TRIBUNE | Macky Sall, une voix pour rééquilibrer le monde

À l’heure où le multilatéralisme traverse une crise de crédibilité sans
précédent, le prochain Secrétaire Général des Nations Unies devra être plus
qu’un administrateur : il devra être une autorité de dialogue, une conscience
d’équilibre et un acteur de confiance. Dans cette perspective, la candidature
de Macky Sall, ancien Président du Sénégal, mérite la plus grande attention.


Par Alpha Barry*


Le monde ne traverse pas seulement une accumulation de crises. Il traverse une
crise de confiance dans les mécanismes mêmes censés les prévenir, les contenir
ou les résoudre.
Les guerres s’installent. Les fractures géopolitiques se durcissent. Les institutions
multilatérales demeurent indispensables, mais leur autorité politique et morale est
de plus en plus contestée. À mesure que les tensions s’aggravent, une évidence
s’impose : le système international souffre moins d’un déficit de structures que
d’un déficit de confiance.
C’est dans cet esprit que doit être pensée la succession à la tête de l’Organisation
des Nations Unies.
Le choix du prochain Secrétaire Général ne peut être réduit à une simple
mécanique institutionnelle. Il constitue l’un des grands tests politiques de notre
époque : la communauté internationale veut-elle prolonger les équilibres d’hier,
ou se donner enfin un leadership à la hauteur du monde tel qu’il est devenu ?
À mes yeux, la perspective d’une candidature de Macky Sall mérite d’être
considérée avec le plus grand sérieux.
Non par convenance.
Mais par lucidité.


Un profil rare pour un monde déréglé


Peu de profils réunissent aujourd’hui, avec une telle densité, les qualités requises
pour exercer la fonction de Secrétaire Général des Nations Unies.
Ce qui distingue une candidature crédible à ce niveau n’est pas seulement
l’expérience du pouvoir. C’est la capacité à avoir traversé, dans un même
parcours, plusieurs dimensions du leadership contemporain : la conduite de l’État,
la parole internationale, la gestion des crises, la négociation politique, la défense
des intérêts du Sud global et l’aptitude à dialoguer avec les grandes puissances
sans perdre sa propre autonomie.
C’est précisément cette combinaison rare qui singularise Macky Sall.
Pour avoir moi-même exercé des responsabilités diplomatiques au plus haut
niveau, j’ai eu l’occasion d’être un témoin privilégié de son leadership dans
plusieurs enceintes africaines et internationales. J’ai vu sa capacité à écouter,
convaincre et rassembler. Je l’ai vu également porter les intérêts africains avec
une parole audible bien au-delà du continent.
Chef d’État du Sénégal pendant douze ans, ancien Président de l’Union Africaine,
interlocuteur reconnu dans les grands forums mondiaux, Macky Sall appartient à
cette catégorie peu commune de dirigeants qui ont exercé le pouvoir national tout
en assumant une présence continentale et une stature internationale affirmée.
Et c’est exactement ce dont les Nations Unies auront besoin dans les années qui
viennent.


Une voix qui a porté sur les grands déséquilibres du monde


Le futur Secrétaire Général de l’ONU devra être capable de comprendre les
grandes fractures contemporaines dans toutes leurs dimensions : économiques,
climatiques, sanitaires, alimentaires, sécuritaires et géopolitiques.
Ce qui distingue Macky Sall, c’est précisément son engagement sur ces grands
dossiers.
Sur la dette et le financement des économies africaines, il a porté un plaidoyer
constant pour une réforme plus juste de l’architecture financière internationale. Il
a notamment défendu l’idée que les droits de tirage spéciaux du FMI puissent être
mobilisés de manière plus utile et plus équitable au service des financements
publics africains.
Sur le climat, il a rappelé avec constance qu’il n’y aura pas de justice climatique
sans justice financière, sans financement de l’adaptation, sans transition
énergétique équitable et sans reconnaissance du droit au développement des pays
africains. Aujourd’hui encore, en tant que Président du Centre Mondial pour
l’Adaptation, il continue de défendre cette ligne avec cohérence.
Sur les questions sanitaires, la pandémie de Covid-19 a révélé les déséquilibres
profonds de la solidarité mondiale. Dans ce moment, Macky Sall a porté une voix
claire en faveur de l’équité vaccinale, de la souveraineté sanitaire et du
renforcement des capacités africaines de production de vaccins et de produits
pharmaceutiques.


