres capables d’anticiper et de conduire le progrès. Ce pari sur le capital humain fut sans doute l’un des leviers majeurs qui ont permis à notre Nation de prendre l’avance qui l’a longtemps distinguée de ses voisins. La Côte d’Ivoire doit donc investir dans l’éducation et la santé pour réduire les inégalités. Il importe de passer d’une « contrainte » à une « opportunité », de s’appuyer sur les immenses potentialités du pays et des Ivoiriens, de développer une capacité de travail, d’innovation, de « création productive », au service du secteur privé, des entreprises, du commerce, de l’artisanat, mais aussi de l’État et du service public.

En Côte d’Ivoire, 75% de la population a moins de 35 ans. La jeunesse représente donc le présent et l’avenir, et constitue une force pour demain. De ce fait, elle implique une grande responsabilité. Et l’éducation reste l’une des clés majeures de l’inclusivité sociale. Elle est la première arme de ceux qui sont issus des milieux modestes, et la première porte vers une société plus égalitaire. En outre, la modernisation de nos hôpitaux et leurs équipements pourrait permettre de réduire les inégalités et la pauvreté. C’est ainsi que les Ivoiriens verront de près les fruits de la croissance économique.

Quatrièmement, il faut réduire le poids de l’informel par la décentralisation

En Côte d’Ivoire, le secteur formel ne représente que 10 % de l’activité économique, à l’origine d’un manque de données criant sur le marché du travail. En effet, l’économie demeure largement informelle, représentant plus de la moitié du PIB et plus de 90 % des emplois. Selon l’Enquête sur le niveau de vie des ménages, 44,8 % des salariés du pays résident dans la capitale et ses environs. Avec plus de 55 % des agences bancaires ivoiriennes et des sièges de grandes compagnies d’assurance, Abidjan concentre également la quasi-totalité des activités financières et des flux monétaires du pays. La ville regroupe également 37 % des emplois du secteur tertiaire et 36,5 % de ceux du secteur secondaire. En 2025, le secteur informel représente près de 40 % du PIB, ce qui complique la mobilisation des ressources fiscales et la modernisation de l’économie. Afin de réduire cette taille du secteur informel, plusieurs facteurs ont été identifiés dans la littérature. Il s’agit entre autres des déterminants économiques et institutionnels. Nous pensons que la gouvernance de proximité (décentralisation ajustée aux préférences des populations et des collectivités locales) peut réduire sur la taille du secteur informel. D’abord, la décentralisation (gouvernance de proximité) affecte la taille du secteur informel via le contrôle du niveau de corruption. Une bureaucratie corrompue a tendance à favoriser le développement du secteur informel en échange des pots de vin. Or, la gouvernance de proximité pourrait accroître la responsabilisation et la discipline du gouvernement dans le processus de gouvernance. Ensuite, une pression fiscale élevée, réduit les marges bénéficiaires des activités économiques formellement déclarées, obligeant les agents économiques à dissimuler leurs activités afin de tirer profit. Or, les localités décentralisées se caractérisent dans la plupart des cas par un faible niveau de taux de pression fiscal, ce qui réduit en dernier ressort, le secteur informel. Enfin, on montre qu’une dépense publique de qualité sur l’éducation permet de réduire la taille du secteur informel. Dans une localité décentralisée, la capacité des populations locales à contrôler l’effectivité des actions des autorités locales est très élevée, ce qui profite à des dépenses publiques de qualité, à même de réduire le secteur informel.

Cinquièmement, lutter contre la vie chère et la corruption

L’indice du coût de la vie de 44,69 pour la Côte d’Ivoire début 2024 indiquait que le coût de la vie en Côte d’Ivoire était relativement plus élevé par rapport à d’autres pays africains, se classant comme le pays le plus cher d’Afrique parmi ceux listés sur la page au début de l’année. L’indice est tombé à 42,74 à mi-2025, marquant une légère baisse. La vie chère est entretenue, entre autres, par la corruption dans les services publics, notamment la police et la gendarmerie. La Côte d’Ivoire figure parmi les pays les plus touchés par la corruption selon les classements internationaux. En 2019, la Côte d’Ivoire a perdu environ 1400 milliards de FCFA, représentant 64% du service de la dette.

Par-dessus tout, cette amélioration du climat des affaires doit faciliter la création des marchés efficients. Ainsi, la réglementation de la concurrence pourrait engendrer des marchés plus efficients, une amélioration du bien-être du consommateur, des prix plus accessibles, et la mise sur le marché de biens et services de meilleure qualité. Ce qui suppose une facilitation de l’entrée sur le marché de nouvelles entreprises, le recul des pratiques anticoncurrentielles, et la promotion de règles de jeu équitables.

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