Sur la guerre Russie–Ukraine, il a conduit en 2022, en tant que Président en
exercice de l’Union Africaine, les premières démarches diplomatiques africaines
avec une double exigence : défendre le dialogue et sécuriser les
approvisionnements en céréales et en engrais essentiels pour l’Afrique.
Sur la représentation de l’Afrique dans la gouvernance mondiale, son engagement
a également compté. L’admission de l’Union Africaine au G20 en septembre 2023
a marqué une avancée historique, à laquelle son plaidoyer a apporté une impulsion
décisive.
Sur le Sahel et la lutte contre le terrorisme, Macky Sall a toujours défendu une
approche fondée à la fois sur la solidarité, la sécurité et la compréhension des
causes profondes de l’instabilité. Cet engagement s’est aussi traduit en actes
concrets, notamment à travers le soutien du Sénégal et de l’UEMOA aux pays les
plus touchés par le terrorisme, ainsi que par une mobilisation constante dans les
cadres régionaux.


Un médiateur dans un monde polarisé


L’une des menaces les plus sérieuses qui pèsent aujourd’hui sur les Nations Unies
est celle de la paralysie par polarisation.
Le prochain Secrétaire Général devra être capable de parler à tous sans être perçu
comme l’homme d’un camp. Il devra pouvoir être entendu à Washington sans être
disqualifié à Pékin, respecté à Bruxelles sans perdre sa crédibilité à Addis-Abeba,
écouté à Moscou comme à Kiev, dans les capitales du Sud comme dans celles du
Nord.
Autrement dit, il faudra un médiateur.
Et c’est précisément cette qualité d’équilibre, de retenue et de dialogue qui donne
à une candidature comme celle de Macky Sall toute sa portée.
Car il faut aussi le rappeler avec clarté : Macky Sall n’a jamais seulement défendu
l’Afrique. Il a dialogué avec le monde entier — avec les grandes puissances
comme avec les pays émergents, avec les institutions financières internationales
comme avec les organisations régionales, avec le Nord comme avec le Sud.
Cette capacité à tenir une parole lisible dans plusieurs espaces à la fois est
aujourd’hui l’une des qualités les plus recherchées pour l’Organisation des
Nations Unies.

Une candidature de responsabilité

Au regard des crises et des défis auxquels fait face notre monde, il est indéniable
que l’ONU demeure indispensable. Mais elle ne retrouvera pleinement sa force
que si elle retrouve sa légitimité.
Son prochain Secrétaire Général devra donc porter une ligne claire : restaurer la
crédibilité du multilatéralisme par plus d’équité, plus de cohérence, plus d’écoute
et plus de justice dans la prise en compte des vulnérabilités du monde.
Dans les années qui viennent, l’Organisation des Nations Unies aura besoin d’une
personnalité capable de comprendre le monde tel qu’il est, sans renoncer à l’idéal
de ce qu’il devrait être.

Elle aura donc besoin d’un leadership d’équilibre.
D’une parole de responsabilité.
D’une autorité de confiance.
Et il faut le dire clairement : rares sont aujourd’hui les personnalités qui
présentent, avec une telle cohérence, un parcours aussi complet, une telle
familiarité avec les grands dossiers du monde et une capacité aussi éprouvée à
conjuguer expérience de l’État, crédibilité internationale et sens du dialogue.
C’est pourquoi la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire Général des
Nations Unies mérite d’être portée avec sérieux, avec ambition et avec le sens des
responsabilités qu’impose notre époque.

Le monde a besoin d’une ONU plus écoutée.

L’ONU a besoin d’une parole plus forte.

Et cette parole, demain, pourrait venir d’Afrique, portée par une voix
d’expérience, d’équilibre et de responsabilité — une voix respectée dans le monde
: celle de Macky Sall.

*Ancien Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération du Burkina Faso
(janvier 2016 – décembre 2021)

 

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